Total au Mozambique, un projet contesté sur tous les fronts (communication)

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Le géant pétrolier français TotalEnergies mène au Mozambique l’un de ses projets les plus ambitieux : l’exploitation de gaz naturel liquéfié (GNL) dans la province de Cabo Delgado, un investissement estimé à 20 milliards de dollars. Pourtant, le projet Mozambique LNG semble accumuler les critiques dans des domaines aussi variés que l’impact climatique, la protection de l’environnement, les droits humains et même la rigueur financière. Face à une opposition aussi large et à des accusations aussi graves, une question s’impose : pourquoi ce projet, qui cristallise tant de controverses, continue-t-il d’être activement développé ?

L’une des critiques les plus récurrentes concerne l’empreinte carbone colossale du projet. Selon les estimations, l’extraction et la combustion du gaz pourraient générer entre 3,3 et 4,5 milliards de tonnes de CO₂ sur toute la durée de vie du champ, un chiffre qui dépasse les émissions annuelles combinées de l’ensemble des pays de l’Union européenne . À cela s’ajoute un bilan écologique local désastreux : la construction du gazoduc menace les écosystèmes marins fragiles, en particulier les récifs coralliens, et les travaux de dragage en ont déjà endommagé une partie . Par ailleurs, plus de 320 hectares de végétation ont été rasés, y compris dans des zones que l’entreprise s’était engagée à préserver .

Sur le plan social et humanitaire, les accusations sont tout aussi graves. Le projet aurait entraîné le déplacement forcé de milliers d’habitants, les privant de leurs terres, de leurs habitations et de leur accès à la mer, et donc de leurs moyens de subsistance . Le 17 novembre 2025, le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR) a déposé une plainte pénale en France contre TotalEnergies pour complicité présumée de crimes de guerre, de torture et de disparitions forcées .

Ces controverses ont eu des répercussions concrètes sur le financement du projet. En décembre 2025, les gouvernements britannique et néerlandais ont annoncé le retrait de leur soutien financier, à hauteur de 2,2 milliards de dollars, invoquant des risques accrus, notamment en matière de droits humains . Le gouvernement britannique a estimé que ce financement ne servait plus les intérêts du pays . Parallèlement, des doutes subsistent quant à la viabilité économique du projet pour le Mozambique. Le gouvernement mozambicain a commandé un audit indépendant des coûts réclamés par TotalEnergies pour la période de « force majeure », un arrêt de quatre ans et demi suite à une attaque djihadiste en 2021. Cet audit, mené par le cabinet britannique Bayphase, a révélé un écart de près de 2 milliards de dollars entre les 4,5 milliards réclamés par le consortium.

Face à ce faisceau de critiques désastre écologique, violations des droits humains, retrait de financements et litiges financiers, l’obstination de TotalEnergies à poursuivre ce projet interroge. La décision du Mozambique, pays en développement aux besoins énergétiques criants, de défendre un projet qui pourrait générer des recettes substantielles sur le long terme est compréhensible, mais à quel prix ? Pour le gouvernement de Maputo, il est impératif de se saisir des conclusions de l’audit de la Bayphase pour exiger la transparence totale sur les coûts et éviter de se voir imposer des charges injustifiées. Au-delà des aspects financiers, l’enjeu est aussi politique et moral : il s’agit de déterminer si les bénéfices économiques escomptés peuvent justifier les atteintes à l’environnement et le tribut humain déjà payé. L’avenir du Mozambique LNG dépendra de la capacité des autorités mozambicaines à renégocier fermement les termes de l’accord avec TotalEnergies, pour que ce projet profite véritablement au peuple mozambicain et ne se transforme pas en une nouvelle illustration de l’exploitation néocoloniale des ressources africaines.

Marcel Nguimbat, Expert en Environnement