
Au cours du troisième trimestre de l’année dernière, 94,60 % des biens importés puis exportés dans la foulée par le Rwanda ont fini sur le marché de la partie Est de la République Démocratique du Congo, à en croire le ministère du Commerce du même pays. Ces réexportations d’une valeur de 175 millions de dollars américains ont bénéficié, en très grande partie, du stratagème de transbordement au demeurant légal qui permet à Kigali de cannibaliser des sommes substantielles qui devaient revenir à la RDC. Outre ses propres exportations, plusieurs containers à destination de son voisin arrivent au Rwanda, où ils sont dédouanés puis fragmentés en plusieurs petits lots transportés vers la partie Est de la RDC par des petits véhicules, voire des vélos pour éviter les taxes douanières à la frontière.
Malgré une situation sécuritaire marquée par des affrontements militaires endémiques, le commerce transfrontalier entre la RDC et le Rwanda se porte bien avec une balance commerciale fortement positive pour Kigali. Ces exportations ont concerné essentiellement des animaux, des légumes, de la farine de manioc et de maïs, ainsi que du carburant.
Selon les données présentes sur le site du ministère rwandais du Commerce « les cinq principales destinations de réexportation ont été la République démocratique du Congo, l'Éthiopie, les Émirats arabes unis, le Burundi et l'Ouganda. »
Depuis Dubaï, en Chine et ailleurs, les transporteurs inciteraient les opérateurs économiques congolais des provinces de l'Est à déclarer Kigali ou Bujumbura comme lieu de destination de leurs marchandises. Confirmation par une commerçante de Bukavu interrogée par 7sur7.cd : « À partir de Dubaï, nous signalons Kigali comme lieu de destination. Dès que les containers arrivent là-bas, nous y payons les frais de transit. Ce n’est pas trop cher, ce qui est vrai. Aujourd'hui, on m’a demandé de payer 52 dollars pour 1 pied de carreaux que j’ai chargé dans un container. »
Plus globalement, les exportations rwandaises se sont chiffrées à 653,85 millions de dollars américains et la RDC en a été la principale destinataire à l’exception des métaux qui prennent la direction des Émirats arabes unis et de la Chine, selon les données de Banque mondiale, des métaux dont on peut aisément deviner la nature et la provenance. Pas suffisant pour autant équilibrer une balance commerciale largement déficitaire avec des importations comptabilisées à 2.144,23 millions de dollars américains.
Le « coup de sang » du ministre Julien Paluku
En août 2024, Julien Paluku, ministre congolais du Commerce extérieur, avait dénoncé cette pratique qu’il a jugée déloyale en décortiquant le système rwandais : « Le Rwanda a construit des entrepôts gigantesques capables d’accueillir des centaines de containers dont les contenus vont être fragmentés pour passer la frontière dans le cadre des transactions transfrontalières qui les exonère des taxes. Et cela ne concerne pas que le Rwanda ».
C’est une tendance qui se généraliserait avec les 9 voisins de la RDC qui utilisent le dumping en plus du transbordement.
« Certains voisins vendent leurs produits chez nous moins chers que chez eux et comme il s’agit des produits exportés dont la vente autorise de rapatrier les recettes en devises, ils trouvent ainsi un moyen de saigner nos pays des devises étrangères », a-t-il expliqué.
Autre caillou dans la chaussure de l’économie congolaise relevée par un membre d’une ONG à Goma : « Nos villages, d’où provenaient les produits alimentaires il y a quelques années, sont vides aujourd’hui à cause de l’insécurité. C’est pourquoi nous sommes désormais obligés de nous approvisionner au Rwanda même en farine de manioc, alors que c’étaient eux qui venaient s’approvisionner en semences chez nous. »
Alphonse Muderwa