Examens prénuptiaux en RDC : entre exigences et prévention, des Congolais s’expriment [ dossier ]

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Des unions sont scellées chaque semaine à Kinshasa, capitale de la  République Démocratique du Congo (RDC), dans le but de fonder familles. La majorité de ces couples  aboutissant jusqu'au mariage religieux sont obligés par leurs églises respectives de réaliser une série d'examens dits "prénuptiaux", en vue de mieux se connaître et d'éviter les risques probables des maladies et conséquences fâcheuses chez leurs progénitures.

Ces examens biologiques et d'imagerie, d'après le docteur Fiston Makiese, chirurgien en formation affecté aux Cliniques universitaires de Kinshasa (CUK), sont, entre autres, le groupe sanguin ABO et rhésus, l'électrophorèse d'hémoglobine, la sérologie VIH, l'hépatite B et C, le bilan urinaire infectieux, le test de grossesse, le bilan hormonal, l'échographie gynécologique, le spermogramme, et le spermocytogramme.

"Ces examens sont hyperimportants pour dépister certaines maladies transmissibles, génétiques, et surtout, quand on pense créer un foyer, il faut certainement que la progéniture soit de bonne qualité. Pour essayer aussi d'exclure certains problèmes pouvant entraver la fertilité du couple", a-t-il affirmé.

Bien qu'une exigence religieuse, la dernière résolution de se marier revient très souvent au couple en dépit des résultats.

L'abbé Olivier, prêtre du diocèse de Kisantu, a indiqué que l'Église catholique romaine recommande aux fiancés, avant la bénédiction nuptiale, des examens adéquats, notamment le groupe sanguin, l'électrophorèse et ceux liés au déséquilibre psychique pour éviter les discordes et  divorces précoces.

Cependant, si les résultats révèlent l'incompatibilité de ces prétendants au mariage, l'Église peut annuler ce mariage avec le consentement des deux conjoints et de leurs parents.

"S'ils s'acceptent malgré cette incompatibilité, le mariage peut être célébré. Sauf pour le cas de troubles psychiques, l'Église ne célèbre pas l'union", a-t-il déclaré.

Plus loin, à Bibwa, commune de N'sele dans la partie Est de Kinshasa, nous avons rencontré le pasteur Joseph Kafua Bin Ndjadi Pense Mulamba de la Trompette Tabernacle, qui lui aussi a affirmé que son église exige un bilan  prénuptial avant la bénédiction des fiancés.

Il a toutefois précisé que la dernière décision revient aux mariés en cas de résultats incompatibles.

"Concernant le mariage, tout est basé sur l'amour, le dernier mot revient aux mariés. Le pasteur reste à la marge. Il se limite aux conseils", a-t-il expliqué.

Des couples informés et sensibilisés sur les examens prénuptiaux


Contrairement aux années précédentes, la plupart des couples interrogés par la rédaction de 7SUR7.CD ont réalisé ces examens ou se sont convenus de vérifier leurs états de santé des mois avant ou à la veille de leurs mariages.

Le couple Diasivi, par exemple, marié depuis trois ans, a affirmé avoir réalisé ces examens même si ce n'était pas une obligation dans leur église. Les résultats de ces examens ont contribué à "renforcer leurs liens", d'après eux.

"Nous avons réalisé ces tests ⁠beaucoup de temps avant même la célébration de nos fiançailles. ⁠Il y avait des craintes, surtout la peur de se séparer en cas d’incompatibilité", a argué Christian Yogolelo, marié à Esther depuis une année.

Le couple Masimango, par contre marié depuis deux ans, a attendu la veille du mariage, soit deux mois avant, pour faire ces examens. Ils soutiennent avoir été très sûrs d'eux.

Aristote, médecin, fiancé à Victorine, infirmière, depuis près de deux ans, explique n'avoir pas encore réalisé ces examens mais envisage de le faire.

"Nous ne les avons pas encore réalisés dans l'ensemble. Moi, de mon côté, j'ai fait et connais mon statut électrophorétique. Nous finirons par le faire tous deux. Nous n'avons aucune crainte pour réaliser ces examens. Pour éviter le dommage si les résultats nous revenaient négatifs, c.-à-d. AS-AS, directement, on va se séparer pour éviter le dommage dans la famille. Mais ce n'est pas le cas avec notre couple car l'un de nous connaît déjà son statut électrophorétique", a dit ce médecin.

Il est à noter qu'à côté de ces couples mariés légalement et religieusement ou fiancés, il existe ceux qui vivent en concubinage, avec beaucoup de risques de transmission des maladies et  d'engendrer une progéniture atteinte par la drépanocytose.

Toutefois, il est prévu dans les maternités des examens à l'instar du VIH-SIDA, de l'hépatite B et de la toxoplasmose… une fois que la femme débute les consultations postnatales. Ce, en vue de bien suivre l'évolution de l'enfant même si pour certaines maladies la transmission est inévitable.


À Kinshasa, il existe des ONG qui collaborent avec des hôpitaux pour prendre en charge les frais de ces examens jugés "exorbitants", en vue de faciliter la tâche aux fiancés.


Christel Insiwe