La période de la COVID-19 en République démocratique du Congo a favorisé l’essor du commerce en ligne. De nombreux détenteurs de boutiques physiques s’y sont lancés, rejoints par d’autres acteurs qui se sont improvisés dans ce secteur, attirés par la facilité qu’il offre pour effectuer des opérations de vente et d’achat.
Aujourd’hui, ce mode de commerce continue de gagner du terrain, bien que certains opérateurs ne respectent pas les règles établies.
Contacté par la rédaction de 7SUR7.CD, l’économiste congolais Al Kitenge propose au gouvernement de s’inspirer du modèle chinois, qui privilégie la réduction des espaces de vente physiques et le développement de stratégies adaptées pour promouvoir ce secteur.
« Tout ce que vous voyez sur les plateformes électroniques, toutes les ventes dématérialisées relèvent du commerce électronique. Le problème chez nous, comme souvent, c’est l’absence de réglementation spécifique. Une grande partie des activités en ligne reste donc informelle. Il faut résoudre cette question. La première chose à faire, à mon avis, c’est de s’inspirer de la Chine : reconnaître le métier de commerce en ligne dans toute sa chaîne, de l’offre à la demande, en passant par les intermédiaires comme la logistique. En Chine, près de 90 % des motos servent à la livraison. Le commerce a évolué au point que, dans certains grands magasins, seuls des échantillons sont exposés. Le client commande et se fait livrer à domicile. Cela permet de réduire les surfaces commerciales tout en élargissant l’offre. Si l’État congolais veut promouvoir le commerce électronique, il doit élaborer une stratégie claire, valoriser les métiers du secteur et mettre en place une fiscalité incitative », a-t-il expliqué.
Avantages et risques
Naomie Taboma, active dans ce secteur depuis plusieurs années, notamment dans la mode (vêtements et accessoires pour femmes), y voit une réelle opportunité.
« Cela fait plusieurs années que j’évolue dans ce secteur, avec une croissance progressive de ma clientèle. La vente en ligne offre plusieurs avantages : elle permet de toucher un large public sans contrainte géographique, de réduire certains coûts comme la location d’un magasin, et d’être disponible pour les clients à tout moment. Elle facilite également la communication directe avec la clientèle », a-t-elle déclaré.
Elle a souligné toutefois certains risques : « Les principaux défis incluent les arnaques, les retours de produits, les problèmes de livraison, ainsi que le manque de confiance de certains clients. Pour y faire face, je sécurise mes comptes, j’utilise des mots de passe fiables et je reste vigilante face aux messages ou liens suspects. »
Parmi les autres défis figurent la forte concurrence, la fidélisation des clients, la gestion des fournisseurs et la nécessité de maintenir une bonne image de marque en ligne.
Qualité trompeuse des produits
Malgré ses avantages, le commerce en ligne peut parfois décevoir vendeurs et clients. Plusieurs personnes interrogées dénoncent des publicités trompeuses.
Émilie, rencontrée à Mont-Ngafula, dans l’ouest de Kinshasa, raconte avoir été déçue après une commande de pantalons en provenance de Dar es Salaam, en Tanzanie.
« J’ai envoyé 380 dollars pour des pantalons “boyfriend” pour femmes, tels que présentés sur les photos. La livraison a pris environ deux semaines. À l’arrivée, grande déception : il s’agissait de pantalons pour fillettes. Depuis, je n’ai plus commandé, même si auparavant ce fournisseur m’avait déjà envoyé des articles de bonne qualité », a-t-elle témoigné.
De son côté, Patiente, simple cliente, dit avoir été satisfaite de la rapidité de livraison d’une étagère à chaussures commandée auprès d’une boutique en ligne à Kinshasa. Mais sa satisfaction a été de courte durée, la qualité du produit ne répondant pas à ses attentes lors du montage.
Ce que prévoit le Code du numérique
L’État congolais a adopté en 2023 le Code du numérique, qui encadre le commerce électronique dans son titre VIII.
Ce texte stipule que toute personne exerçant une activité commerciale en ligne doit garantir aux clients un accès « facile, direct et permanent » à certaines informations essentielles.
Le prestataire est notamment tenu de fournir son nom complet (s’il s’agit d’une personne physique) ou sa dénomination sociale (pour une personne morale), l’adresse complète de son siège ou de sa résidence, une adresse électronique, ainsi que son numéro d’inscription au Registre de commerce et du crédit mobilier (RCCM).
Le Code prévoit également qu’en cas de livraison non conforme ou de produit défectueux, le fournisseur est tenu de reprendre la marchandise.
« Lorsque le produit défectueux constitue une menace à la santé publique, à la sécurité ou à l’environnement, il est constaté et détruit par les services compétents conformément à la législation en vigueur. Le client réexpédie la marchandise dans son emballage d’origine dans un délai maximal de sept jours, augmenté du délai de distance, à compter de la date de livraison effective, en indiquant le motif du refus. Les frais sont à la charge du fournisseur », précise le texte.
À défaut de réexpédition dans ce délai, la marchandise est réputée acceptée.
Christel Insiwe