L’ONG de défense des droits humains Justicia Asbl a appelé les entreprises minières opérant dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba à se conformer aux recommandations environnementales formulées par les commissions gouvernementales chargées du suivi et de l’évaluation environnementale. Cet appel a été lancé ce samedi à Kinshasa, lors d’un point de presse.
L’organisation a salué la réactivité des commissions mixtes mises en place par les autorités après les alertes de la société civile concernant de présumés cas de pollution liés aux activités des entreprises extractives, particulièrement dans la filière cupro-cobaltifère.
Selon Justicia Asbl, les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba connaissent une forte industrialisation minière autour de l’exploitation du cuivre et du cobalt, entraînant des cas de pollution parfois non documentés.
L’organisation rappelle que cette problématique demeure « une question éminemment technique et scientifique ».
« Dans certains dossiers, les commissions gouvernementales ont conclu à l’existence d’une pollution réelle du sol et du sous-sol et ont formulé des recommandations destinées aux entreprises concernées », a expliqué Me. Timothée Mbuya, président de Justicia Asbl.
L’ONG évoque notamment le cas de la société Ruashi Mining, projet Musonoie, accusée par plusieurs structures de la société civile de Kolwezi de pollution des champs et de l’environnement. Une commission composée de représentants du gouvernement provincial, des ministères nationaux des Mines, de l’Environnement et du Développement durable, ainsi que des Affaires foncières, de la Pêche et de l’Élevage, accompagnés des services techniques, s’était rendue sur le terrain avant de formuler plusieurs recommandations.
Dans le cadre du contrôle citoyen, les moniteurs de Justicia Asbl ont évalué le niveau d’exécution de ces mesures par l’entreprise.
L’organisation affirme avoir constaté la mise en œuvre de plusieurs recommandations, notamment l’installation d’un système de captage des gaz du four permettant de rediriger le dioxyde de soufre vers une unité de production d’acide sulfurique.
Justicia Asbl indique également que l’entreprise a installé un système de filtration des particules grâce à des hydrocyclones destinés à récupérer les particules solides contenues dans les rejets gazeux.
Concernant le suivi de la qualité de l’air, l’ONG rapporte que des dispositifs de captage et de contrôle du SO₂ sont opérationnels au niveau de la cheminée de l’usine.
L’organisation précise en outre que l’identification des personnes présentant des symptômes de contamination a été réalisée par le personnel médical de la province du Lualaba, et que des prélèvements ont été effectués.
Sur la question des indemnisations, Justicia Asbl affirme que 172 agriculteurs ont déjà reçu une compensation financière pour les cultures potentiellement affectées autour du site minier.
Cependant, certaines recommandations ne sont pas encore pleinement appliquées. C’est notamment le cas de l’installation de cheminées plus hautes avec diffusion contrôlée, visant à réduire l’exposition directe des populations aux polluants.
L’entreprise estime toutefois que cette mesure ne serait pas applicable en raison des limites techniques des installations existantes.
Concernant la création d’une zone tampon et d’une barrière végétale autour de l’usine, l’organisation indique que les démarches sont en cours en collaboration avec la commission provinciale et que plus de 180 ménages ont déjà été identifiés.
Au cours de ce point de presse, le président de Justicia Asbl, Me Timothée Mbuya, a appelé les entreprises minières à « tout mettre en œuvre pour sécuriser et protéger les populations environnantes ainsi que leurs installations ».
« Les entreprises ne devraient avoir rien à se reprocher, surtout en cas d’allégations de pollution environnementale », a-t-il déclaré.
Il a également estimé qu’une meilleure collaboration entre les différents acteurs permettrait d’éviter les tensions autour des questions environnementales.
« Cette démarche améliorerait la cohabitation pacifique avec les communautés locales », a-t-il affirmé.
Justicia Asbl recommande ainsi aux ministères des Mines, de l’Environnement et du Développement durable, ainsi qu’aux entreprises extractives, la mise en place d’un cadre tripartite de concertation afin d’améliorer le climat des affaires, de renforcer la compréhension des rôles des différents acteurs et de prévenir les accusations jugées infondées contre l’État, les entreprises ou la société civile.
L’organisation rappelle enfin que la République démocratique du Congo est devenue membre à part entière des Principes volontaires sur la sécurité et les droits de l’homme depuis le 18 mars 2026.
Les commissions gouvernementales et ministérielles, notamment sous l’impulsion du ministère des Mines et du ministère de l’Environnement, ont récemment formulé plusieurs recommandations pour endiguer la pollution minière dans le Haut-Katanga et le Lualaba.
Parmi les principales mesures préconisées figurent le contrôle et la mise en conformité des installations, le renforcement de la surveillance et de la gouvernance environnementales, ainsi que la prise en charge des questions liées à la réparation des préjudices et à la santé publique.
Raphaël Kwazi