La Haute Cour militaire a décidé de transmettre les trois téléphones du lieutenant-général Philémon Yav Irung, ainsi que les cartes SIM qui y sont insérées, au Conseil National de la Cyberdéfense (CNC).
Objectif : rechercher tout message ou élément en lien avec l’infraction de trahison mise à charge du prévenu. La décision a été annoncée dans un arrêt avant dire droit rendu ce vendredi 20 février 2026 par le premier président de cette juridiction, le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay Tiende.
Dans le dispositif de sa décision, la Cour requiert le coordonnateur du Conseil National de la Cyberdéfense afin qu’il examine le contenu des téléphones et des trois cartes SIM, en vue d’y rechercher tout acte en rapport avec la prévention de trahison ainsi que tout autre indice susceptible d’éclairer la justice sur les faits poursuivis.
La défense exige une contre-expertise
Prenant la parole, le chef du collectif des avocats de la défense, Me Parfait Kanyanga, a déclaré accepter le transfert des appareils, tout en demandant qu’à l’issue de l’expertise du CNC, la défense puisse solliciter une contre-expertise.
« Aujourd’hui, le ministère public est satisfait que les téléphones soient envoyés à l’organe qu’il souhaitait. Nous acceptons. Mais, dans l’intérêt de la défense, nous procéderons à une contre-expertise. Il s’agit de la vie d’un homme. Nous voulons que toute la vérité soit établie dans cette affaire », a-t-il affirmé.
L’avocat a également exprimé des réserves quant à la conservation des téléphones par le ministère public pendant près de quatre ans, craignant d’éventuelles manipulations. Il a rejeté l’argument de l’auditeur général selon lequel le prévenu aurait refusé de communiquer les codes de déverrouillage.
Selon lui, lors de la dernière audience, le prévenu aurait tenté d’introduire ses codes sans succès, les appareils étant déjà bloqués à la suite de manipulations antérieures imputées au ministère public.
Des inquiétudes sur la transparence de l’expertise
De son côté, Me Hanse Kapita s’est étonné du fait que les experts ne procèdent pas à l’examen des téléphones en audience publique et que les appareils soient directement transférés au CNC sans garanties suffisantes d’impartialité. Il a demandé que les experts de la défense soient associés aux investigations.
Même son de cloche chez Me Carlos Ngwapitshi, qui a sollicité qu’un expert indépendant puisse constater l’état des téléphones avant leur transfert, afin d’en établir un état des lieux préalable et de permettre une comparaison après expertise.
Après débats, la Haute Cour militaire a maintenu sa décision de transférer les téléphones au Conseil National de la Cyberdéfense. Elle a toutefois précisé qu’un expert viendra, lors d’une prochaine audience, présenter le rapport d’expertise, en expliquer les aspects techniques et répondre aux questions des parties.
La prochaine audience est fixée au 12 mars 2026. Les experts du Conseil National de la Cyberdéfense y présenteront leurs conclusions devant la Cour.
ODN