Le jeudi 22 janvier, les ambassades de France et d’Allemagne en RDC ont célébré à Kinshasa le 63e anniversaire du Traité de l’Elysée. Signé le 22 janvier 1963 par l’ancien président français Charles de Gaulle et le chancelier allemand Konrad Adenauer, ce traité vise à renforcer la coopération bilatérale et à sceller la réconciliation franco-allemande après la Seconde Guerre mondiale.
À cette occasion, une conférence intitulée « Soirée franco-allemande » a été organisée avec le soutien de la Fondation Conrad. L’ambassadeur de France, Rémi Maréchaux, et son collègue allemand, Ingo Herbert, ont mis en lumière les similitudes entre ce qui se passe depuis 30 ans entre la RDC et le Rwanda et la situation de guerre qu’ont connue la France et l’Allemagne.
Les deux diplomates ont partagé l’expérience commune de réconciliation de leurs pays, tout en précisant qu’ils ne souhaitaient pas « dicter » ce modèle à la RDC et au Rwanda. Ils ont souligné que la signature et le succès du Traité de l’Elysée ont été rendus possibles grâce à l'engagement personnel des dirigeants politiques, comme le général de Gaulle et le chancelier Adenauer, ainsi qu'à la contribution des scientifiques et de la société civile, y compris des leaders religieux. Des projets économiques communs, tels qu'Airbus, ainsi que des initiatives culturelles ont également été développés pour renforcer les liens entre les deux nations.
« Cette célébration était l’occasion d’un témoignage sur le chemin que nous avons parcouru et comment nous avons fait pour passer de deux pays qui se sont fait la guerre trois fois en 70 ans à des partenaires les plus proches au sein de l’Union européenne, qui s’efforcent d’adopter des positions communes sur toutes les grandes questions mondiales », a déclaré l’ambassadeur de France.
Il a ajouté : « Il y avait une dimension politique et personnelle. Nous sommes ici devant les portraits du général de Gaulle et de Konrad Adenauer. Il y avait aussi une dimension culturelle, car ce traité annonçait la création de l’office franco-allemand de la jeunesse. Depuis sa création, cet office a permis à dix millions de jeunes des deux pays de participer à 400 000 opérations d’échange, favorisant ainsi la connaissance mutuelle des sociétés et des langues. »
Pour l’ambassadeur d’Allemagne, si son pays et la France ont réussi à se réconcilier après près d’un siècle de conflits, la RDC et le Rwanda peuvent également y parvenir.
« Entre la RDC et le Rwanda, le conflit dure depuis 30 ans. Entre l’Allemagne et la France, il s’agissait d’un conflit de siècles. Nous avons connu plusieurs guerres et des millions de morts. Après la Deuxième Guerre mondiale, nos dirigeants, intellectuels et membres de la société civile ont compris qu’il était essentiel d’investir dans la paix. Nos peuples ont dialogué, se sont rendu visite et ont investi dans des projets de jumelage. Par exemple, ma ville natale de Wolfsburg, où se trouve le siège de VW, était jumelée avec Marignane, près de Marseille. Des officiels, des élèves et des membres d’églises se visitaient mutuellement », a ajouté Ingo Herbert.
Timo Roujean, représentant résident de la Fondation Conrad et fils d’un père français et d’une mère allemande rencontrés pendant la Seconde Guerre mondiale, a rappelé que la paix serait beaucoup plus bénéfique pour la RDC et le Rwanda que la guerre.
« L’expérience du couple franco-allemand nous montre que le développement commun est possible, la paix est beaucoup plus profitable à l’un et à l’autre que la guerre. Il faut des projets communs de paix et de prospérité pour que vos petits-enfants puissent vivre en paix, comme moi je le vis en tant que Franco-allemand », a-t-il déclaré tout en martelant sur l’importance de la justice dans le processus de réconciliation.
Notons que cette célébration, qui était placée sous le thème « Mémoire, dialogue et réconciliation : l’exemple franco-allemand face aux défis des Grands Lacs », était également l’occasion de la remise du prix franco-allemand des droits de l’homme 2025 à Nelly Godelive Mbangu. Elle est militante des droits de la femme et de l’enfant et coordonnatrice de l’ONG Sauti ya Mama Mukongomani (SMM), basée au Nord-Kivu.
Bienfait Luganywa