Le député national Robert Agenong’a a adressé, le 3 avril dernier, une question écrite à la ministre de l’Environnement, Marie Nyange, soulevant de sérieuses préoccupations sur la gestion, le financement et la gouvernance des aires protégées en République démocratique du Congo (RDC), a appris 7SUR7.CD ce mercredi 15 avril 2026.
Dans sa correspondance consultée par la rédaction, l’élu de Mahagi met en avant l’importance stratégique du patrimoine écologique congolais. La RDC, qui abrite le bassin du Congo, deuxième massif forestier au monde, dispose d’un vaste réseau d’aires protégées dont plusieurs sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. La gestion de ces espaces est confiée à l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature, un établissement public placé sous tutelle du ministère de l’Environnement.
Cependant, Robert Agenong’a dénonce un sous-financement chronique de cette institution, estimant que les moyens alloués ne permettent pas d’assurer efficacement la protection de ces zones. Il exige du Gouvernement des données précises sur les budgets alloués entre 2021 et 2025, les montants réellement décaissés ainsi que les écarts constatés.
Le député s’inquiète également de la multiplication des partenariats public-privé conclus avec des organisations internationales telles que African Parks, Wildlife Conservation Society et World Wide Fund for Nature. Ces organisations participent à la gestion de plusieurs aires protégées congolaises, notamment le parc national de la Garamba, la réserve de faune à okapis et le parc national de Kahuzi-Biega.
Selon lui, ces conventions sont entourées d’un manque total de transparence. Ni l’Assemblée nationale ni l’opinion publique ne disposent d’informations détaillées sur leurs termes, leur durée ou leurs implications financières. Il déplore en outre que les acteurs congolais, notamment les ONG et entreprises locales actives dans la conservation, soient largement exclus de ces mécanismes de gestion.
L’élu soulève également des préoccupations liées à la souveraineté nationale, évoquant la présence de ressources naturelles importantes dans certaines aires protégées, notamment l’or, le coltan, le cobalt, le pétrole ou encore les diamants. Il estime que confier la gestion de ces zones à des entités étrangères sans contrôle parlementaire constitue un risque majeur pour le pays.
Sur le plan juridique, Robert Agenong’a s’appuie sur la loi de 2018 relative aux partenariats public-privé, qui impose des procédures strictes en matière de transparence et de validation des contrats. Il demande au Gouvernement de fournir, pour chaque convention signée après l’entrée en vigueur de cette loi, l’ensemble des documents justificatifs. À défaut, certaines conventions pourraient être considérées comme irrégulières.
Au total, plus de seize (16) questions ont été adressées à la ministre de l’Environnement, portant notamment sur le financement réel de l’ICCN, la liste exhaustive des conventions PPP, les montants mobilisés par les partenaires étrangers, le niveau d’implication du Parlement, la conformité juridique des contrats ainsi que l’intégration des acteurs congolais.
À travers cette démarche, le député pose une question de fond : celle de savoir à qui profite réellement la gestion des aires protégées en RDC, dans un contexte marqué par des enjeux à la fois environnementaux, économiques et de souveraineté nationale.
Chançard Sindani