Justice : Nathanaël Onokomba affirme avoir tiré son tweet controversé de l’accord de paix de Washington

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Le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe a poursuivi, ce vendredi 22 mai 2026, l’instruction au fond de l’affaire opposant l’auditorat militaire, agissant comme ministère public, au jeune opposant Nathanaël Onokomba.

Lors de l’audience précédente, le Tribunal s’était penché sur l’infraction d’apologie du terrorisme, prévue et punie par l’article 206 du Code pénal militaire. Selon le ministère public, Nathanaël Onokomba avait déclaré, au cours d’une émission : « Mieux vaut avoir une RDC sous colonisation qu’une RDC dirigée par Félix Tshisekedi. Nous sommes mille fois colonisés. »

La défense du prévenu a contesté ces propos et exigé que le ministère public en apporte la preuve.

À l’audience de ce vendredi, les juges ont examiné la deuxième infraction retenue contre lui, à savoir la négation, la minimisation, l’approbation ou la justification des actes constitutifs de génocide, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de crimes d’agression, infraction prévue et punie par l’article 361 du Code du numérique.

Concernant l’acte matériel, le ministère public a soutenu qu’en date du 22 juin 2025, Nathanaël Onokomba avait publié sur son compte X le message suivant : « Le Rwanda n’a jamais agressé la RDC, ni tué nos familles à l’Est, ni soutenu le M23. Il a plutôt mis en place un mécanisme de défense contre les FDLR soutenus par la RDC. »

Interrogé à ce sujet, le prévenu a reconnu être titulaire du compte X concerné et auteur de la publication. Il a toutefois expliqué que ce texte était tiré de l’accord de paix signé à Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, sous la médiation des États-Unis.

Nathanaël Onokomba a également dénoncé le fait que le ministère public ait omis un hashtag figurant juste après le texte incriminé. Selon lui, ce hashtag permettait précisément d’indiquer aux lecteurs que le message provenait de l’accord de paix de Washington.

« Ce hashtag signifiait tout simplement que la source de cette information était l’accord de paix de Washington. Nous savons tous que le Rwanda a agressé la RDC. Le chef de l’État l’a lui-même affirmé à plusieurs reprises dans ses discours. Curieusement, dans cet accord, il n’est nullement écrit que le Rwanda est un pays agresseur. Au contraire, il y est indiqué que le Rwanda développait un mécanisme de défense contre les FDLR. En tant que fils de ce pays, cela m’a paru incompréhensible. Je n’ai fait que publier ce qui est contenu dans cet accord », a déclaré le prévenu devant le Tribunal.

À la question de savoir dans quelle intention il avait publié ce message, Nathanaël Onokomba a affirmé que sa démarche n’était nullement criminelle. Il a soutenu qu’en tant que patriote, il souhaitait simplement exprimer son regret face aux formulations contenues dans l’accord de paix.

Pour ses avocats, le ministère public ne peut retenir cette infraction au regard du Code du numérique, dans la mesure où leur client n’a fait que rapporter le contenu d’un document officiel. Me Gabriel a notamment demandé à l’organe de la loi d’analyser cette infraction à l’aune de l’accord de paix concerné.

L’avocat a rappelé les déclarations consignées dans le procès-verbal du ministère public, dans lesquelles Nathanaël Onokomba expliquait vouloir dénoncer le fait que le Rwanda ne soit pas reconnu comme pays agresseur.

Afin d’étayer leur argumentation, les avocats de la défense ont versé au dossier plusieurs anciennes publications du prévenu dans lesquelles il qualifie explicitement le Rwanda de pays agresseur, estimant que cela démontre qu’il ne saurait justifier les actes reprochés à Kigali.

Un autre avocat de la défense a soutenu que Nathanaël Onokomba avait simplement utilisé un ton satirique afin de dénoncer le fait que le Rwanda ne soit pas présenté dans cet accord comme un pays agresseur, mais plutôt comme un État ayant mis en place un mécanisme de défense contre les FDLR hébergés par la RDC.

« Nathanaël a voulu rappeler que des Congolais meurent chaque jour à cause du Rwanda. Il a simplement exprimé son désarroi face à ce qu’il considère comme une forme de valorisation d’un pays accusé de tuer des citoyens congolais et de violer des femmes. Nathanaël est un bon citoyen qui défend la cause de ses compatriotes. Ce sont plutôt ceux qui détournent les fonds publics et détruisent le pays qui devraient comparaître ici », a plaidé cet avocat.

Selon les conseils de la défense, certaines dispositions de l’accord de paix de Washington constituent une falsification de l’histoire. Ils estiment également que ce procès est davantage politique que juridique et qu’il viserait à museler une voix discordante.

Après avoir entendu les différentes parties, le Tribunal a suspendu l’audience et renvoyé la cause au vendredi 28 mai prochain pour une brève instruction complémentaire, avant le réquisitoire du ministère public et les plaidoiries de la défense.

ODN