Steve Mbikayi : « Un pays ne peut espérer un développement durable en formant majoritairement des juristes, économistes ou journalistes. Les nations qui progressent sont celles qui investissent dans les sciences, les technologies et les métiers techniques

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Enseignement scientifique et technologique : le cadet de nos soucis

À notre prise de fonctions au ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire en 2016, les visites effectuées dans plusieurs établissements ont révélé un déséquilibre préoccupant.

Dans les facultés de sciences humaines et sociales, les auditoires sont saturés. À l’inverse, les filières scientifiques et technologiques peinent à attirer : dans certaines universités, des options comme la physique, la chimie ou les mathématiques ont tout simplement disparu.
Le même constat s’impose dans l’enseignement primaire, secondaire et technique. Les écoles professionnelles sont rares, souvent abandonnées et sous-équipées. Les ateliers reposent sur du matériel obsolète, parfois hérité de l’époque coloniale. 
Les sections scientifiques manquent de laboratoires, et l’enseignement demeure largement théorique.

Un pays ne peut espérer un développement durable en formant majoritairement des juristes, économistes ou journalistes. Les nations qui progressent sont celles qui investissent dans les sciences, les technologies et les métiers techniques, véritables leviers de transformation. La Corée du Sud, la Chine ou encore l’Iran en offrent des exemples éloquents.

Face à cette situation, nous avions entrepris de réorienter les priorités. Au collègue de l’EPST, nous avions proposé de revaloriser les disciplines scientifiques dès le bas âge et de rééquiper les écoles techniques et professionnelles. Dès le primaire, les mathématiques devaient bénéficier d’une pondération accrue afin de renforcer les capacités analytiques des élèves.

Dans cette dynamique, par arrêtés ministériels, nous avons institué deux bourses : la bourse de l’excellence et de la solidarité nationale, et la bourse pour l’émergence du Congo. La première était destinée aux étudiants issus de milieux défavorisés. Un test organisé à deux reprises à l’ISP/Gombe a permis de sélectionner les meilleurs, orientés gratuitement vers des filières scientifiques à l’UNIKIN, à l’UPN, à l’ISP et à l’ISTA. Plus de 2 000 étudiants ont ainsi achevé le deuxième cycle sans payer de frais, la plupart avec distinction.

Ces lauréats étaient éligibles à la seconde bourse, destinée aux étudiants et chefs de travaux appelés à poursuivre des études doctorales à l’étranger, afin d’assurer un transfert de compétences et de préparer la relève académique. À cet effet, nous avons effectué des missions dans des universités technologiques en Corée du Sud, au Canada et en Afrique du Sud. À la fin de notre mandat, 135 apprenants étaient prêts à rejoindre l’université de Durban.
Cette dynamique n’a malheureusement pas été poursuivie, alors même que les arrêtés n’ont jamais été abrogés. Les programmes ont été interrompus et les bénéficiaires n’ont pas pu partir.

Dix ans plus tard, le pays aurait déjà dû disposer de plusieurs cohortes de docteurs formés à l’étranger.
Nous saluons l’initiative du Chef de l’État visant à doter chaque province d’une université. Toutefois, ces établissements continuent de privilégier des filières déjà saturées. Il est impératif de développer, en parallèle, des écoles techniques, professionnelles et scientifiques, et de réhabiliter celles qui existent. À commencer par les plus emblématiques : ITI Gombe, ITI Masina, Institut Salama, Mutoshi, ITP de Kindu.
Une visite effectuée cette semaine aux ateliers de l’ ITI Gombe, nous a laissé sans voix. Voir les images ci-dessous.

La RDC demeure un vaste chantier, mais souffre d’un déficit criant de main-d’œuvre qualifiée. Carreleurs, charpentiers, menuisiers, techniciens : autant de compétences qui font défaut, entraînant un recours systématique à une expertise étrangère, notamment chinoise. Les pays qui réussissent sont ceux qui forment des scientifiques, des ingénieurs et des techniciens compétents.

Réveillons nous. Un pays qui néglige les scientifiques s’enfonce dans le sous-développement. Le débat national ne peut pas se limiter à la politique.

Carte blanche n° 208 de Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste (PT)