L'Institut national de recherche en droits humains (IRDH) dénonce les mesures prises par le gouvernement congolais qu'il juge insuffisantes après la publication du rapport de la commission interministérielle sur le dossier de la pollution des eaux attribuée à l'entreprise minière Congo Dongfang Mining dans les quartiers Kasapa, Kamatete et Kamisepe dans la ville de Lubumbashi.
Lors d’un point de presse tenu le mardi 17 février 2026 à Lubumbashi, maître Hubert Tshiswaka, coordonnateur de l’IRDH, a exprimé le profond désaccord de son organisation face aux décisions arrêtées par le gouvernement qui ne sont, selon lui, ni proportionnelles à l’ampleur des dégâts environnementaux et sanitaires, ni correctement appliquées par la société CDM.
« La décision du gouvernement a des difficultés à passer chez nous parce que nous trouvons que les mesures qui ont été prises sont insuffisantes et en plus elles ne sont pas respectées par la société CDM. Nous avons constaté que les mesures de réparation du gouvernement ne correspondent pas à l'ampleur des dommages environnementaux et sanitaires », a déclaré Maître Hubert Tshiswaka à 7SUR7.CD.
L’IRDH insiste particulièrement sur la présence de métaux lourds et de perturbateurs endocriniens dans les eaux acides déversées dans les quartiers Kasapa, Kamatete et Kamisepe, situés dans la commune Annexe. Ces substances chimiques pourraient entraîner des conséquences graves sur la santé des populations exposées, notamment des maladies chroniques et cancérigènes.
« Les métaux lourds qu'on a retrouvés dans les eaux acides sont en train de charrier beaucoup de perturbateurs endocriniens qui auront de l'impact sur la population à long terme. (…) La population de Kasapa, Kamatete et Kamisepe est exposée aux cancers de prostate, de seins, de sang, d'utérus », a-t-il averti.
Face à ces risques, l’IRDH réclame la mise en place d’un mécanisme de suivi médical à long terme afin de monitorer les maladies susceptibles d’apparaître au sein des communautés affectées. Dans un mémorandum transmis au gouvernement, l’IRDH avait proposé une enveloppe de 100 millions de dollars américains pour les communautés locales. Maître Tshiswaka estime que cette somme permettrait notamment la construction d’un hôpital de référence, plus grand que l’hôpital Sendwe, capable de prendre en charge d’éventuelles pathologies lourdes liées à la pollution.
« Nous demandons à ce que le gouvernement revienne sur sa décision afin qu'on puisse avoir un mécanisme qui peut bien monitorer les maladies qui peuvent survenir dans la communauté à long terme. Nous ne demandons que 100 millions et on nous donne 6 millions. (…) Ces 100 millions pourraient aider à constituer un grand centre de référence plus grand que l'hôpital Sendwe », a-t-il déploré.
L’organisation estime par ailleurs que les six millions de dollars retenus servent essentiellement à exécuter des projets relevant du cahier des charges de l’entreprise, et non spécifiquement liés à la réparation des dommages causés par la pollution.
L’IRDH annonce son intention de saisir le ministre de tutelle afin d’obtenir une relecture de la décision gouvernementale. L’organisation invite les autorités à s’appuyer sur la jurisprudence internationale en matière de pollution industrielle, soulignant qu’il s’agit d’un cas inédit en République démocratique du Congo.
Depuis la semaine dernière, le gouvernement de la RDC avait annoncé la mise en place des sanctions contre l'entreprise CDM à l'issue des enquêtes sur la pollution des eaux. Plus de 300 personnes ont été indemnisées et cette société chinoise sommée de payer une amende de 6 millions de dollars américains.
Patient Lukusa, à Lubumbashi