De nos jours, la mécatronique, l’intelligence artificielle, la robotique, les biotechnologies et l’automatisation bouleversent tous les secteurs. Quelle place la RDC entend-elle occuper dans ce nouveau monde ?
Notre choix de Singapour comme destination éducative avec nos élèves cette année n’était pas fortuit. Au Programme international pour le suivi des acquis des élèves « PISA » de l’OCDE de 2022, ce petit État s’est classé premier en mathématiques, sciences et compréhension de l’écrit. En mathématiques, ses élèves ont obtenu 575 points, et 41 % d’entre eux atteignent les niveaux les plus élevés contre 9 % en moyenne dans l’OCDE. Le Trends in International Mathematics and Science Study « TIMSS » 2023 confirme son premier rang.
Dans ce domaine, la Corée du Sud, le Japon, la Chine et l’Iran et certains autres pays affichent les mêmes performances. La RDC devra s’inspirer de ces modèles.
La plupart de ces pays, sans resources naturelles significatives ont bâti leur puissance sur l’éducation, la recherche et l’ingénierie.
Dès l’école primaire, notre pays doit pouvoir repérer, ses élèves particulièrement doués en mathématiques et en sciences.
Pourquoi ne pas organiser des compétitions provinciales puis nationales identifiant les meilleurs talents scientifiques du pays ? Pourquoi la RDC ne préparerait-elle pas systématiquement ses meilleurs jeunes aux Olympiades internationales de mathématiques, de physique, de chimie et d’informatique ?
Que devient un jeune Congolais exceptionnellement doué en sciences lorsqu’il est issu d’une famille incapable de financer ses études ? La réponse détermine en partie notre avenir. Le talent existe dans toutes les couches sociales ; l’opportunité, elle, n’est pas équitablement distribuée.
C’est dans cette logique que j’avais institué, lorsque j’étais ministre de l’ enseignement supérieur et universitaire, la Bourse de l’excellence et de la solidarité nationale « BESN » : identifier sur concours des finalistes du secondaire particulièrement méritants et leur permettre de poursuivre des études supérieures, surtout scientifiques aux frais de l’ État. Il ne s’agissait pas de charité. Il s’agissait d’un investissement de la nation dans son propre capital humain.
Une seconde initiative, la Bourse pour l’émergence du Congo « BEC » devait permettre à nos meilleurs diplômés des universités de poursuivre, aux frais de l’État, des formations avancées dans les universités de pays scientifiquement développés, notamment en Corée du Sud et au Japon. L’objectif était de préparer la relève scientifique et académique du pays, avec sélection rigoureuse dans les domaines prioritaires, suivi des bénéficiaires et mécanismes favorisant leur retour.
La RDC pourrait se doter d’un véritable Programme national d’excellence scientifique reposant sur quelques principes simples : détecter les talents dès le primaire; organiser des compétitions nationales ; financer les études des meilleurs indépendamment de leur origine sociale ; renforcer la formation des enseignants ; développer les laboratoires ; créer des partenariats avec des universités étrangères d’excellence.
Nous possédons le cobalt, le cuivre, le lithium et bien d’autres ressources stratégiques. Mais une question devrait nous interpeller : allons-nous nous contenter de fournir les matières premières brutes de la révolution technologique pendant que d’autres fournissent les ingénieurs, les brevets, les logiciels et les technologies ?
Le véritable changement de paradigme se trouve peut-être là. Nos ressources naturelles doivent progressivement servir à financer la transformation de notre ressource la plus durable : la matière grise congolaise.
Les compétences que nos élèves ont acquises en peu de temps à la Nanyang Technological University « NTU » à Singapour ont demontré que les jeunes congolais ne déméritent pas. C’est un meilleur encadrement qui leur manque.
Carte blanche n° 307 de Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste