Forum national des affaires coutumières : la mécanisation et la rémunération des chefs coutumiers parmi les recommandations

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Réunis à Kinshasa du 2 au 5 mars 2026, les participants au Forum national des affaires coutumières ont recommandé la mécanisation et la rémunération décente des chefs coutumiers en tant qu’agents publics de l’État. Selon eux, cette mesure est essentielle pour renforcer l’autorité traditionnelle et améliorer la gouvernance locale.

Dans leurs conclusions, les chefs coutumiers et les experts ont préconisé une prise en charge financière régulière des chefs coutumiers, proportionnelle à leurs rangs et responsabilités publiques. Ils ont également demandé que les provinces prévoient dans leurs budgets des lignes dédiées au paiement des salaires des chefs coutumiers, notamment ceux des groupements et des villages, conformément à la Constitution et aux lois en vigueur.

Les assises ont aussi recommandé la révision de la loi portant statut des chefs coutumiers, afin de renforcer leur autorité et de restaurer les tribunaux coutumiers, considérés comme un mécanisme important de règlement des conflits au niveau local. Les participants ont par ailleurs insisté sur l’application stricte des lois existantes dans le secteur des affaires coutumières.

Réformes institutionnelles et gouvernance locale

Parmi les autres recommandations majeures figure la création d’un cadre institutionnel autonome de coordination des chefs coutumiers du Congo, chargé spécialement de veiller au respect de l’authenticité des arbres généalogiques des familles régnantes et de l’histoire des différentes entités coutumières. Les participants ont par ailleurs plaidé pour l’accompagnement des familles régnantes dans la codification des règles coutumières de succession ainsi que dans la mise à jour des arbres généalogiques.

Sur le plan de la gouvernance locale et de la sécurité, le forum a recommandé l’achèvement de l’installation des comités locaux de sécurité dans les provinces restantes, ainsi que leur budgétisation effective. Les participants ont aussi demandé au gouvernement d’assurer le paiement régulier de la rétrocession des 40 % destinés aux entités territoriales décentralisées (ETD).

Promotion des femmes, des jeunes et protection des peuples autochtones

Concernant la participation inclusive dans la gouvernance coutumière, les participants ont suggéré la vulgarisation de la loi nᵒ 15/013 sur la parité, afin de sensibiliser les communautés au rôle des femmes et des jeunes dans les entités coutumières. Ils ont ainsi proposé l’élaboration d’une charte éthique des pratiques culturelles garantissant la protection des femmes et des jeunes, ainsi que l’organisation de journées de sensibilisation aux us et coutumes dans le but de lutter contre les préjugés.

Les assises ont aussi abordé la question de l’intégration des peuples autochtones pygmées et de la gestion des ressources naturelles. À ce sujet, les participants ont recommandé la prise de mesures d’application de la loi portant promotion et protection des droits des peuples autochtones pygmées, notamment par l’adoption des arrêtés d’application. Ils ont également plaidé pour la vulgarisation du code forestier au niveau des entités coutumières de base.

Les participants ont en outre proposé la révision du décret fixant les modalités de collecte et de répartition de la redevance minière au profit des provinces et des entités territoriales décentralisées, ainsi que l’augmentation des redevances versées aux entités coutumières par les sociétés et organisations exploitant les crédits carbone.

Clôturant ces assises au nom du chef de l’État, la Première ministre a salué l’engagement des chefs coutumiers à dépasser leurs divergences afin de défendre les intérêts du pays.

« Cette rencontre historique nous a permis de réaliser que les chefs coutumiers de notre pays sont animés d’une volonté commune de transcender leurs divergences et de défendre les intérêts de la nation congolaise. Vous êtes les gardiens du temple de notre identité, de nos valeurs originelles et de l’ensemble de notre patrimoine national, tant matériel qu’immatériel », a-t-elle déclaré.

Elle a également indiqué que les travaux en commissions ont permis d’approfondir les différentes thématiques et d’aboutir à l’adoption d’une politique nationale des affaires coutumières, intégrant notamment la recommandation du président de la République relative à la collecte des éléments nécessaires à la mise en place d’une base de données fiable des entités coutumières et de leurs animateurs.

« Le gouvernement prend donc acte de vos recommandations et résolutions contenues dans le rapport final de ces assises », a-t-elle ajouté, exprimant l’espoir que les chefs coutumiers continueront à promouvoir l’unité et à améliorer la gestion de leurs entités.

De son côté, le vice-premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a estimé que ces résolutions permettront au gouvernement d’assurer une meilleure prise en charge du secteur des affaires coutumières.

« Je reste convaincu que les échanges ont été très fructueux et que les résolutions vont permettre à votre gouvernement d’arriver à une meilleure prise en charge du secteur des affaires coutumières, avec non seulement la restauration de votre pouvoir, mais aussi un accompagnement à la hauteur des charges qui sont les vôtres », a-t-il déclaré, appelant les chefs coutumiers à l’unité et à la discipline afin de lutter contre les interférences dans les affaires coutumières.

Placées sous le thème : « Renforcement de l'autorité coutumière, gage de stabilité, de développement, de sécurité et de cohésion des communautés en République démocratique du Congo », ces assises ont réuni chefs coutumiers, membres du gouvernement et experts autour des réformes du secteur des affaires coutumières.

Merveil Molo