Le député national Balth Cola Ngoy, élu du territoire de Kasenga dans la province du Haut-Katanga, a déposé au bureau de l’Assemblée nationale à Kinshasa, une proposition de loi sur la protection durable de la faune et de la flore, ce vendredi 13 février 2026.
Alors que la République démocratique du Congo dispose déjà depuis 2011 d’une loi-cadre sur l’environnement, l’élu national estime que le dispositif actuel montre ses limites surtout face aux nouvelles formes de criminalité au pays.
Selon lui, le trafic d'espèces protégées, l'exploitation illégale de bois précieux ou encore le braconnage industriel sont aujourd'hui organisés à l'échelle transnationale. D'où sa proposition de loi qui entend, s'est-il confié à 7SUR7.CD, instaurer un véritable code pénal de l'environnement avec des peines pouvant aller jusqu'à 20 ans de prison ferme.
« Effectivement, la RDC dispose depuis 2011 d’une loi-cadre sur la protection de l’environnement. Mais cette loi pose surtout des principes généraux. Elle n’éprouve pas suffisamment de mécanismes opérationnels de contrôle, d’enquête, de poursuites et de répression adaptés à la criminalité environnementale moderne. Ma proposition déposée ce vendredi vise à combler ce vide en instituant un véritable code pénal de l'environnement avec une classification claire des infractions et des sanctions dissuasives pour aller jusqu'à 20 ans de servitude pénale pour le crime le plus grave. Il s'agit de passer d'une logique déclarative à une logique d'effectivité », a-t-il déclaré.
Selon lui, la criminalité environnementale a changé d’échelle. Elle est désormais organisée, structurée et transnationale. Médecin de formation, le Dr Cola Ngoy établit un lien direct entre la protection des écosystèmes et la prévention de grandes épidémies. Il cite notamment Ebola, la Covid-19 et le Mpox, qualifiées de zoonoses, des maladies transmises de l’animal à l’homme.
« Les grandes épidémies du XXIe siècle ont comme origine la rupture de l’équilibre entre l’homme et la nature. Lorsque les forêts sont détruites, lorsque les habitats naturels sont fragmentés, les barrières naturelles entre espèces disparaissent, les virus circulent facilement. En tant que médecin, je considère que la prévention commence bien avant l’hôpital. Elle commence dans la forêt », a-t-il rappelé.
Balth Cola Ngoy inscrit ainsi cette vision dans l’approche internationale dite «One Health», qui établit l’interconnexion entre la santé humaine, animale et environnementale. Face aux priorités sécuritaires, notamment la guerre dans l’Est du pays, l'élu de Kasenga souligne un rapport entre cette situation et la criminalité environnementale.
«La condition environnementale est liée aussi à la sécurité nationale. Il n’y a pas seulement de massacres et des déplacements de populations, il existe également une dimension économique et écologique du conflit. La criminalité environnementale finance parfois les réseaux armés et affaiblit l’autorité de l’État. Protéger la faune et la flore, c’est défendre notre souveraineté. C'est empêcher que nos ressources naturelles deviennent un carburant pour l'instabilité », a-t-il martelé.
Le député national Balth Cola Ngoy a affirmé que sa proposition de loi repose sur cinq (5) piliers majeurs dont Une classification claire des infractions notamment des contraventions, délits et crimes environnementaux ; la reconnaissance explicite de la criminalité environnementale organisée, avec des sanctions aggravées contre les organisateurs et financiers ; la création d’une police environnementale spécialisée, dotée des pouvoirs d’officier de police judiciaire ; la mise en place de chambres judiciaires spécialisées, avec des magistrats formés en droit de l’environnement ; et la réparation intégrale du dommage écologique et la création d’un fonds national de restauration.
«Cette loi ne se limite pas à punir, elle vise aussi à restaurer. La population doit savoir que la protection de la faune et de la flore n’est pas une cause élitiste. Elle touche notre santé, notre sécurité, notre économie et notre dignité nationale. Protéger notre biodiversité, c’est protéger la vie. Et protéger la vie est le premier devoir d’un médecin comme d’un législateur », a-t-il conclu.
Cette proposition de loi sera désormais examinée lors de la prochaine rentrée parlementaire dans une commission, avant son inscription au débat en plénière.
Patient Lukusa, à Lubumbashi