JIF 2026 - RDC : des femmes journalistes appelées à s’approprier la lutte pour l’abolition de la peine de mort

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À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée le 8 mars, la CPJ Asbl (Culture pour la Paix et la Justice), en partenariat avec l’Agence Française de développement (AFD) ont échangé, le mardi 10 mars 2026 avec les femmes journalistes, sur le combat pour l’abolition de la peine de mort en République démocratique du Congo.

Cette démarche avait pour principal objectif de rappeler la sacralité de la vie humaine consacrée par la Constitution et d’encourager une mobilisation accrue de la société pour la protection de ce droit fondamental.

Dans son intervention, Me. Liévin Ngondji, avocat au barreau de Kinshasa et du Maniema, a rappelé que la célébration du 8 mars constitue à la fois un souvenir et un rappel des droits fondamentaux des femmes, qui ont longtemps été bafoués dans de nombreuses sociétés.

« Aujourd’hui, nous avons voulu dire que le 8 mars est un souvenir, un rappel des droits de la femme. La femme donne la vie et nous l’avons invitée à considérer qu’il est des droits qu’elle doit défendre, notamment celui de protéger la vie. La peine de mort met fin à des vies. C’est une cause noble que de l’abolir et cette cause doit être portée par celles qui, pendant des siècles, ont vu leurs droits bafoués. Les droits d’une femme de travailler, de s’engager seule, sans le soutien du mari ou du fils, n’ont pas toujours été une évidence dans le monde. Et même aujourd’hui, dans certains pays du Moyen-Orient, une femme doit encore obtenir l’autorisation de son père, de son fils ou de son mari pour conduire », a-t-il indiqué.

Selon lui, l’évolution des droits des femmes dans le monde montre que les conquêtes sociales reposent souvent sur des combats menés sur la durée. Il a appelé les femmes des médias, à porter la question de la protection de la vie humaine dans l’espace public.

Face aux préoccupations soulevées par certains cas criminels particulièrement choquants tels que des meurtres d’enfants, des viols suivis de mort ou des attaques armées, Me. Liévin a insisté sur la nécessité de ne pas confondre justice et vengeance.

Il a également souligné que le débat sur la peine de mort ne doit pas être instrumentalisé politiquement, mais abordé dans une logique de respect du droit et de protection de la dignité humaine.

« L’avantage du droit, c’est d’être impersonnel. Lorsque la Constitution dit que la vie humaine est sacrée, elle ne sait pas qui vous serez demain. Elle ne sait pas si vous serez Premier ministre ou simple citoyen. Mais que ce soit hier, aujourd’hui ou demain, nous restons tous des personnes humaines. Les fonctions que nous occupons sont passagères, mais la vie humaine demeure. Si nous sommes arrivés à dire que la vie humaine est sacrée, c’est aussi parce que Dieu lui-même l’a protégée. Dans la Bible, lorsque Caïn tue son frère Abel, Dieu sait que cet acte est grave, mais il déclare que toute personne qui lèvera la main sur Caïn sera maudite », a-t-il expliqué.

Et d’ajouter : « Le danger dans ces débats, c’est de politiser la peine de mort. Quand un enfant meurt dans des circonstances tragiques, l’émotion peut pousser à réclamer la vengeance. Mais le droit ne fonctionne pas sur l’émotion. La loi prévoit différentes peines, qui vont de l’homicide involontaire punissable de deux mois à deux ans jusqu’à la peine de mort. Et il faut aussi rappeler que dans l’histoire de notre pays, certaines personnes ont été condamnées à mort sans avoir tué. Les bandits de la Pentecôte ont été exécutés publiquement alors qu’ils n’avaient tué personne. »

Par ailleurs, il note que plusieurs infractions graves ne sont plus punies de mort en RDC depuis l’adoption de la Constitution de 2006, notamment le viol, et que la législation prévoit un éventail de sanctions selon la nature et les circonstances des infractions.

Prenant la parole à son tour, Elysée Odia, journaliste et responsable du média Yabiso.cd, a invité les participants à transformer les échanges de cette rencontre en actions concrètes dans leurs milieux respectifs.

« Nous nous sommes basés sur le thème de cette année “Droits, justice, actions pour toutes les femmes et les filles”. Après avoir écouté, suivi et réfléchi, il faut maintenant se lever pour passer à l’action. Il ne faut pas se dire que nous avons simplement écouté et que tout s’arrête là. L’action, ce sont nos activités, nos émissions et nos reportages. L’action, ce sont aussi nos échanges dans nos quartiers, dans nos avenues, dans nos milieux de travail. C’est à travers ces discussions que nous pouvons éveiller ensemble la conscience de la population et de la société », a-t-elle déclaré.

À travers cette initiative, les organisateurs entendent encourager un débat public approfondi sur la question de l’abolition de la peine de mort et renforcer l’engagement des femmes dans la défense des droits humains et de la dignité de la personne.

Notons que l’activité s’est clôturée par la remise de l’ouvrage dénommée « Vers l’abolition de la peine de mort en RDC », dont Me. Liévin Ngondji est l’auteur, à toutes les participantes.

Grâce Kenye