L’auditeur général des FARDC, ministère public, a présenté ses réquisitions, ce jeudi 7 mai 2026, devant la Haute Cour militaire, dans l’affaire l'opposant le ministère public au lieutenant-général Philémon Yav.
Au cours de son intervention, le lieutenant-général Likulia Bakumi Lucien-René a demandé à la Haute Cour militaire de déclarer établies, en fait comme en droit, les infractions de trahison et d’incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline à charge de Philémon Yav et de le condamner à la servitude pénale à perpétuité.
« Nous requérons qu’il plaise à la Haute Cour militaire de dire établies, en fait comme en droit, les infractions de trahison et d’incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline, et de condamner le prévenu à la servitude pénale à perpétuité pour trahison ainsi qu’à 20 ans de servitude pénale principale pour incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline. Nous demandons également l’application de l’article 7 du Code pénal militaire, en retenant la peine la plus forte, soit la servitude pénale à perpétuité », a requis le ministère public.
Dans sa réplique, la défense a soutenu que les accusations portées contre le général Philémon Yav ne reposaient sur aucun élément factuel solide. Selon Me Parfait Kanyanga, le ministère public s’est davantage appuyé sur des considérations sociologiques que juridiques.
L’organe de la loi fonde notamment ses accusations sur un prétendu message que le général Chirimwani aurait découvert dans le téléphone du général Yav, message supposément envoyé par le général rwandais James Kabarebe. Pour le ministère public, ce message constituerait la preuve de l’infraction de trahison.
En réaction, Me Parfait Kanyanga a dénoncé ce qu’il qualifie « d'aberration juridique », rappelant que le ministère public n’a jamais produit ce message devant la Cour. Selon lui, son client a été privé de liberté sur la base de simples rumeurs.
« Le réquisitoire repose sur des rumeurs. Le ministère public a transformé des rumeurs en poursuites judiciaires. L’accusation repose sur les déclarations indirectes d’un commandant mécontent après avoir été relevé de ses fonctions », a fustigé l’avocat.
Concernant l’infraction d’incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline, la défense a également rejeté les accusations formulées contre son client.
D’après l’auditeur général, le général Philémon Yav aurait demandé au général de brigade Evariste Mwehu Lumbu, alors commandant du secteur opérationnel Sukola II Sud au Sud-Kivu, de ne pas trop s’investir sur le front, affirmant qu’en cas de victoire, celle-ci serait attribuée aux « Bangala », en allusion au gouverneur militaire Ndima.
Pour Me Parfait Kanyanga, cette accusation relève encore de « la théorie du complot », faute de preuves tangibles. L’avocat a soutenu que les éléments matériels et intentionnels constitutifs des infractions reprochées faisaient totalement défaut.
Prenant également la parole, Me Carlos Ngwapitshi s’est interrogé en reprenant une réflexion inspirée des ouvrages du professeur Nyabirungu :
« Que vaut une procédure pénale sans preuve ? »
En réponse, il a demandé à la Cour d’acquitter purement et simplement le général Philémon Yav pour insuffisance de preuves.
Évoquant la personnalité et le parcours militaire de son client, Me Ngwapitshi a affirmé qu’aucune localité n’était tombée entre les mains de l’ennemi durant le commandement du général Yav, estimant que cela démontre qu’il n’a jamais collaboré avec les ennemis de la République.
Selon cet avocat, le lieutenant-général Philémon Yav serait victime d’un complot orchestré par certains de ses collègues officiers après sa nomination à la tête du commandement des opérations dans les Kivu.
Il a par ailleurs évoqué une histoire biblique relatée dans un ouvrage du professeur Nyabirungu afin d’illustrer, selon lui, la mauvaise foi entourant le prétendu message téléphonique ainsi que les témoignages recueillis devant la Cour.
Après avoir suivi le réquisitoire du ministère public et les répliques des avocats de la défense, le premier président de la Haute Cour militaire a suspendu l’audience et renvoyé l’affaire au 12 mai prochain pour la poursuite des répliques et des plaidoiries.
ODN