Crise RDC-Rwanda : La mise en œuvre de l'accord de Washington évaluée à 27,5 % fin mars (Rapport)

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Signé il y a 9 mois entre Kinshasa et Kigali sous l'égide des États-Unis, l'accord de Washington censé mettre fin à près de 3 décennies de crise sécuritaire et humanitaire dans l'est de la RDC, est resté dans l'impasse depuis plusieurs mois. Le chronogramme établi pour la mise en œuvre a souffert d'inapplication jusqu'en novembre 2026, les 2 parties s'accusant mutuellement d'être à la base de nouvelles tensions. 

Cependant, dans un rapport publié en ce mois d'avril 2026, le Baromètre des accords de paix en Afrique note des avancées, bien qu'encore insignifiantes, notamment au mois de mars où certaines mesures ont été prises. Ainsi, le niveau d'exécution a atteint plus de 27 % fin mars, soit 9 mois après.

"Neuf mois après la signature de l'accord de paix de Washington, les avancées dans sa mise en œuvre demeurent globalement limitées en dépit d'un progrès modéré observé au cours du mois de mars 2026. Le niveau d'exécution est passé de 23,3 % fin février à 27,5 % fin mars, soit une progression de 4,2 %", indique le document.

Pour justifier ce pas en avant, le Baromètre évoque l'engagement annoncé par la partie congolaise de neutraliser les FDLR, le 29 mars dernier, mais aussi la réinsertion sociale, au Rwanda, de plus de 200 ex-combattants du même groupe armé grâce à un programme de réintégration. La question des FDLR étant restée, jusqu'à ces jours, une vraie épine qui empêche l'exécution des engagements pris.

Le rapport mentionne aussi le retrait observé en mars dernier, des éléments du M23 dans certaines localités des territoires de Lubero et Washington (et potentiellement donc du retrait des forces rwandaises engagées aux côtés du M23)

Parmi les signaux qui rassurent, le document cite les récentes rencontres tenues du 17 au 18 mars dernier à Washington entre les représentants congolais et rwandais portant sur les mesures concrètes afin de faire avancer la mise en œuvre de l'accord.

En plus, le Baromètre estime que les sanctions imposées au début du mois de mars par les États-Unis à l'encontre du Rwanda ont contribué, d'une manière ou d'une autre, à un début de désescalade pour autant qu'elles pourraient encourager les parties en conflit à intensifier les efforts en faveur d'une sortie de crise. 

Bien que ces avancées soient ainsi notées, la mise en application effective de l'accord est toujours freinée par la poursuite des hostilités sur le terrain entre les troupes gouvernementales et les rebelles du M23, marquée par une utilisation accrue des drones de combat. Il y a également la non-observance de la trêve exigée par le mécanisme conjoint de vérification ou encore l'absence de l'accès humanitaire et sans entrave au profit des populations.

Les experts pointent par ailleurs du doigt la passivité de l'Union africaine. En effet, depuis la réunion de haut niveau de Lomé en janvier dernier sur la cohérence et la consolidation des processus de paix de Washington et de Doha ainsi que les tournées régionales du médiateur et des facilitateurs de l'UA ou encore les consultations préparatoires à un dialogue intercongolais engagées par l'Angolais Joao Lourenço, l'Organisation africaine n'a plus émis aucun signal sur ses démarches sur la crise actuelle au Congo.

Face à cette situation, les experts recommandent un engagement plus ferme des parties, accompagné d'un suivi rigoureux et d'une meilleure coordination entre acteurs nationaux, régionaux et internationaux. Sans cela, estiment-ils, les avancées observées risquent de rester fragiles et insuffisantes pour ramener une paix durable dans l'est de la RDC.

Isaac Kisatiro