Procès du général Philémon Yav : la défense s’oppose à l’idée de requérir l’expertise du Conseil national de la cyberdéfense

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Le procès du lieutenant-général Philémon Yav se poursuit devant la Haute Cour militaire. À l’audience de ce mardi 17 février 2026, le premier président de cette juridiction a évoqué la possibilité de solliciter l’expertise du Conseil national de la cyberdéfense (CNC) afin d’examiner les téléphones du prévenu.

Cette proposition intervient après que l’Agence nationale de renseignements (ANR) a déclaré ne pas disposer des capacités techniques nécessaires pour extraire et restaurer le message litigieux au cœur de l’accusation.

Une défense méfiante

La défense s’est immédiatement opposée à cette éventualité, mettant en doute l’impartialité du CNC. Elle souligne par ailleurs que le ministère public détient les téléphones du général Yav depuis 2022, estimant qu’il disposait de suffisamment de temps pour diligenter les investigations techniques requises.

Me Carlos Ngwapitshi s’est interrogé en ces termes :
« Qui nous garantit qu’un tel service produira un rapport impartial ? Nous n’avons pas confiance. Le ministère public est en possession des téléphones de notre client depuis quatre ans. Pourquoi ces investigations n’ont-elles pas été menées plus tôt, à la phase préjuridictionnelle ? Lorsque l’organe de la loi a saisi la Cour, il devait avoir réuni l’ensemble des éléments de preuve. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? »

Le général Philémon Yav a abondé dans le même sens. Il affirme ne pas faire confiance au responsable actuel du CNC, qu’il considère comme partie prenante dans les circonstances ayant conduit à son arrestation.

« Le téléphone présenté comme pièce à conviction avait été remis au conseiller spécial lorsque la commission avait été mise en place. Or, celui qui occupait cette fonction à l’époque est aujourd’hui à la tête du CNC. Il fait partie de ceux qui ont contribué à mon arrestation. Demander à cette même personne d’intervenir aujourd’hui suscite naturellement des craintes », a-t-il déclaré.

La riposte du ministère public

En réaction, le ministère public a estimé que la défense redoute simplement l’émergence de la vérité. Il a appelé au calme et à laisser la juridiction décider de la conduite à tenir, notamment quant aux éventuelles investigations technologiques à confier au CNC.

Interrogé par Me Parfait Kanyanga sur les éléments matériels reliant le général Yav à l’ennemi, l’auditeur général a affirmé détenir des preuves irréfutables, évoquant notamment le témoignage de feu général-major Peter Cirimwami.

Selon l’accusation, le général Yav aurait dissimulé à sa hiérarchie un message qu’il aurait reçu, par l’entremise du général Senkoko, en provenance du Rwandais James Kabarebe. Ce message désignait le général Cirimwami comme un obstacle à un prétendu plan de déstabilisation de la RDC.

Le ministère public considère comme suspect le fait que le prévenu n’ait pas informé sa hiérarchie, notamment le chef d’état-major général des FARDC, alors même que le gouverneur se trouvait à ses côtés.

L’accusation évoque également ce qu’elle qualifie d’« aveu » du général Yav, qui aurait reconnu avoir reçu un message via Senkoko. Elle cite en outre les déclarations de plusieurs renseignants, dont le général Ndima, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, ainsi que le général Ekenge, entendus par la Cour.

Des versions contradictoires

Pour sa part, le général Yav nie catégoriquement avoir reçu un message provenant de James Kabarebe. Il reconnaît toutefois avoir reçu un message anonyme accusant les FARDC d’utiliser les FDLR sur le champ de bataille.

Selon lui, c’est dans ce contexte qu’il aurait échangé avec le général Cirimwami, lequel lui aurait également fait part d’un message similaire reçu de son côté.

Audience renvoyée

Au terme des débats, la Haute Cour militaire a suspendu l’audience et renvoyé l’affaire au vendredi 20 février prochain. Les juges devront alors se prononcer sur l’opportunité de requérir ou non l’expertise du CNC pour examiner les téléphones du prévenu.

Le lieutenant-général Philémon Yav est poursuivi pour trahison et incitation des militaires à commettre des actes contraires à la loi. Il est notamment accusé d’intelligence avec les ennemis de la République, en l’occurrence le Rwanda.

ODN