Processus électoral : l’appel de Kinshasa

Mercredi 14 octobre 2015 - 11:39

Après l’atelier de Matadi la semaine dernière, au terme duquel elle avait retenu le mois de février 2016 comme la « ligne rouge » à ne pas dépasser dans la mise en route du calendrier électoral, la Société Civile s’est retrouvée dans un nouvel atelier, cette fois au Centre Bondeko, à Kinshasa, du 12 au 13 octobre 2015. Au terme de ce forum, elle a sorti ce que l’on a baptisé « Déclaration de Kinshasa ».

Selon l’état des lieux fait à cette occasion, il a été constaté une forte montée de l’intolérance politique marquée par des menaces à l’endroit de tous ceux qui, à l’instar des leaders du G7, nouvelle plate-forme dissidente de la Majorité Présidentielle, appellent au respect de la Constitution et des délais non négociables pour l’organisation des élections présidentielles et législatives nationales. La Société civile a noté aussi la répression violente des manifestations publiques et pacifiques, l’instrumentalisation des jeunes pour les pousser à commettre des actes de violences contre des forces politiques opposées au pouvoir en place, la tenue des discours xénophobes par certains leaders politiques, la fermeture de plusieurs médias dits proches de l’Opposition, etc.

Au plan politique, la « Déclaration de Kinshasa » fait état du silence prolongé et inquiétant du Président de la République au sujet des spéculations qui entourent la fin de son second mandat, le respect de la Constitution et des délais d’organisation des élections. A ce sujet, Joseph Kabila est invité à lever l’équivoque à travers un message exclusif à la Nation, car celui livré à partir de Kingakati, il y a deux semaines, n’était pas très explicite et était réservé aux membres de sa famille politique. Une position claire du Chef de l’Etat actuellement en fonction sur son engagement à renoncer à un troisième mandat aurait le don de décrisper instantanément l’espace politique actuellement miné par des querelles de leadership tant au sein de la Majorité que de l’Opposition, les pesanteurs d’un découpage territorial précipité, la suspension des activités des Assemblées provinciales, etc.

En ce qui concerne le processus électoral, le constat de la Société civile est qu’il y a déficit de volonté politique, dans le chef du gouvernement, de libérer, en faveur de la CENI, les fonds nécessaires au recadrage de son agenda électoral, en dépit de l’injonction de la Cour Constitutionnelle. Quant au Parlement, il a omis d’inscrire à l’ordre du jour de sa session en cours, la loi relative à l’identification et l’enrôlement des électeurs, ce qui aurait permis la participation des nouveaux majeurs et des Congolais de l’étranger aux scrutins à venir.

La démission intempestive du président de la CENI, l’abbé Apollinaire Malumalu, est épinglée comme une cause supplémentaire de blocage de cette institution d’appui à la démocratie, synonyme de marche irréversible vers le glissement.

Comme pistes de sortie pour contourner l’écueil de la prolongation automatique des mandats des animateurs des institutions actuelles de la République, la Société Civile préconise la clarification publique, par le Chef de l’Etat, de son avenir politique ; le rejet du projet de Budget 2016 déposé par le gouvernement à l’Assemblée Nationale en vue de son réajustement conformément aux besoins de financement du processus électoral ; l’examen et le vote en priorité, au Parlement, de tous les textes de lois ayant un lien direct avec les élections ;  la réouverture des médias fermés ; la levée de la mesure suspendant le fonctionnement des Assemblées provinciales ; la professionnalisation de la police et des services spéciaux en vue de l’encadrement responsable des manifestations pacifiques en période électorale ;  l’ouverture des médias publics à tous les courants d’opinions ; le respect des droits de l’homme ; le traitement objectif des contentieux électoraux ; le respect de l’indépendance et de la neutralité des institutions d’appui à la démocratie (CENI, CSAC, CNDH) ; la tenue urgente du Dialogue entre forces politiques et sociales, etc.

L’objectif global poursuivi par la Société Civile est d’obtenir un processus électoral apaisé, transparent et démocratique. D’aucuns notent que le message du G7 recommandant à la Majorité de ne pas modifier les règles du jeu en plein processus électoral ainsi que l’émergence d’un consensus national autour du calendrier électoral est largement partagé au sein des forces vives de la Nation. Au final, cette plate-forme souhaite que le souverain primaire congolais s’exprime librement dans les urnes, afin de porter le pays vers une alternance politique civilisée. Car si le peuple se convainc, après février 2016, que rien n’est fait pour faire avancer le processus, il risque de sanctionner ceux qu’il va tenir pour responsable du «glissement».

                             Kimp