Cinq questions à Joseph Bangakya

Vendredi 11 septembre 2015 - 11:31

1. La Cour constitutionnelle était très attendue sur les élections et la gestion du pays, principalement l’installation de nouvelles provinces.

En réaffirmant l’impérieuse nécessité que sont les élections, en constatant le caractère irréversible de l’installation des nouvelles provinces et en donnant aux pouvoirs publics les moyens nécessaires afin que les missions de l’Etat soient assurées et que les services publics fonctionnent, dans l’intérêt supérieur de la Nation, la Cour Constitutionnelle a été à la hauteur des attentes. Concernant la question liée au processus électoral, la Cour s’est montrée soucieuse de l’indépendance de la CENI, des moyens que le Gouvernement doit lui donner, mais aussi de la qualité du processus électoral.

Des élections bâclées, mal préparées, organisées sous la contrainte, dans la peur et au mépris des réalités, ne seront que la boîte de Pandore qui risque de menacer l’existence même de notre pays. Je considère donc que les 9 sages ont rendu un arrêt responsable et approprié. Que tout le monde s’incline devant cet arrêt irrévocable, que les pouvoirs publics s’assument et que la classe politique fasse preuve de responsabilité et de patriotisme.

J’invite aussi nos partenaires internationaux à faire preuve de solidarité et non d’ingérence souvent inacceptable.

2. La Cour parle des mesures transitoires exceptionnelles. S’agirait-il des nominations des gouverneurs et vice- gouverneurs?

Les mesures transitoires exceptionnelles seraient de définir un cadre réglementaire organisant la gestion des nouvelles provinces durant cette transition. Les mécanismes de collaboration avec le gouvernement central et l’assemblée provinciale doivent être clairement définis. L’efficacité et la stabilité institutionnelles doivent être acquises. Les missions et attributions des responsables de transition des nouvelles provinces doivent leur permettre de bien préparer l’installation des institutions provinciales et des services publics provinciaux. Il est important que le développement des nouvelles provinces, en termes de développement des infrastructures, de la planification du développement et du développement économique et social soit au cœur de la stratégie et du programme d’action de cette période transitoire.

Les responsables ainsi nommés ne peuvent être des gouverneurs et vice-gouverneurs, car ceux ci sont élus par l’assemblée provinciale.

Ce seraient plutôt des mandataires du gouvernement, disposant d’une expérience politique et une compétence territoriale avérée, que le président de la République pourrait nommer, en s’appuyant, en plus de l’arrêt de la Cour constitutionnelle, mais aussi sur l’article 69 alinéa 3 de la Constitution, qui stipule que le président de la République assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions, ainsi que la continuité de l’Etat.

3. Voguer à reculons, ce se rait retourner aux 11 provinces, comme le proposent certains acteurs. Auraient-ils proposé, en 1960, avec tous les problèmes postindépendance que notre jeune pays avait connu, que la meilleure solution aurait été de revenir à la colonisation?
Le risque aurait été de laisser le chaos s’installer. Et l‘irresponsabilité aurait été de reculer dans la mise en œuvre de cette importante réforme.

Les problèmes existent toujours dans la gestion de la res publica, et la mise en œuvre des grandes réformes demande surtout de la volonté politique, et non pas de la lâcheté. Qu’il y ait des gouverneurs élus à côté des mandataires du gouvernement dans les nouvelles provinces, n’est pas en soit un obstacle dans la bonne marche de la République, surtout que ces dispositions exceptionnelles ne sont que transitoires

4. Certains redoutent la montée des velléités sécessionnistes et tribalistes. D’autres soutiennent que ces nouvelles provinces seront des mort- nés: ses craintes sont elles fondées?

Il y a une vraie confusion sur le démembrement de certaines provinces pour parvenir à installer les nouvelles provinces : ce n’est qu’un passage de li provinces à 26 provinces. Les 26 provinces auront les mêmes, compétences et les mêmes institutions que les 11!

Des déséquilibres entre provinces existent partout et existeront toujours. Il faudra donc travailler au développement des provinces moins favorisées.

Sur le tribalisme, il n’en aura ni plus ni moins que ce qui existe actuellement. Et sur ce point, la Constitution est claire : les Congolais ont le droit de s’installer n’importe où sur le territoire national et ils y jouissent des mêmes droits.

Ceux qui pensent avoir des visées sécessionnistes trouveront les lois de la République, les FARDC et le Peuple Congolais sur leur chemin.

Mais il est vrai que cette question pose le problème de la qualité des animateurs des provinces qui doivent âtre à la hauteur de cette immense tâche.

5. Ce voyage est un succès incontestable pour les deux Chefs d’Etat, Joseph Kabila et Xi Jinping. Et les grands bénéficiaires sont les peuples congolais et chinois.

Il faut que nos compatriotes comprennent que la Chine, c’est le pays le plus peuplé de la planète, c’est l’usine du monde et ce sera la première économie mondiale en 2030. C’est un pays courtisé par tous et disposant d’importantes ressources financières. Je félicite le Président de la République d’avoir compris très tôt, le caractère stratégique de la coopération sino-congolaise, mais surtout d’avoir une approche ambitieuse et avant-gardiste du développement dont notre pays a besoin.

Au 21ème siècle et dans ce monde globalisé et multi polaires, les relations gagnant-gagnant, privilégiant l’intérêt et les besoins réels des Peuples, de coopération basée sur le respect réciproque de la souveraineté, de l’identité de chacun, ouvriront des meilleures perspectives à l’humanité que les relations néo-impérialistes et ultra capitalistes.

PROPOS RECUEILLIS PAR BIENVENU-MARIE BAKUMANIA
Vice-gouverneur honoraire de la Province Orientale