Cent jours après la déclaration officielle de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC), plus de 5 200 cas ont désormais été recensés, faisant de cette flambée l’épidémie d’Ebola qui progresse le plus rapidement jamais enregistrée dans le pays, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Au cours des trois premiers mois, environ 90 cas confirmés ont été enregistrés chaque jour en moyenne. L’épidémie s’est par ailleurs étendue à une sixième province, tandis que l’Ituri reste l’épicentre de la maladie, concentrant à elle seule environ 85 % des cas et 79 % des décès.
À l’occasion de ce cap des 100 jours, l’OMS estime que la transmission du virus continue de dépasser les capacités actuelles de contrôle et appelle à une intensification urgente de la riposte.
« Nous pouvons maîtriser l’épidémie d’Ebola, mais uniquement grâce à une action renforcée dans les communautés touchées, menée par les autorités nationales, provinciales et locales et les communautés elles-mêmes », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
Le responsable de l’OMS insiste également sur la nécessité de maintenir l’appui des partenaires à la RDC.
« L’OMS et ses partenaires continueront d’apporter leur soutien au gouvernement de la RDC, aux communautés et aux pays voisins afin de mettre en œuvre la riposte nécessaire pour mettre fin à l’épidémie », a-t-il ajouté.
La mortalité demeure particulièrement élevée. Selon l’OMS, environ 60 % des décès enregistrés au cours des six dernières semaines sont survenus en dehors des centres de traitement Ebola. L’organisation y voit notamment le signe de difficultés persistantes dans le dépistage précoce, l’orientation des malades et l’accès rapide aux soins.
Pour le Dr Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, l’épidémie se trouve désormais à un moment déterminant.
« Nous devons maintenant intensifier considérablement la riposte : aller plus vite pour détecter les cas, atteindre les communautés plus tôt et renforcer les opérations là où elles sont le plus nécessaires », a-t-il déclaré.
Malgré cette situation préoccupante, des progrès importants ont été enregistrés depuis le début de l’épidémie. Le dispositif de laboratoire est passé d’un seul site de dépistage à 19 laboratoires capables de traiter plus de 3 000 échantillons par jour. La capacité de prise en charge est également passée de moins de 10 lits à plus de 1 300, tandis que plus de 900 établissements de santé ont bénéficié d’un appui en matière de prévention et de contrôle des infections.
L’engagement communautaire s’est également renforcé. Plus de 2,5 millions de personnes ont été touchées par les activités de sensibilisation, alors que le suivi des contacts est passé de seulement 9 % durant la première semaine de l’épidémie à 84 % au 18 août.
La riposte reste toutefois confrontée à plusieurs obstacles, notamment l’insécurité, les conflits, les déplacements de populations, les attaques contre les structures sanitaires, les réticences communautaires et les difficultés d’accès à certaines zones affectées.
L’OMS souligne ainsi que les prochains mois seront déterminants. Elle appelle à un renforcement de la surveillance épidémiologique, de la coordination entre les provinces, de la préparation aux frontières et de la collaboration avec les pays voisins afin d’éviter une propagation supplémentaire du virus.
Au total, l’OMS indique avoir déployé plus de 260 experts en RDC et livré plus de 330 tonnes de fournitures médicales et opérationnelles pour soutenir la réponse. Pour l’organisation, la maîtrise de l’épidémie nécessitera toutefois un engagement durable des autorités, une forte mobilisation communautaire, un accès sécurisé aux populations touchées et une mobilisation continue des ressources.
Roberto Tshahe