Après la fronde du G7 : Moïse Katumbi – Kabila : c’est le divorce !

Mercredi 30 septembre 2015 - 09:38

Après la fronde du G7, on savait que les jours de Moïse Katumbi au sein de la Majorité Présidentielle étaient comptés, surtout que l’intéressé était fiché, sans la moindre preuve, comme le parrain de cette dissidence officialisée le mercredi 16 septembre 2015. Comme pressenti, cet acteur politique a rendu le tablier hier mardi 29 septembre 2016, par une double démission de sa qualité de membre du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie) et de son poste de gouverneur de la province démembrée du Katanga, où il assurait les affaires courantes voici plus de deux mois.

A la lecture de cet acte de divorce entre Moïse Katumbi et Joseph Kabila, « Autorité morale » du PPRD et de la Majorité Présidentielle, on croit relire le résumé des propos tenus par les ténors du G7 (Pierre Lumbi du MSR, Charles Mwando Nsimba de l’Unadef, Gabriel Kyungu wa Kumwanza de l’Unafec, Olivier Kamitatu de l’ARC, José Endundo du PDC, Christophe Lutundula du MSDD et Danny Banza de l’ACO), à l’endroit du Président de la République, dans leur troisième correspondance à ce dernier, datée du lundi 14 septembre 2015.

A l’instar des pères fondateurs du G7, Moïse Katumbi justifie sa rupture avec son ancienne famille politique par son refus de cautionner toute prolongation de mandat présidentiel, comme il l’avait déjà fait savoir, en son temps, à travers la métaphore du « 3me penalty » imaginaire que l’arbitre (CENI) semble vouloir accorder à une équipe (Majorité), qui était déjà bénéficiaire de deux faux penaltys dans le passé (Elections présidentielle non transparentes de 2006 et 2011).

Les observateurs constatent, au-delà de la démission de celui que l’opinion tant nationale qu’internationale considère comme un des virtuels présidentiables pour novembre 2016, que le fossé s’est davantage élargi entre Joseph Kabila et d’anciennes personnalités de la Majorité Présidentielle créditées de « bases » réelles et solides aux quatre coins de la République. L’on se demande comment cette famille politique va gérer l’ex-Katanga sans l’appui de Moïse Katumbi, Mwando Nsimba, Gabriel Kyungu, Vano Kiboko (en prison), Jean –Claude Muyambo (en prison) ; le Sud-Kivu sans le soutien de Vital Kamerhe et Dr Mukwege, le Maniema sans Pierre Lumbi, le Nord-Kivu sans le concours de Mbusa Nyamwisi (en exil) et Enerst Kyaviro (en prison), l’Equateur sans José Endundo, le Bandundu sans Olivier Kamitatu et Adolphe Muzito ( déclaré non éligible par le Palu pour trois ans à cause de ses « tribunes »), etc.

Le décor de fin de règne du Chef de l’Etat actuellement en fonctions fait penser à celui d’un de ses prédécesseurs, feu le Maréchal Mobutu Sese Seko, abandonné par ses « cadres » au lendemain de la fin du monopartisme, le 24 avril 1997, puis lâché progressivement par tous ceux qui lui conseillaient une sortie politique honorable, par l’organisation d’élections où il ne serait pas candidat, après 32 ans de règne, au lendemain de la Conférence Nationale Souveraine. Sourds aux « Actes » de ce forum et aux signes du temps annonciateurs de sa fin avec la rébellion de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo), il a été contraint à l’exil, le vendredi 16 mai 1997, au moment où les « Kadogo » campaient dans la périphérie de l’Aéroport International de N’Djili. Tout analyste objectif devrait admettre qu’avec la démission de Moïse Katumbi, le camp du refus du 3me mandat du Chef de l’Etat s’est enrichi d’un allié de taille. A qui le prochain tour ? L’avenir va nous le dire bientôt. Kimp

La lettre de démission de l’ancien gouverneur du Katanga

Aujourd’hui, j’ai informé le Secrétaire Général de ma démission du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD)

Au moment où nous, peuple congolais, entrons dans la dernière ligne droite du dernier mandat constitutionnel du président de la République, les faits indiquent que depuis maintenant un an, tout est mis en œuvre pour ne pas respecter la Constitution, en entretenant retard, flou et illisibilité du cycle électoral et en élaborant une stratégie de glissement des dates des scrutins Après la tentative de changer l’article 220 pourtant verrouillé de notre Constitution, après l’échec des Concertations Nationales, à l’ordre du jour figure maintenant un projet de loi portant sur les modalités d’organisation des référendums qui renforce encore la confusion. Est-il opportun d’avoir une telle loi aujourd’hui ?

Si le gouvernement national prétend manquer de moyens pour respecter le calendrier électoral global, aurait-il les moyens d’organiser un référendum ?

Je m’oppose formellement à tout prétexte pour retarder les élections, tel que le manque de moyens financiers.

Devant la Cour Constitutionnelle, le gouvernement national nous a annoncé que le pays est incapable de mobiliser 2 millions de dollars américains pour respecter les détails de l’élection des nouveaux Gouverneurs. Et en Conseil des Ministres, ce même gouvernement nous a annoncé qu’il a opté pour la nomination des Commissaires Spéciaux pour remplacer les Gouverneurs élus. Cela énerve notre Constitution.

Le pouvoir vient du peuple et uniquement de lui. Notre légitimité d’hommes et des femmes politiques n’existe que par sa volonté et nous sommes responsables devant lui. Nous lui devons clarté dans nos engagements et respect de la parole donnée. Les manifestations de janvier 2015, au cours desquelles nombre de jeunes compatriotes ont perdu la vie, doivent nous rappeler cette vérité essentielle. Nous ne devons pas ignorer les aspirations du peuple.

C’est précisément pour toutes ces raisons que j’ai décidé de prendre aujourd’hui mes distances avec le PPRD et d’en assumer toutes les conséquences.

Je remercie tous les élus du peuple pour le bon climat de travail qui a prévalu durant tout mon mandat. Je remercie enfin toute la population du Katanga, y compris les opérateurs économiques qui ont contribué à la réussite de l’action du gouvernement provincial.

Je suis convaincu qu’il n’y a pas de fatalité et qu’en dépit d’une histoire tragique, les Congolais ne sont pas destinés à vivre d’échecs en échecs. C’est ici pour moi l’occasion de lancer un appel à toutes les forces vives de la Nation – Société civile, partis politiques de la Majorité comme de l’Opposition, hommes et femmes, jeunes et vieux – sans oublier les Congolais de l’étranger pour qu’ensemble, nous mettions un terme au découragement, à la résignation et au fatalisme, en sauvegardant notre jeune démocratie. Nous devons redonner à notre pays une perspective, de l’espoir, du dynamisme, du bonheur.

Fait à Lubumbashi,

le 29 septembre 2015

Moïse Katumbi Chapwe