L’exploitation pétrolière engagée par l’Ouganda sur le lac Albert suscite une vive inquiétude au sein des communautés congolaises riveraines. Ces populations dénoncent le mutisme des autorités ougandaises face aux menaces environnementales et sociales que font peser les projets Tilenga et Kingfisher sur le territoire congolais.
Une enquête menée par le Cadre de concertation sur les ressources naturelles (CdC/RN) auprès de 1 141 riverains dans la province de l’Ituri met en évidence ces préoccupations. Plus de 60 % des personnes interrogées redoutent une pollution du lac, dont elles dépendent directement pour leur subsistance.
« Le principal danger est la destruction des écosystèmes du lac Albert et de la rivière Semuliki. Plus de 50 000 pêcheurs, qui en dépendent, risquent de perdre leur source de subsistance. Et la pollution n’affectera pas seulement l’eau : elle touchera aussi les populations, l’agriculture et les animaux », a déclaré le secrétaire permanent de l’ASBL, Dieudonné Kasonia, lors d’une conférence de presse tenue mercredi 25 mars à Kinshasa.
Face à cette situation, les communautés appellent le gouvernement congolais à agir. Elles demandent notamment que l’Ouganda réalise des études d’impact environnemental et social, conformément au traité de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), pour les projets situés dans des zones partagées.
« Nous sommes en train d’alerter afin que le gouvernement s’active aux niveaux national et régional pour protéger le lac Albert. Cela doit se faire de manière coordonnée, car la question touche plusieurs ministères, notamment l’Environnement, les Hydrocarbures, la Pêche et l’Intégration régionale. Tous doivent s’impliquer afin que les droits des communautés soient respectés par l’Ouganda », a ajouté l’activiste.
Au-delà des riverains, les inquiétudes s’étendent à une échelle régionale. Les activités pétrolières pourraient également affecter le fleuve Nil, dont la rivière Semuliki constitue l’une des principales sources.
« Il faut savoir que ce ne sont pas seulement les communautés congolaises qui seront impactées par cette exploitation. La rivière Semuliki est l’une des principales sources du fleuve Nil. Il est donc possible que des pays comme le Soudan, l’Éthiopie ou l’Égypte soient également affectés. C’est pourquoi nous sonnons l’alarme avant qu’il ne soit trop tard », a renchéri Willy Elua, membre de l’organisation Action pour la protection du peuple et des espèces menacées (APEM).
Pour rappel, une autre organisation du Nord-Kivu, Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme (ACEDH), a engagé en octobre dernier des poursuites judiciaires contre l’Ouganda, la RDC et le secrétaire général de l’EAC devant la Cour de justice de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC). Ces entités sont accusées de ne pas protéger les populations dans le cadre de ces projets pétroliers.
Le projet Tilenga, situé sur la rive nord-est du lac Albert, est exploité par TotalEnergies, tandis que Kingfisher est opéré par la China National Offshore Oil Company (CNOOC). Le pétrole extrait de ces deux sites sera acheminé jusqu’au port tanzanien via l’oléoduc EACOP (East African Crude Oil Pipeline) en vue de son exportation.
Bienfait Luganywa