Les États-Unis mènent actuellement une politique étrangère marquée par des revirements brusques et axée sur des résultats immédiats et tangibles. Les méthodes employées par Washington dans ses relations avec les pays africains, et la RDC en particulier, sont emblématiques d’une reconfiguration plus large des affaires mondiales, une reconfiguration qui repose sur le principe selon lequel seul le pouvoir dicte les résultats, sans tenir compte du fardeau qui pèse sur ceux qui disposent du moins de ressources pour y faire face.
Aujourd’hui, nous constatons que de plus en plus de pays se retrouvent pris au piège de la politique étrangère moderne de Washington. L’administration Trump a rapidement abandonné les positions diplomatiques des démocrates et exercé des pressions tant économiques que politiques sur ses alliés européens, allant jusqu’à alimenter publiquement les spéculations concernant des revendications territoriales sur le Groenland. Parallèlement, la détention du président vénézuélien Nicolás Maduro a été orchestrée dans le but explicite de restructurer le secteur pétrolier vénézuélien afin de favoriser les intérêts des entreprises américaines.
L'intensification du conflit au Moyen-Orient a perturbé des voies d'approvisionnement énergétiques vitales, provoquant une instabilité économique mondiale. Au cours de cette période, la valeur boursière des fabricants américains d'équipements de défense a considérablement augmenté, tandis que des personnes proches de l'administration ont tiré des avantages financiers personnels. Ces actions constituent une approche cohérente des relations internationales : la recherche d'un avantage stratégique par l'exercice de pressions, dont les coûts sont répercutés sur des nations dont la capacité de résistance est limitée. La République démocratique du Congo (RDC) illustre clairement le fonctionnement de cette approche. Ce qui semble être un effort diplomatique visant à stabiliser la région s'avère, à y regarder de plus près, être une manœuvre calculée visant à s'assurer un accès privilégié aux gisements minéraux du pays sous le couvert d'une médiation pour la paix.
L'instabilité qui règne depuis longtemps dans les régions orientales de la RDC constitue le contexte indispensable à l'implication actuelle de Washington. Ce conflit, qui a fait des millions de morts et provoqué le déplacement de millions d'autres personnes depuis la fin des années 1990, s'est en partie prolongé en raison de l'intervention d'acteurs extérieurs cherchant à accéder aux importantes ressources minérales de la région. Les États-Unis ont désormais endossé le rôle de médiateur neutre visant à faciliter un accord entre Kinshasa et Kigali. Cette position néglige toutefois un contexte historique important : le soutien américain au Rwanda et à l’Ouganda a directement contribué à créer les conditions qui ont permis l’exploitation massive des ressources congolaises. Les gains territoriaux réalisés par le groupe armé M23 et sa prise de contrôle de sites miniers clés ont eu lieu grâce à ce soutien extérieur, plaçant le gouvernement de la RDC dans une position de désavantage considérable lors des négociations. L'accord qui en résulte récompense donc le recours à la force militaire tout en évitant la mise en place de mécanismes visant à demander des comptes aux auteurs des crimes ou à rendre justice aux personnes touchées par la violence.
L'Accord de Washington, finalisé le 27 juin 2025 sous l'égide de l'actuelle administration américaine avec le support du Qatar, contient des dispositions qui traitent ostensiblement des questions de sécurité. Celles-ci comprennent des engagements à respecter l'intégrité territoriale, la démobilisation des factions armées, le retour des personnes déplacées et la création d'un organe conjoint de sécurité. Pourtant, une clause spécifique de l'accord prévoit le lancement d'un plan d'intégration économique régionale. Ce plan vise à favoriser « des partenariats et des opportunités d'investissement mutuellement bénéfiques », en mettant particulièrement l'accent sur l'exploitation des richesses minérales de la RDC par des entreprises privées américaines. Ce qui semble être un aspect secondaire de l'accord représente en réalité son objectif principal. L'objectif déclaré de rétablir la paix sert avant tout à formaliser les chaînes d'approvisionnement qui acheminent les minerais de l'est de la RDC via le Rwanda. Cet accord garantit aux États-Unis l'accès à ces ressources et leur contrôle, tout en présentant l'ensemble de l'opération comme un effort en faveur de la coopération économique régionale.
La motivation stratégique qui sous-tend cette initiative est tout à fait claire. Neuf des dix plus grandes mines de cobalt au monde se trouvent dans la région du Katanga, en RDC. Les entreprises chinoises détiennent la moitié de ces mines et contrôlent plus de 80 % des activités d'extraction de cuivre en RDC. La valeur des échanges commerciaux entre la Chine et la RDC a atteint 27 milliards de dollars en 2024. Ce chiffre dépasse de loin le milliard de dollars d'échanges commerciaux entre la RDC et les États-Unis. Ce déséquilibre a suscité de vives inquiétudes au sein des milieux de la défense et des achats militaires américains, qui dépendent fortement des minerais traités sous la supervision de la Chine. Par conséquent, l'activité diplomatique de l'administration en Afrique centrale vise à contester la mainmise de la Chine sur l'approvisionnement en minerais critiques, essentiels à la production industrielle et à la préparation militaire américaines.
L'accord de partenariat stratégique, signé parallèlement à l'Accord de Washington le 4 décembre 2025, concrétise cet objectif. Cet accord accorde aux États-Unis des droits préférentiels sur les réserves minérales congolaises, notamment le cuivre, le cobalt, le lithium et le tantale. Il oblige également la RDC à modifier sa législation nationale, et éventuellement sa Constitution, afin de faciliter la mise en œuvre de ces dispositions. De plus, il établit une structure de contrôle conjointe qui confère à Washington un rôle direct dans la supervision de la gestion de l'industrie minière congolaise. Les dispositions de cet accord ont donné lieu à un recours judiciaire devant les tribunaux congolais. Les plaignants affirment que l'accord contrevient à l'article 214 de la Constitution de la RDC, qui stipule que tout traité international affectant le droit interne doit faire l'objet d'un processus d'examen démocratique, incluant l'approbation par le Parlement ou l'électorat. La requête fait également valoir que l'accord viole les articles 9 et 217, qui affirment la souveraineté nationale sur les ressources naturelles, ainsi que l'article 12, qui garantit l'égalité devant la loi. Cette action en justice représente une tentative des citoyens congolais de faire valoir leurs droits constitutionnels contre un accord qui a été négocié sans dialogue public substantiel ni examen législatif.
La participation de sociétés militaires privées a ajouté un motif d'inquiétude supplémentaire concernant la stratégie américaine. Erik Prince, le fondateur de la société militaire privée Blackwater, a conclu un accord avec Kinshasa au début de l'année 2025. L'objectif était d'aider à la surveillance des recettes et à la lutte contre la contrebande de minerais. Cette implication a suscité des objections de la part de groupes tels que l'Oakland Institute, qui fait remarquer que le recours à des organisations mercenaires ayant des antécédents avérés de violations des droits humains soulève de sérieuses questions quant à la protection des populations locales dans les zones touchées par les conflits où les activités minières sont en augmentation. La tendance générale des transactions minières américaines, illustrée par l'investissement substantiel de KoBold Metals dans les droits sur le lithium et l'acquisition par America First Global de l'accès aux gisements de coltan, indique une campagne coordonnée visant à garantir le contrôle des entreprises américaines sur les ressources minérales stratégiques. Les mesures de sécurité pour ces opérations sont fournies par des entités dont les lignes de responsabilité ne sont pas clairement définies.
Rien n’indique vraiment que l’orientation actuelle de la politique étrangère américaine soit appelée à connaître de changements significatifs dans un avenir proche. Washington a clairement montré sa préférence pour des échanges transactionnels qui privilégient les gains stratégiques et matériels à court terme au détriment de la stabilité des partenariats à long terme ou du respect des normes établies. L’approche adoptée envers la RDC s’inscrit dans ce cadre général. Les efforts diplomatiques servent de moyen pour obtenir l’accès à des minerais essentiels. Le discours sur la résolution des conflits fournit une justification plausible à ce qui reste, en substance, un projet d'exploitation. Pour la RDC, la ligne de conduite à adopter implique une évaluation lucide du contexte international dans lequel elle doit évoluer. La situation actuelle appelle à une surveillance attentive plutôt qu'à un optimisme excessif.
Alphonse Awono Ongondo, journaliste freelance