Dialogue national : « Les victimes ont-elles le même droit à la parole que ceux qui sont accusés ? » (Dieudonné Nkishi, acteur politique)

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Le président national et initiateur du parti politique Congo Positif, Dieudonné Nkishi, appelle à s’interroger sur la notion d’« inclusivité » dans le débat politique congolais.

Dans une réflexion consacrée au dialogue national transmise à 7SUR7. CD ce lundi 21 septembre à Kinshasa, il estime que la participation de différents acteurs ne devrait pas se faire au détriment de la vérité, de la justice et de la responsabilité, notamment concernant les crimes commis dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dieudonné Nkishi relève d’abord que le terme « inclusivité » est devenu récurrent dans le vocabulaire politique congolais et pose plusieurs questions sur sa définition et ses critères.

« Qui décrète l’inclusivité ? Qui s’arroge le pouvoir de dire qui est inclus et qui ne l’est pas ? », s’interroge-t-il, avant de questionner la légitimité de ceux qui établissent la liste des participants à un dialogue.

Il demande également sur quelles bases juridiques, politiques, morales ou démocratiques sont fixés les critères de cette inclusivité. Pour lui, la question concerne notamment la place des partis politiques, des groupes armés, des organisations de la société civile, des victimes, des familles des victimes, des déplacés, des femmes victimes de violences, des jeunes, des confessions religieuses, des universitaires et d’autres forces sociales.

« Les victimes ont-elles le même droit à la parole que ceux qui sont accusés d’avoir contribué à leur malheur ? », questionne-t-il.

Le président de Congo Positif s’interroge aussi sur les limites de l’inclusivité. Il demande notamment s’il faut inclure dans un même processus ceux qui ont commis ou sont soupçonnés d’avoir commis des crimes graves et les victimes de ces crimes.

« Peut-on mettre sur le même pied la victime et son bourreau au nom de l’inclusivité ? », poursuit-il.

Selon Dieudonné Nkishi, l’enjeu est de déterminer à quel moment l’inclusivité, présentée comme un instrument de paix, pourrait conduire à une banalisation de l’injustice. Il estime qu’une participation au dialogue ne devrait pas permettre d’éviter la question des responsabilités liées aux tueries, massacres, violences sexuelles, déplacements forcés et autres crimes commis dans l’Est du pays.

Il soutient ainsi que la paix et la justice ne devraient pas être opposées. « Une paix véritable ne devrait pourtant pas opposer inclusivité et justice. Elle devrait les articuler », affirme-t-il.

Pour Dieudonné Nkishi, la question centrale n’est donc pas uniquement de savoir qui doit participer au dialogue, mais également les objectifs du processus, les règles qui l’encadrent et les garanties accordées aux victimes.

« Qui faut-il inclure ? », interroge-t-il, avant de reformuler la question : « Pour quoi faire, selon quelles règles, avec quelles garanties de vérité, de justice et de responsabilité ? »

Il estime qu’un dialogue peut être inclusif dans sa composition tout en laissant les victimes en marge du processus. Dans cette perspective, il appelle à éviter que l’inclusivité ne serve à contourner l’établissement des responsabilités.

« Le peuple congolais ne devrait pas être appelé à choisir entre la paix et la justice, comme si l’une exigeait nécessairement le sacrifice de l’autre », soutient-il.

Dieudonné Nkishi appelle ainsi à placer la dignité des victimes, la vérité sur les crimes et l’établissement des responsabilités au centre de toute démarche de paix. Il demande notamment que soient clarifiées les bases de la participation au dialogue et les garanties prévues pour les victimes.

Il formule trois exigences : « la vérité, la justice et la responsabilité».

Sur la vérité, il demande notamment : « Que s’est-il réellement passé dans l’Est de la République démocratique du Congo ? Qui a fait quoi ? Qui a été victime ? Qui a commandité, organisé ou exécuté les crimes ? »

Sur la justice, il estime que l’inclusivité ne devrait pas servir à contourner les crimes commis et appelle à des garanties permettant aux victimes d’obtenir justice.

Enfin, sur la responsabilité, il demande que les responsabilités politiques, militaires et individuelles soient distinguées et que des mécanismes permettent d’y répondre.

« La participation à un dialogue ne doit jamais devenir une immunité politique », affirme-t-il.

Dieudonné Nkishi conclut que l’inclusivité doit être accompagnée de garanties en matière de vérité, de justice et de responsabilité.

« Une inclusivité sans vérité peut fabriquer l’oubli ; une inclusivité sans justice peut consacrer l’impunité ; une inclusivité sans responsabilité peut transformer le dialogue en refuge pour les puissants », déclare-t-il.

Il précise toutefois ne pas rejeter le dialogue ni la recherche de la paix, mais refuse que ceux-ci soient construits au détriment de la mémoire des victimes.

« Nous ne refusons pas la paix. Nous refusons une paix construite contre la mémoire des victimes. Nous ne refusons pas le dialogue. Nous refusons un dialogue qui ferait de l’impunité le prix de la paix », conclut Dieudonné Nkishi.

Raphaël Kwazi