FDLR : mission injuste pour la RDC
La RDC n’a jamais été à l’origine de la rivalité entre Hutu et Tutsi au Rwanda. Pourtant, elle subit les conséquences d’un conflit entre les deux ethnies.
Avant la colonisation, les deux peuples n’étaient pas ennemis.
Sous l’administration belge, une distinction raciale a été introduite à travers la théorie controversée dite hamitique. Elle a présenté les Tutsi comme supérieurs aux Hutu.
En 1962, le Rwanda accède à l’indépendance sous un pouvoir dominé par les Hutu. Il s’en suit des cycles de violences et de discriminations, qui entretiennent les tensions.
Entre 1990 et 1994, une guerre oppose le gouvernement au Front patriotique rwandais « FPR » composé en majorité de réfugiés tutsi.
Le 6 avril 1994, l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, Hutu, déclenche une crise majeure. Il s’ensuit le génocide des Tutsi au Rwanda, perpétré par des extrémistes hutu.
Après la prise du pouvoir par le FPR, des millions de Hutu fuient vers notre pays, emportant armes et munitions. Ils y sont accueillis à la demande de la communauté internationale. Sur place, ils se sont livrés à la violation des droits des populations congolaises, bien documentée par des experts indépendants.
(Cfr travaux historiques et rapports internationaux)
Sans notre volonté, la crise rwandaise est ainsi exportée sur notre territoire. L’instrumentalisation de certains Congolais par le Rwanda conduit à la création de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo « AFDL ».
C’est le début de l’agression de notre pays par le Rwanda, officiellement justifiée d’abord par la poursuite des responsables du génocide, ensuite par le renversement du pouvoir dictatorial de Mobutu.
De nombreux Hutu sont alors tués, tandis que d’autres se replient dans l’est du pays, où, plus tard, ils formeront les FDLR.
Présents en RDC depuis près de trois décennies, beaucoup de ces combattants ont disparu, d’autres ont vieilli, et une nouvelle génération est née. Cette nouvelle génération est toujours assimilée aux génocidaires par Kigali.
Comme on peut le constater, notre pays n’est pas responsable des conflits cycliques du Rwanda. Il en est plutôt victime, ayant subi l’extension sur son territoire d’une crise étrangère, suite à l’accueil sur son sol de réfugiés rwandais, à la demande de la communauté internationale.
La nation congolaise paie un lourd tribut pour un conflit qui ne la concernait pas.
Dès lors, est-il juste de lui demander d’en assumer seule la responsabilité, notamment en ce qui concerne le démantèlement des FDLR ?
Certes, du fait de leur présence sur son territoire, notre pays doit intervenir dans la recherche de solutions. Mais il est injuste de faire de ce problème uniquement le sien, comme c’est le cas aujourd’hui. Il s’agit d’une question internationale qui doit être prise en charge collectivement.
Un accord politique global devrait être trouvé entre la communauté internationale, notre pays et le Rwanda. Ce processus peut être piloté au niveau international, avec l’appui des partenaires engagés, notamment les États-Unis.
Parmi les mesures envisageables :
- le retrait des forces rwandaises du territoire congolais,
- la mise en œuvre d’un programme de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR),
- des garanties de sécurité, d’amnistie et de réinsertion pour les ex-combattants.
Ce processus pourrait être appuyé par la brigade d’intervention de la MONUSCO, combinant efforts militaires ciblés, DDR et solutions politiques entre Rwandais.
Le DDR seul ne suffira pas. Il doit s’accompagner d’une pression militaire contre les combattants récalcitrants, ainsi que de garanties politiques, judiciaires et économiques solides.
La demande vague, faite à notre pays de résoudre seule le problème des FDLR, qu’il n’a pas créé, est injuste et inacceptable.
Si la communauté internationale souhaite réellement une solution durable, elle doit assumer pleinement ses responsabilités.
Carte blanche n°204 de Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste (P.T)