La loi agricole traîne au Sénat : la colère monte dans les provinces, les agriculteurs dénoncent un frein à la souveraineté alimentaire [ Tribune ]

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Le débat autour de la loi relative à la souveraineté agricole continue d'alimenter les discussions dans les milieux politiques, économiques et sociaux. Alors que plusieurs acteurs plaident pour une adoption rapide du texte, d'autres semblent ralentir son exécution.

Au-delà des considérations institutionnelles, une question majeure demeure : quelles sont les conséquences économiques et sécuritaires du retard dans la mise en œuvre d'une politique agricole nationale ambitieuse ?

Une dépendance persistante aux importations alimentaires

La République démocratique du Congo demeure fortement dépendante des importations de produits alimentaires de base, notamment le riz, les huiles végétales, les produits surgelés et diverses denrées de consommation courante.

Selon plusieurs estimations économiques, le pays consacre chaque année entre 2 et 3 milliards de dollars américains à l'importation de produits alimentaires. Cette dépendance représente une importante fuite de devises alors même que la RDC dispose de près de 80 millions d'hectares de terres arables, dont moins de 10 %, seulement, seraient effectivement exploités.

À elle seule, la loi agricole pourrait changer l'équation économique du pays : 500 à 900 millions de dollars d'importations évitées chaque année, jusqu'à 2 millions d'emplois créés et plus de 100 millions de Congolais mieux protégés contre l'insécurité alimentaire. En toile de fond, 200 à 500 millions de dollars de recettes fiscales supplémentaires et des revenus stabilisés pour 5 à 8 millions de ménages ruraux, soit près d'un tiers de la population nationale. Dans ce contexte, le retard des réformes est perçu par de nombreux producteurs comme un frein à l'émergence d'une agriculture moderne et compétitive.

Les principales importations qui minent les recettes fiscales en RDC sont dominées par le pétrole raffiné (2,90 milliards USD), les médicaments (1,80 milliard USD), suivis des véhicules (1,42 milliard USD), du riz (1,37 milliard USD), du blé (1,14 milliard USD), de l’huile de palme (1,08 milliard USD), des groupes électrogènes (840 millions USD), du ciment (745 millions USD), des engrais (680 millions USD), des fers et aciers (590 millions USD).

Le Grand Bandundu face aux défis sécuritaires et fonciers

Les provinces du Kwilu, du Kwango et du Maï-Ndombe font face depuis plusieurs années à une crise sécuritaire marquée par de graves violences et des tensions foncières persistantes.
Dans un pays qui importe chaque année entre 2 et 3 milliards de dollars de produits alimentaires, l'insécurité persistante dans le Grand Bandundu fragilise davantage la souveraineté alimentaire nationale.

Plus de 300 000 personnes ont été déplacées dans les provinces du Kwilu, du Kwango et du Maï-Ndombe, tandis que plusieurs territoires agricoles stratégiques, notamment Kwamouth, Bagata, Kenge et Popokabaka, voient leur production fortement perturbée. Cette situation affecte directement l'approvisionnement de Kinshasa, accentue la dépendance aux importations et exerce une pression croissante sur les prix des denrées de base consommées par des millions de Congolais.

Tshopo et Kisangani : sécurité et perspectives économiques

Dans la province de la Tshopo, les autorités poursuivent leurs efforts pour lutter contre le banditisme urbain et les différentes formes d'insécurité.
Avec une population provinciale estimée à plus de 3 millions d'habitants, la Tshopo dispose d'importantes ressources agricoles, forestières et logistiques. Pourtant, le chômage des jeunes, le déficit d'investissements productifs et les difficultés d'accès aux marchés continuent de limiter le développement économique local.
Plusieurs acteurs économiques estiment qu'un vaste programme de modernisation agricole pourrait générer des dizaines de milliers d'emplois dans les chaînes de valeur agricoles, agro-industrielles et logistiques de la région.

Agriculture et stabilité : un enjeu national

Pour de nombreux analystes, la souveraineté agricole dépasse largement la seule question de la production alimentaire.
Elle touche également la création de plus d'un million d'emplois potentiels, la sécurité des territoires, la réduction de la pauvreté qui affecte encore une large partie de la population rurale, l'amélioration de la balance commerciale grâce à la réduction des importations alimentaires estimées à 2-3 milliards USD par an, ainsi que le renforcement de la résilience économique nationale.

Le débat parlementaire autour de ces réformes est donc observé avec attention par les producteurs, les investisseurs, les communautés rurales et l'ensemble des acteurs du développement.

Au-delà des divergences politiques, l'enjeu demeure la capacité de la RDC à transformer ses 80 millions d'hectares de terres arables, ses abondantes ressources hydriques et son immense marché intérieur en moteur durable de croissance, de stabilité et de prospérité pour les générations futures.

Prince - Junior Mungala, expert en agriculture