RDC : l’IGF lance son plan stratégique 2026-2028 et amorce une transition vers le contrôle systémique des finances publiques

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L’Inspection générale des finances (IGF), organe supérieur d’audit et de contrôle des finances publiques placé sous l’autorité directe du Président de la République, engage en ce 3 mai 2026 une transformation majeure de son mode de fonctionnement à travers son plan stratégique triennal 2026-2028.

Dans une interview accordée à la presse, l’Inspecteur général des finances chef de service, Christophe Bitasimwa Bahii, a détaillé les ambitions de cette réforme qui vise à moderniser en profondeur le système de contrôle des finances publiques en République démocratique du Congo.

Avant l’élaboration de ce plan, la direction de l’IGF a réalisé une analyse stratégique interne (SWOT) afin d’évaluer, sans complaisance, les forces et faiblesses de l’institution. Parmi les points positifs, le responsable a notamment salué l’appui des autorités nationales, en particulier le soutien du Chef de l’État aux actions de contrôle de l’IGF.

Cependant, plusieurs insuffisances structurelles ont été relevées, notamment le manque de digitalisation, l’absence de bases de données intégrées et la forte dépendance aux informations fournies par les entités contrôlées. Les méthodes classiques de contrôle a priori, a posteriori et concomitant montrent également leurs limites.

« Ce sont des contrôles ponctuels, coûteux et souvent inefficaces dans la durée », a reconnu Christophe Bitasimwa Bahii.

Face à ces défis, l’IGF introduit une nouvelle approche : le contrôle systémique. Cette méthode vise à dépasser la simple vérification d’actes isolés pour s’intéresser à l’ensemble du système financier public et à ses interactions avec l’économie nationale.

« Les finances publiques sont issues de la richesse nationale. Sans contrôle des flux économiques, aucun contrôle efficace n’est possible », a expliqué le chef de service.

Ce nouveau modèle repose sur la collecte, la centralisation et l’analyse des données en amont. L’objectif est d’anticiper les irrégularités plutôt que de les constater après coup, en renforçant la capacité de prévention et d’alerte de l’institution.

« Nous devons cesser de dépendre des données fournies par les entités contrôlées. Il faut maîtriser l’information pour mieux contrôler », a-t-il insisté.

À terme, l’IGF ambitionne de devenir un véritable organe d’intelligence financière, capable de suivre en temps réel les flux des finances publiques et de contribuer à une meilleure transparence dans la gestion de l’État.

Le plan stratégique 2026-2028 prévoit une mise en œuvre progressive de cette réforme, notamment à travers des projets pilotes et un renforcement des capacités techniques, en particulier dans le domaine du numérique. L’objectif est d’atteindre une pleine maturité du contrôle systémique d’ici 2028, sans interrompre les missions actuelles de l’institution.

« Nous allons évoluer progressivement, en améliorant nos méthodes jusqu’à leur pleine efficacité », a précisé Christophe Bitasimwa Bahii.

Par ailleurs, l’IGF rappelle qu’elle demeure un organe de contrôle externe. Ses inspecteurs interviennent de manière ponctuelle, tandis que le suivi permanent des finances publiques relève des services d’audit interne des différentes institutions publiques.

À travers cette réforme, l’IGF entend dépasser son rôle traditionnel de vérificateur pour s’imposer comme un acteur stratégique de la gouvernance financière en République démocratique du Congo. En misant sur la technologie, l’analyse des données et l’anticipation des risques, l’institution ambitionne de renforcer durablement la transparence, la discipline budgétaire et l’efficacité dans la gestion des finances publiques.

Le plan stratégique 2026-2028 constitue ainsi le socle d’une transformation profonde du contrôle financier de l’État congolais.

Chançard Sindani