Lubumbashi : Vernissage du livre « Le Vimba », une chronique des années noires vers 1990 du Pr Christian Kunda Mutoki à Katuba

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L’écrivain et professeur des universités Christian Kunda Mutoki a procédé, au Centre d’art Biasasa dans la commune de Katuba à Lubumbashi, au vernissage de son ouvrage intitulé « Le Vimba, Chronique des années noires à Lubumbashi », le samedi 29 août 2026.

Le vernissage de cet ouvrage a réuni plusieurs universitaires, écrivains, acteurs culturels et lecteurs autour d’une œuvre consacrée à la mémoire d’une période particulièrement difficile de l’histoire récente de la ville. « Le Vimba », composé de 91 pages publié aux éditions Hibiscus, le professeur ordinaire Christian Kunda Mutoki revient notamment sur la faim, les pénuries, les bouleversements sociaux, les stratégies de survie et les transformations des rapports au sein des familles.

Lors de la cérémonie de baptême, le professeur émérite Huit Mulongo a adressé un mot d’encouragement à l’auteur. Saluant son choix de faire de la réalité sociale une matière littéraire, il l’a encouragé à poursuivre cette démarche et à faire voyager son œuvre auprès des lecteurs, des écoles et des bibliothèques.

« Cher Le Vimba,  Au nom de Katuba, au nom de notre Katanga  chéri, au nom de notre cher Congo, au nom de la littérature congolaise, qui a appris, voici plus de 20 ans, à se mettre debout après la grande crise des années 90, je voudrais vous souhaiter bonne carrière. Allez partout, faites de toute la terre  mes disciples. Faites de notre monde littéraire, de notre pays, de notre continent et pourquoi pas de l'extérieur », a-t-il déclaré au micro tendu par 7SUR7.CD.

Le professeur émérite Huit Mulongo a également appelé l’auteur à porter son message au-delà de Katuba et de Lubumbashi, en direction des principales institutions culturelles et éducatives du pays.

« Prenez votre route vers nos principales bibliothèques, vers nos principales écoles.  Allez leur porter ces messages de la société.  Partez de grandes entrailles de la Katuba vers les grandes cimes de notre pays. Je vous baptise donc, pas comme Jean-Baptiste, dans cette carrière », a-t-il souhaité.

Prenant la parole, le professeur ordinaire Christian Kunda Mutoki a donné une dimension particulière à cette présentation, organisée dans sa commune natale. Il a rappelé que Katuba et Lubumbashi constituent une source importante de sa mémoire et de son inspiration littéraire.

« Katuba et plus largement Lubumbashi sont de ces lieux que l’on ne quitte jamais tout à fait. Ils demeurent en nous, comme une terre originelle, une mémoire vivante, une source intarissable d’inspiration », a-t-il affirmé.

Le professeur Kunda Mutoki a expliqué que la présentation de son ouvrage à Katuba représentait un retour aux sources, là où une partie de son histoire personnelle et de sa mémoire s’est construite. Il a notamment remercié les universitaires, les acteurs culturels et les lecteurs ayant participé à cette rencontre, estimant qu’un livre ne prend véritablement vie que lorsqu’il rencontre son public.

« Le Vimba est né de la mémoire de la terre des hommes. Aujourd’hui, il quitte mes mains, il n’est plus à moi, il vous appartient à vous tous », a-t-il martelé.

Invité à livrer une première lecture de l’ouvrage, le professeur Emmanuel Banywesize a estimé que « Le Vimba » dépasse le cadre d’une simple œuvre littéraire. Le livre constitue une plongée dans une période sombre de l’histoire de Lubumbashi et du Katanga, notamment marquée par les conséquences des pillages, l’effondrement économique et social, la peur et la misère.

« Le livre n’est pas seulement un livre littéraire, il est une mémoire, il est un témoignage, il est une chronique humaine », a souligné Emmanuel Banywesize tout en rappelant que « Le Vimba », est cette farine jaunâtre importée d’Afrique australe et consommée durant les années de pénurie. Elle était devenue sous la plume de Christian Kunda Mutoki le symbole d’une époque où de nombreuses familles étaient contraintes de réinventer leurs moyens de subsistance.

Professeur des universités et journaliste, Didier Makal a proposé une lecture sociologique de l’ouvrage. Son analyse s’est notamment articulée autour de trois dimensions : la place différente accordée aux filles et aux garçons dans certaines familles, la logique de débrouille et la préférence accordée à la quantité plutôt qu’à la qualité.

Selon lui, « Le Vimba » montre comment la précarité peut progressivement transformer les comportements et les systèmes de pensée d’une société. Didier Makal revient notamment sur la logique du « débrouillez-vous », associée à l’« Article 15 », expression devenue emblématique de cette période où l’État semblait ne plus être en mesure de répondre aux besoins essentiels de la population.

« Le Vimba devient alors, pour moi, un état d’esprit, un mode de pensée, une philosophie de la déchéance, de l’échec, du menu et de l’inconsistant assumés », a analysé Didier Makal.

Avec ce retour aux sources dans la commune de Katuba, le professeur ordinaire Christian Kunda Mutoki remet désormais son récit entre les mains des lecteurs, les invitant à découvrir, questionner et faire vivre cette mémoire collective.

Patient Lukusa, à Lubumbashi