Tension électorale : 2016 annonce ses couleurs

Mercredi 23 septembre 2015 - 12:29

Des désaveux, reniements et nouvelles alliances attendus, plusieurs zones de turbulences à craindre, mais l’atterrissage en douceur passe par l’observance stricte de l’article 220 de la Constitution

Au regard du décor planté au courant de l’année 2015 sur le plan politique en République démocratique du Congo (RDC), 2016 s’annonce riche en évènements. Cette année essentiellement électorale sera, visiblement, très mouvementée dès ses débuts, plusieurs zones de turbulences étant attendues.

Et si l’on n’y prend garde, la République démocratique du Congo risque de connaître un crash terrible. Pour éviter cette catastrophe, le seul remède est celui d’observer strictement la Constitution du 18 février 2006, modifiée à la veille des élections de 2011.

Or, beaucoup de personnalités politiques affichent déjà leurs ambitions de ne pas respecter cette loi fondamentale pour que l’actuel régime se pérennise au pouvoir. » Que vous le vouliez ou pas, Kabila restera au pouvoir même après 2016… « , laisse-t-on entendre, pendant que d’autres soutiennent, sans rire : » Kabila ad vitam aeternam « , entendez » Kabila pour la vie éternelle « .

L’année 2015 a débuté par des troubles survenus les 19, 20 et 21 janvier, qui ont paralysé la ville de Kinshasa une semaine durant, avec effets d’entraînement sur plusieurs grandes villes à l’intérieur de la RD Congo.

Mais, bien avant cela, la Majorité présidentielle avait connu un important départ d’un de ses membres, à savoir le bâtonnier Jean-Claude Muyambo, président national de Solidarité congolaise pour la démocratie (Scode), incarcéré aujourd’hui à la Prison centrale de Makala à cause de ses opinions politiques émises après son divorce avec la MP.

Bien après Jean Claude Muyambo, c’est Moïse Katumbi qui a allumé, à son tour, la mèche, avec son fameux paradigme du » 3ème faux pénalty « , alors qu’il revenait d’un long séjour de convalescence en Europe. Ces propos, on ne peut plus clairs, du gouverneur de Katanga, a donné des insomnies à Kinshasa, au point de lui causer quelques ennuis.

D’ailleurs, le député Vano Kiboko en a payé le prix pour avoir soutenu Moïse Katumbi à cette époque. A ce jour, il est aux côtés d’Eugène Diomi Ndongala et Christopher Ngoy à l’ex Cprk. Le patriarche Kyungu Wa Kumwanza, quant à lui, n’avait pas caché ses intentions de voir les Congolais se choisir un autre président de la République au terme des élections de 2016.

Après les évènements des 19, 20 et 21 janvier 2015, la tension était telle qu’il fallait trouver urgemment une solution pour éviter le pire. C’est ainsi qu’au mois de mai dernier, le président Joseph Kabila a initié des consultations devant aboutir à un dialogue, alors que les concertations nationales avaient déjà eu lieu 20 mois auparavant, soit en septembre 2013.
Malheureusement, beaucoup de formations politiques de l’Opposition ont refusé l’appel de Kabila, estimant que cela risque de lui redonner de l’énergie, au moment où il est déjà à bout de souffle. Craignant donc le » glissement « , l’UDPS, le MLC, l’UNC, l’ECIDE et autres ont boycotté l’invitation leur remise par le patron de l’Agence nationale des renseignements.

Muanda Nsemi victime des consultations

Après avoir été consulté par Joseph Kabila, le député national Ne Muanda Nsemi a prêché pour une nouvelle transition de trois ans, pilotée par Kabila, motivant ce » glissement collectif » par le fait que le pays n’a pas de moyens d’organiser de bonnes élections.

Cela lui a coûté le désaveu dans son fief électoral du Kongo-Central. Par conséquent, il a mis fin à sa carrière politique, déclarant que » ma rencontre avec Joseph Kabila a détruit ma popularité « . Lui qui prônait le dialogue, a brusquement changé de discours, soutenant qu’il n’y participera plus.

Le G7 : un autre front pour la MP

Il faut reconnaître aujourd’hui que le G7 est un nouveau front dont devra s’occuper la Majorité présidentielle qui peine déjà à en finir avec l’Opposition.

Les têtes qui constituent cette nouvelle plateforme n’ont manifestement pas d’intention de caresser le Raïs dans le sens du poil. Chassés de la MP pour avoir écrit une lettre osée à l’autorité morale, lui demandant de respecter la Constitution au regard de la présidentielle de 2016, ils promettent de continuer leur lutte jusqu’au bout, et obtenir gain de cause.

Selon des indiscrétions, au sein de la famille politique à laquelle appartient le chef de l’Etat, d’autres démissions sont encore en vue, à défaut de révocations. Un membre du G7 avait promis que leur plateforme sera enrichie de nouveaux partis et personnalités politiques.

Dans l’entre-temps, le processus électoral est exposé à de sérieuses menaces. Le calendrier électoral doit obligatoirement subir des modifications au regard des reports de l’élection des députés provinciaux.

Les gouverneurs, sous le pseudonyme de » commissaires spéciaux « , seront nommés dans les provinces découpées. Pendant que Freddy Matungulu a officiellement affiché ses ambitions de briguer la magistrature suprême, Moïse Katumbi a tenu un point de presse lundi 21 septembre dernier au cours duquel il a promis de faire une grande annonce pour la RD Congo dans les tout prochains jours. Selon des sources, il pourrait lui aussi s’afficher comme candidat président de la République.

Le dernier virage vers ce rendez-vous historique sera amorcé à partir du mois de janvier prochain. L’arène politique congolaise sera mouvementée.

Mais, on espère que cela se passe dans la paix, la sécurité et la sérénité. Pour y parvenir, il faut à tout prix respecter la Constitution. Ainsi, la question du troisième mandat ou non sera sans objet, car l’article 220 est clair là-dessus.

Par Lefils Matady