La réforme du marché du carbone en République démocratique du Congo ne concerne pas uniquement les forêts. Elle couvre également plusieurs autres secteurs, notamment l’agriculture, les mines, les ressources en eau, les déchets et les aires protégées, a affirmé la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du climat, Marie Nyange, jeudi 22 octobre, lors d’une conférence de presse consacrée au lancement de la Semaine nationale du climat, prévue du 26 au 30 octobre à Kinshasa.
Cette réforme est encadrée par l’ordonnance-loi n° 26/016 du 7 septembre 2026, actuellement en lecture au Parlement. Elle vise notamment à doter la RDC d’un cadre juridique permettant de mieux organiser, de tracer et de valoriser les crédits carbone issus des projets de réduction ou de séquestration des émissions de gaz à effet de serre.
« Les gens pensent que le marché carbone ne touche qu’aux forêts. Pas du tout », a insisté Marie Nyange. Selon elle, limiter ce dispositif au secteur forestier reviendrait à sous-estimer le potentiel du pays, dont les ressources naturelles peuvent générer des crédits carbone dans plusieurs domaines.
Au cœur de la réforme figure notamment le dispositif MRV, pour « Mesure, Rapportage et Vérification ». Ce mécanisme doit permettre de mesurer les réductions ou les séquestrations de gaz à effet de serre, d’en assurer le rapportage selon des normes précises et de faire vérifier les données par des organismes indépendants. L’objectif est notamment de garantir que chaque crédit carbone corresponde à une réduction ou à une séquestration réelle et vérifiable.
La réforme prévoit également la mise en place d’un registre national souverain du carbone, baptisé « Lumière ». Selon la ministre, tous les projets et crédits carbone congolais devront y être enregistrés afin d’en assurer la traçabilité.
« Grâce à ce registre qui sera logé à la Banque centrale, tous nos crédits carbone seront vendus en toute transparence », a-t-elle déclaré.
Le partage des revenus occupe également une place importante dans le nouveau dispositif. Marie Nyange affirme que les communautés locales bénéficieront d’au moins 20 % des revenus issus du marché du carbone, aux côtés du Trésor public, des provinces, des entités territoriales décentralisées et des structures intervenant dans la pérennisation des forêts.
La réforme s’applique également aux aires protégées, qui représentent environ 15 % du territoire national, selon la ministre.
« C’est l’État qui donnera cette fois-ci 20 % aux communautés locales », a-t-elle précisé, présentant ce mécanisme comme un moyen de mieux concilier la conservation de la nature et l’amélioration des conditions de vie des populations.
Pour Marie Nyange, les projets carbone doivent être considérés comme de véritables investissements. Leurs promoteurs seront ainsi appelés à mettre en œuvre des actions de développement communautaire, y compris avant la commercialisation des crédits carbone.
« Le projet carbone est un investissement comme tous les autres », a-t-elle souligné.
La ministre a également évoqué l’ancien arrêté, qu’elle présente comme essentiellement centré sur l’expérience pilote menée dans la province du Maï-Ndombe. Selon elle, ce dispositif n’avait pas permis à l’État de tirer des recettes du marché du carbone.
« Malheureusement, ça ne rapportait aucun franc au budget de l’État », a-t-elle déclaré, estimant que la nouvelle réforme devrait permettre une meilleure traçabilité des recettes.
Cette réforme intervient alors que le marché international du carbone, amorcé avec le protocole de Kyoto en 1997 et profondément réorganisé avec l’Accord de Paris de 2015, offre aux États de nouvelles possibilités de valoriser leurs efforts de réduction des émissions. Pour la RDC, l’enjeu est désormais de transformer son potentiel environnemental en ressources financières, tout en garantissant l’intégrité des crédits carbone et une redistribution effective des bénéfices.
« Le marché carbone est un domaine très compliqué. Il nécessite le maximum de crédibilité et de confiance », a conclu Marie Nyange.
Alphonse Muderwa