RDC : le PNLT alerte sur une rupture imminente des médicaments et intrants contre la tuberculose

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Omah

La République démocratique du Congo est confrontée à un risque imminent de rupture des médicaments destinés au traitement de la tuberculose ainsi que des intrants de laboratoire indispensables à son diagnostic. C'est l'alerte lancée par le Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT) lors d'une réunion de plaidoyer organisée le mercredi 29 juillet 2026 en faveur d'un engagement politique accru pour la mobilisation des ressources nationales destinées à la lutte contre cette maladie.

Cette rencontre a réuni les différents acteurs engagés dans la lutte contre la tuberculose, notamment des représentants de la société civile, de l'organisation Club des Amis Damien, des associations de patients ainsi que des parlementaires membres du caucus des élus engagés dans cette cause. L'objectif était de sensibiliser davantage les députés nationaux afin qu'ils plaident pour une augmentation substantielle des crédits budgétaires consacrés au secteur de la santé, en particulier à la lutte contre la tuberculose.

Prenant la parole, la directrice adjointe du PNLT, Léopoldine Mbulula, a insisté sur la nécessité de renforcer la mobilisation des ressources nationales afin d'assurer une prise en charge durable de la maladie. Elle a appelé les autorités à considérer la tuberculose comme une véritable urgence de santé publique, la qualifiant d'« Ebola qui circule dans les airs ».

« Notre pays traverse actuellement une crise liée à la disponibilité des médicaments et des intrants de laboratoire. Si cette situation perdure, il sera difficile d'interrompre la chaîne de transmission de la maladie et d'espérer son élimination. Le Parlement, en tant que représentant du peuple et organe de contrôle de l'action gouvernementale, dispose d'un levier important pour promouvoir une augmentation des allocations budgétaires consacrées à la lutte contre les maladies, en particulier la tuberculose », a-t-elle plaidé.

Dans sa présentation, Mme Mbulula a rappelé que la RDC occupe désormais le deuxième rang des pays africains les plus touchés par la tuberculose, derrière le Nigeria, preuve que cette maladie demeure un véritable problème de santé publique. Elle a expliqué que, malgré les efforts entrepris depuis plusieurs années, les résultats restent insuffisants.

« La RDC a adopté depuis longtemps une stratégie de lutte contre la tuberculose. Cependant, le déficit reste important. En 2025, nous avons même observé une légère baisse des notifications de cas, principalement en raison des ruptures de stocks d'intrants de dépistage et de médicaments enregistrées ces deux dernières années. Sans intrants de diagnostic, nous ne pouvons pas dépister les malades. Sans médicaments, nous ne pouvons pas les traiter. La tuberculose est un Ebola qui ne dit pas son nom, un Ebola qui se transmet par voie aérienne », a-t-elle souligné.

Intervenant sur la question du financement des médicaments et des intrants de laboratoire, le responsable du service pharmaceutique du PNLT a dressé un tableau particulièrement préoccupant.

Selon lui, pour le deuxième semestre 2026, le programme prévoit de prendre en charge près de 157 000 adultes et 14 000 enfants atteints de tuberculose. Toutefois, les stocks actuellement disponibles, issus des contributions du Gouvernement et du Fonds mondial, restent largement insuffisants.

« Nous faisons face à un déficit concernant près de 98 000 adultes et 2 984 enfants qui risquent de ne pas bénéficier de leurs médicaments au cours du second semestre. Cette situation expose le pays à des interruptions de traitement. Des patients ayant déjà commencé leur thérapie pourraient être contraints de l'interrompre faute de médicaments », a-t-il averti.

Selon les projections du PNLT, les besoins globaux en médicaments pour la période 2026-2029 s'élèvent à 106 millions de dollars américains. Le Fonds mondial n'en couvre qu'environ 46 millions, laissant un déficit de près de 61 millions de dollars.

S'agissant des intrants de laboratoire, les besoins sont estimés à 81 millions de dollars, tandis que la contribution du Fonds mondial ne s'élève qu'à 14 millions, soit un déficit de 67 millions de dollars.

L'expert a également alerté sur la réduction progressive de l'appui du Fonds mondial.

« À partir de 2028, le Fonds mondial ne financera plus que 14 des 26 provinces du pays. Les 12 provinces restantes devront être entièrement prises en charge par le Gouvernement. Sans un accroissement significatif du financement national, ces provinces seront exposées à des ruptures de médicaments, d'intrants de laboratoire et d'autres services essentiels », a-t-il expliqué.

Le PNLT estime que ce sous-financement pourrait avoir de lourdes conséquences : ruptures récurrentes de médicaments et d'intrants de laboratoire, réduction de l'accès au diagnostic et aux traitements de qualité, augmentation des échecs thérapeutiques, multiplication des décès, développement de résistances aux médicaments, aggravation de la transmission communautaire de la tuberculose et compromission des objectifs de la couverture santé universelle.

Pour sa part, Maxime Lunga, représentant de l'organisation Les Amis Damien, a mis en garde contre les risques sanitaires encourus par le pays.

Selon lui, une rupture prolongée des médicaments pourrait entraîner une recrudescence inquiétante de la tuberculose.

Il a exhorté le Gouvernement et le Président de la République à honorer les engagements pris en faveur du financement de la lutte contre cette maladie afin d'éviter une crise sanitaire majeure.

Présent à cette réunion, le vice-président du caucus des députés engagés dans la lutte contre la tuberculose a reconnu que les parlementaires devaient intensifier leur plaidoyer auprès du Gouvernement. Il a annoncé l'organisation prochaine de rencontres avec le ministre des Finances, ainsi que la possibilité de consacrer une séance plénière à cette problématique en présence du ministre de la Santé.

Les travaux se sont achevés par l'adoption d'une feuille de route réaménagée. Celle-ci prévoit notamment l'inscription de la lutte contre la tuberculose parmi les priorités nationales lors de la prochaine session budgétaire de septembre, l'organisation d'une réunion d'évaluation avec le ministre de la Santé sur les engagements pris par le Chef de l'État, l'élaboration d'un projet de loi portant création d'un Fonds national de lutte contre la tuberculose, l'amendement de la loi sur le Fonds Sida afin d'y intégrer la tuberculose, ainsi que l'organisation de missions parlementaires dans les établissements de santé pour évaluer la prise en charge des patients.

ODN