L’accord de Washington prévoit le retrait des rebelles du M23-AFC de toutes les zones occupées dans l’est de la RDC et ouvre la voie à un renforcement des relations économiques entre Kinshasa et Washington, a déclaré jeudi à Butembo le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara.
S’exprimant devant des députés nationaux élus du Nord-Kivu et toutes les couches de la population réunies, le speaker de la chambre basse du Parlement a affirmé que ce compromis diplomatique constitue « un tournant décisif » dans la gestion de la crise sécuritaire qui secoue la province du Nord-Kivu et, plus largement, l’est du pays depuis 30 ans maintenant.
« L’accord de Washington stipule que les rebelles du M23-AFC vont se retirer de toutes les zones occupées et les États-Unis vont faire le business avec notre pays », a-t-il déclaré, sans préciser le calendrier exact de mise en œuvre du retrait.
Le M23, mouvement rebelle actif dans l’est congolais, est accusé par Kinshasa d’être soutenu par le Rwanda, des accusations que Kigali a reconnues récemment à travers une diplomate rwandaise. La résurgence de ce groupe armé a entraîné d’importants déplacements de populations et une dégradation de la situation humanitaire dans plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Selon Aimé Boji, l’accord conclu à Washington comporte des garanties internationales destinées à assurer un retrait effectif et vérifiable des combattants du M23-AFC des zones sous leur contrôle. Il a insisté sur le fait que la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC « ne sont pas négociables ».
Au-delà du volet sécuritaire, le responsable parlementaire a mis en avant une nouvelle dynamique économique avec les États-Unis. « Le business avec notre pays » évoqué dans son discours renvoie, selon lui, à des investissements et partenariats stratégiques, notamment dans les secteurs minier, énergétique et des infrastructures.
La RDC, riche en minerais stratégiques tels que le cobalt et le cuivre, attire un intérêt croissant des grandes puissances dans un contexte de transition énergétique mondiale. Le rapprochement annoncé avec Washington pourrait ainsi renforcer la position de Kinshasa dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Ces déclarations interviennent alors que le président congolais, Félix Tshisekedi, multiplie les initiatives diplomatiques pour obtenir un soutien accru de ses partenaires internationaux face à l’insécurité persistante dans l’est du pays.
À Butembo, Aimé Boji a salué « l’activation de tous les leviers diplomatiques » par le chef de l’État, estimant que les accords de Washington et Doha sont le fruit d’un travail diplomatique soutenu.
Dans la ville commerciale de Butembo, durement affectée par l’insécurité, l’annonce a suscité espoir et prudence. Plusieurs habitants interrogés à l’issue du meeting ont exprimé le souhait de voir les engagements se traduire rapidement par une amélioration concrète de la sécurité.
Si les modalités exactes de l’accord n’ont pas été rendues publiques, les propos du président de l’Assemblée nationale laissent entrevoir une phase de transition qui pourrait redéfinir les équilibres sécuritaires et économiques dans l’est de la RDC.
Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais double , obtenir un retrait effectif des rebelles et transformer l’élan diplomatique en opportunités économiques durables.
David Lupemba, à Butembo