Le 18 février 2026, la Constitution de la République démocratique du Congo a totalisé 20 ans d’existence. Dans ce cadre, la Fondation Konrad Adenauer a organisé, ce mercredi 25 février, à Kinshasa, un symposium international autour du thème : « 20 ans de la Constitution congolaise : enjeux, pratiques et défis ».
Les objectifs étaient de contribuer à une meilleure intelligibilité du constitutionnalisme congolais et africain ; d’analyser les trajectoires des transitions constitutionnelles en RDC et en Afrique afin d’en proposer une critique objective quant à leur valeur normative réelle et au fonctionnement effectif des mécanismes de dévolution du pouvoir ; d’examiner les cohérences et incohérences des pratiques constitutionnelles en Afrique et en RDC ; mais aussi de réfléchir aux nouvelles perspectives constitutionnelles, face à la nécessité de se conformer à l’approche universelle et/ou d’adapter le droit constitutionnel aux spécificités locales.
Durant ces assises, plusieurs intervenants ont abordé différentes thématiques. Giles Badet, secrétaire général de la Cour constitutionnelle du Bénin, a été le premier à prendre la parole. Dans son exposé sur « le constitutionnalisme en Afrique francophone : tendances, défis et expériences liés aux changements constitutionnels », il a évoqué les modifications constitutionnelles intervenues en contexte de paix comme en période de crise sur le continent.
Selon lui, l’évolution du constitutionnalisme en Afrique depuis 1990 révèle une tension persistante entre la normalité institutionnelle et la réalité politique.
Théodore Holo, professeur de droit et ancien président de la Cour constitutionnelle béninoise, s’est penché sur « le système semi-présidentiel : expériences et perspectives d’un système constitutionnel contesté en Afrique ». Il a expliqué que le système semi-présidentiel repose sur un président élu, exerçant les fonctions de chef de l’État, aux côtés d’un Premier ministre, chef du gouvernement.
Pour sa part, Erik Kenne, senior fellow au Royal Egmont Institute, a planché sur « les enjeux politiques et les intérêts divergents autour du débat sur le changement constitutionnel ». Dans son intervention, il a suggéré un rapprochement entre l’initiative CENCO-ECC et la proposition de révision de la Constitution en vue d’un Pacte social.
« À défaut, l’on risque de perdre les acquis positifs de 2006 », a-t-il averti.
Débat autour de la révision ou du changement de la Constitution
Par la même occasion, la Fondation Konrad Adenauer a organisé un débat sur l’opportunité d’une révision ou d’un changement de la Constitution. Cette discussion a opposé des cadres et membres des partis de l’Union sacrée à ceux de l’opposition.
Prenant la parole en premier, le professeur André Mbata, secrétaire permanent de la plateforme qui soutient la vision du chef de l’État, a affirmé que la Constitution de 2006 demeure la meilleure par rapport aux précédentes, tout en reconnaissant qu’elle comporte certaines faiblesses, d’où la nécessité de l’amender.
« Le texte est bon, mais il est révisable. La dernière décision appartient au peuple », a-t-il soutenu.
Réagissant à ces propos, le professeur Devos Kitoko, secrétaire général du parti Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECIDé), s’est interrogé sur l’opportunité de revoir la Constitution alors que le pays fait face à une guerre d’agression lui imposée par le Rwanda.
« Dans le contexte actuel où nous n’avons pas le contrôle des 26 provinces, est-il humainement, moralement et politiquement responsable que le changement ou la révision de la Constitution soit inscrit à l’agenda national des débats ? », a-t-il questionné.
« La Constitution, instrument de paix et de stabilité »
Plus tôt, le représentant résident de la Fondation Konrad Adenauer a défini la Constitution comme un instrument de paix et de stabilité. Timo Roujean a également reconnu que la Constitution a joué un rôle décisif dans la première alternance pacifique du pouvoir en RDC.
« Lorsque nous mesurons ces mérites et ces lacunes, n’oublions pas cet aspect important : la Constitution comme instrument de paix et de stabilité. Elle a également joué un rôle décisif dans la première passation pacifique du pouvoir en 2018, dans l’histoire de la RDC depuis son indépendance. Un changement de gouvernement sans un seul coup de feu ? Quand on considère le passé sanglant de ce pays et de nombreux pays voisins, cela semble presque miraculeux », a-t-il souligné.
Au total, 50 cadres et membres des partis politiques de la majorité au pouvoir (Union sacrée de la Nation) et de l’opposition congolaise ont pris part à ce symposium international consacré aux 20 ans d’existence de la Constitution de la République démocratique du Congo.
Prince Mayiro