L’élu de Kabongo, dans le Haut Lomami, dénonce entre autres, dans la démarche des auteurs de la lettre polémique, beaucoup d’indélicatesses et même du chantage.
Revoici Me Stanley Mbayo Pelesa. L’élu de Kabongo, dans le Haut Lomami, ne rate pas l’occasion de défendre l’Autorité morale de la Majorité présidentielle à chaque fois que cela est nécessaire. A ce titre, il ne pouvait laisser passer sous silence le vent qui souffle actuellement au sein de la famille politique du chef de l’Etat avec l’auto exclusion du G7. Pour le président fédéral du Mouvement des indépendants réformateurs, il y a eu beaucoup d’indélicatesses et l’objectif n’était pas seulement de mettre en mouvement un débat interne, parce qu’ils ont écrit une lettre à l’Autorité morale, mais ils l’ont balancée à la presse avant que le destinataire ne puisse même la recevoir. Ce qui, pour lui, ressemble au chantage. Des traîtres à l’interne, tranche-t-il. " Joseph n’a pas été le candidat de la MP. Il a été un candidat indépendant à qui un regroupement politique et des personnalités politiques se sont joint pour soutenir son programme et le soutenir aux élections. Alors, de là, essayer d’amalgamer et puis faire du chantage au travers d’une correspondance, je crois qu’il y a eu beaucoup d’indélicatesses dans leur chef ", explique l’élu de Kabongo. En ce qui concerne la rupture des négociations entre le Pouvoir et l’UDPS, Me Mbayo fait une observation pertinente : "Quand ils sont allés à ces négociations, ils n’avaient pas diffusé un communiqué officiel qui annonçait qu’ils avaient commencé les pourparlers avec le pouvoir. Il a juste fallu qu’ils ne soient pas d’accord sur un ou deux points pour qu’on assiste à des communications entre Bruxelles et Kinshasa qui se contredisent. Ils nous ont habitué à cela et ce n’est pas bon pour l’éthique ". Découvrez l’interview de Me Staley Mbayo.
Me Mbayo Pelesa, vous êtes élu de Kabongo, dans le Haut Lomani, membre de la MP et président fédéral du Mouvement des Indépendants réformateurs, parti membre de la MP. Comment aujourd’hui analysez-vous la situation qui prévaut au sein de votre plateforme ?
En tant que président fédéral du Mouvement des Indépendants réformateurs, parti signataire de la charte de la Majorité présidentielle, nous nous alignons à la position du bureau politique. Parce que, voyez-vous, le secret de la correspondance est réglementé par la loi en RD-Congo et la liberté d’opinion est assurée à tout le monde au sein de la MP. Le débat n’y est pas exclu. Alors, qu’il y ait eu des préoccupations de certains membres et non les moindres de la famille politique, qu’ils aient initié une correspondance pour faire savoir leurs desiderata à l’autorité morale, il était bien indiqué qu’ils adressent la lettre à l’Autorité morale et qu’ils réservent la primeur de cette correspondance à cette dernière. Mais, on sent qu’il y a eu beaucoup d’indélicatesses. L’objectif n’était pas seulement de mettre en mouvement un débat interne, parce qu’ils ont écrit une lettre qui était adressée à l’autorité morale, mais ils l’ont balancée à la presse avant que le destinataire ne puisse même la recevoir. Donc, ça ressemble presque au chantage. C’est comme cela que nous, on s’aligne à la position du bureau politique qui les a invités pour en débattre. Mais curieusement, face aux rapports que nous avons dans la famille, ils ont claqué la porte. Il y a l’auto-exclusion. Vous savez, tout politicien moyen a lu au moins l’art de la guerre. Il y a toujours eu une 7ème colonne. Ça veut dire des traîtres à l’interne. Et il est très difficile de combattre la 7ème colonne, mais heureusement, cette dernière venait de se dévoiler et de quitter le bateau, et nous sommes entrain de resserrer les rangs maintenant. C’est la position que je confirme.
Mais, les revendications de ce Groupe sont quasi similaires à celles de l’Opposition qui appelle au respect strict de la Constitution et qui réfute toute idée d’un glissement, dont les premiers signaux ont été donnés par l’arrêt de la Cour constitutionnelle, qui a donné un feu vert pour la nomination des gouverneurs de nouvelles provinces. La Majorité ne serait-elle pas vraiment en train de préparer ce glissement dénoncé par tous ?
C’est au sein de la Majorité que nous avons le Garant de la Constitution et qui n’a jamais dit le contraire. Il est là depuis toujours et il fait respecter la Constitution. C’est ça son rôle. Parce qu’autrement, il sera mis en cause pour haute trahison devant la Cour constitutionnelle. Donc, jusqu’à présent, il n’y a personne, alors personne qui a déjà relevé même par une correspondance, une violation de la Constitution par l’Autorité morale de la Majorité. Donc, cette revendication là, c’est la revendication de tout le monde. Pas seulement de l’Opposition ou de la société civile, même la Majorité.
Avec ces départs, devrions-nous nous attendre à une restructuration de la Majorité ? Si oui, est-ce l’option d’un nouveau Gouvernement, avec un nouveau Premier ministre est-il envisageable ?
La restructuration de la Majorité présidentielle est inévitable. Parce que parmi les frondeurs, nous avons le 2ème grand parti de la MP, dont le secrétaire général adjoint est membre. Et le Gouvernement, c’est aussi inévitable. Il y aura soit un réaménagement, soit un remaniement. Le réaménagement est inévitable et le remaniement est possible, il n’est pas exclu. Parce que dans la MP, nous avons beaucoup de membres et tous ces membres là qui sont en dehors des frondeurs sont à la disposition du Chef et c’est lui qui va décider. Ça dépend de son pouvoir discrétionnaire.
Le chef de l’Etat ne s’est jamais prononcé pour un troisième mandat. Mais pourquoi toute cette agitation au sein de votre famille politique ?
Selon la loi électorale, c’est la CENI qui donnera la période de dépôt des candidatures. Et si nous serons dans la même configuration, l’autorité morale aura à se prononcer. Que ce soit en 2006 ou en 2011, Joseph Kabila s’est présenté en tant que candidat indépendant et non du PPRD ou de la MP. Cependant, dans la MP, on n’a pas seulement des partis politiques. Nous avons aussi des personnalités. Je peux vous citer l’actuel ministre de la Justice. Donc, la MP c’est un regroupement de partis politiques qui croient aux projets de société de l’autorité morale et qui se disent : « Nous vous soutenons dans tout ce que vous faites. C’est comme ça que même cette lettre est mal venue. Si nos anciens partenaires avaient cru qu’à un moment donné ils n’étaient pas prêts à soutenir l’autorité morale, ils diraient seulement que nous avons quitté la MP. Parce que Joseph n’a pas été le candidat de la MP. Il a été un candidat indépendant à qui un regroupement politique et des personnalités politiques se sont joint pour soutenir son programme et le soutenir aux élections. Alors, delà, essayer d’amalgamer et puis faire du chantage à côté au travers d’une correspondance, je crois qu’il y a eu beaucoup d’indélicatesses dans leur chef. Comme si cela ne suffisait pas, arriver à claquer la porte du Bureau politique, ça ne signifierait pas autre chose que l’auto-exclusion. Pour le 3ème mandat du chef de l’Etat, la période de dépôt des candidatures, c’est la CENI qui la donne. Si nous aurons la même Constitution, l’article 5 vous dit que la souveraineté revient au peuple. Mais, on verra au moment venu. La déclaration de candidature est un acte volontaire et personnel. Ce n’est pas un acte d’ensemble d’individus. Même quand on voit les gens qui vont aux élections sous un parti, c’est d’abord un acte volontaire et après les partis les soutiennent.
Parmi les leaders de ces 7 partis qui ont été exclus de la MP, au moins trois d’entre eux sont Katangais … et pas de moindre. Pouvons-nous dire aujourd’hui que le Katanga a tourné dos au Raïs ?
Aujourd’hui, le Katanga n’existe plus. Moi j’en suis fier. Si vous regardez chez nous, dans le Haut Lomami, il n’y a aucun frondeur. Parce que la province de Haut Lomami a souffert de la megestion de ces prétendus leaders incontestables. Ce sont des grands agitateurs. Ils savent seulement bouger la masse, la manipuler. Il s’agit d’une minorité très agissante pour la violence. Mais en réalité, il n’y a aucun paramètre qui prouve que ce sont des grands leaders du Katanga. Le Katanga a beaucoup de problèmes. Déjà, en 2011, les députés nationaux de cette province avaient produit un document sur la gestion de la rétrocession qui venait de Kinshasa. Cette rétrocession n’arrivait pas du tout dans les Entités décentralisées. On s’en servait à Lubumbashi. Aujourd’hui, quand vous prenez les recettes de cette province, c’est à coût des milliards. Mais, quelle en a été la gestion ? Vous savez, en politique, lorsque vous quittez de la plus mauvaise manière, il y a toujours de mauvaises affaires qui vous suivent par la suite. Ce n’est pas seulement en Afrique.
Vous avez vu en France avec Sarkozy et Chirac ! Il y a les audits qui vont suivre. On va voir qu’est-ce qui s’est passé. Moi, je vous ai juste parlé d’un seul cas. Toujours au Katanga, il y a une caisse, par exemple, sur les minerais, ça faisait je crois USD 50 par tonne exportée. Ce sont des choses qui sont facilement calculables et nous sommes très convaincus que nous avons eu, certes, des leaders de la province, mais pas des bons. Sinon, ils auraient vraiment aidé cette province à décoller. Aujourd’hui, c’est une chance que cette ancienne province du Katanga soit vidée de toute cette gangrène. Je crois que nous allons prendre un nouveau départ avec l’appui du chef de l’Etat. Vous avez certainement suivi la position des élus de l’ACO, le parti de Danny Banza, qui disent que ce dernier est certes le chef du parti, mais il avait été élu en tant qu’indépendant. Ce qui veut dire qu’ils ne sont pas avec lui. Théoriquement, quand vous prenez l’ancienne province du Katanga, par rapport aux frondeurs, vous vous rendrez compte que ces derniers ne représentent pas beaucoup en termes d’élus.
Comment jugez-vous la démarche de l’Opposition avec Fayulu et Kamerhe en tête, qui a saisi la Cour constitutionnelle pour avis en inconstitutionnalité de la loi sur la répartition des sièges aux élections locales et municipales ?
La démarche est bonne et louable. Notre inquiétude était qu’avec tout ce que l’Opposition a débité sur l’arrêt rendu dernièrement par la Cour constitutionnelle, qu’elle n’ait finalement pas foi en cette Cour. Mais, maintenant qu’elle s’adresse à cette même Cour, ça nous rassure quand même. Mais, sur le plan procédural, la loi détermine ceux qui ont qualité de saisir la Cour en interprétation. Il y a le président de la République, les membres du Gouvernement, les gouverneurs, les bureaux des deux chambres du Parlement et au moins le 1/3 des membres du Parlement. Seulement, je constate que la partie demanderesse de cette requête ne tombe pas dans ce critère. Juridiquement parlant, sur le plan de la forme, il y a défaut de qualité. Donc, cette requête sera rejetée. Nous saluons la démarche de l’Opposition et les encourageons toujours à saisir les institutions. Mais, ils devront quand même s’entourer de bons juristes pour bien mener l’affaire. A moins qu’ils aient fait cela pour entrer dans "main ivent" pour faire parler d’eux. Au moins, le point louable de cette démarche reste la sacralité de la Cour constitutionnelle.
A Lubumbashi, la situation est presqu’explosive. Vous, en tant que natif delà, quel est votre point de vue ?
Vous savez, la politique, nous devons la mener pour l’intérêt supérieur de la population, pour le développement de notre pays. Si mes frères et amis qui sont à Lubumbashi me suivent, ils doivent se souvenir de cet événement tragique survenu alors que nous étions encore à l’université à l’époque.
Nous avions suivi le mot d’ordre de mêmes soit disant grands leaders qui avaient appelé à un meeting non autorisé. Un camarade dénommé Musans a été tué lors de cette manifestation. C’est un nom très connu dans le Katanga. Dernièrement, j’étais consterné de constater que, même les enfants de ce dernier ont été délaissés. Ils ne sont même pas scolarisés. Alors que les enfants de ces soit disant leaders vivent à l’étranger, leurs papas éternellement dans les institutions. Il y a encore un grand nom : Bufalo. Aussi tombé dans les mêmes agitations. Nous avons besoin de cette jeunesse pour le travail, le développement de notre pays. On n’a pas besoin que cette jeunesse soit utilisée comme bouclier humain et serve aux intérêts personnels. C’est une agitation, elle va se terminer. Ça a commencé avec des lettres à Kinshasa, maintenant c’est à Lubumbashi … la police fera son travail pour assurer la sécurité de tout le monde.
Avec l’UDPS qui a claqué la porte de pourparlers du dialogue, ne craignez pas que ce forum échoue aussi comme les concertations nationales ?
Je n’ai jamais été d’accord avec cette façon de voir de beaucoup de gens qui pensent que les Concertations étaient un échec. Nous avions à l’époque un pays agressé à l’Est par le M23. Il y avait certains leaders (grands comme on en a maintenant l’habitude, parce que tous les récalcitrants sont aujourd’hui appelés grands leaders) qui sont aujourd’hui en exil, qui allaient grossir les rangs du M23. Il fallait tout faire pour éviter qu’on se retrouve en face d’une rébellion armée, renforcée par les politiciens qui siégeaient pourtant au sein des Institutions. Cet objectif a été atteint.
De ce point de vue, je ne vois pas comment on peut dire que les concertations ont été un échec. Vous me dites que l’UDPS a claqué la porte du pré-dialogue … Il s’agissait juste des négociations bilatérales. Ce n’était pas le format du dialogue proprement dit. Et voici comment se comportent les politiques congolais ! Quand ils sont allés à ces négociations, ils n’avaient pas diffusé un communiqué officiel qui annonçait qu’ils avaient commencé les pourparlers avec le pouvoir. Il a juste fallu qu’ils ne soient pas d’accord sur un ou deux points pour qu’on assiste à des communications entre Bruxelles et Kinshasa qui se contredisent. Ils nous ont habitué à cela et ce n’est pas bon pour l’éthique. Surtout pour les jeunes qui sont à l’université et qui rêvent d’une carrière politique. M. M.