Carte blanche N° 194
Drame du 11 mars à Goma : une stratégie du Rwanda et ses supplétifs
Si je ne peux fléchir les dieux, je remuerai les enfers.
Cette formule virgilienne, que les stratèges de tous les temps ont faite leur, illustre l'essence même de la diversion militaire. Lorsque la force directe échoue, et que le rapport de forces s'inverse, on détourne son attention en créant un chaos secondaire : la diversion. C’est une manœuvre classique. On frappe là où l'ennemi ne vous attend pas.
Il n'y a pas d'action gratuite en temps de guerre. C'est à l'aune de ce principe que nous devons juger la frappe de drone qui a coûté la vie, dans la nuit du 11 mars 2026 à Goma, à l’ humanitaire française de l'UNICEF.
La thèse officielle du M23 est d'une simplicité déconcertante. Les FARDC seraient responsables. Examinons-la froidement. Quel intérêt Kinshasa aurait-il à agir ainsi ?
Tuer une humanitaire, une ressortissante française, c'est s'exposer à la réprobation internationale immédiate. Quel intérêt la RDC aurait-elle à s'attirer les foudres de Paris et de toute la communauté internationale, au moment où elle tente d'obtenir des sanctions plus fermes contre Kigali ? Aucun.
Ce serait une faute politique majeure, une balle tirée dans le pied de sa propre diplomatie. Or, nous l'avons posé en principe. Il n'y a pas d'action sans intérêt. Ici, l'intérêt est inexistant pour Kinshasa.
Dans ce contexte, une opération de diversion répondrait à plusieurs objectifs : retourner l'opinion internationale contre Kinshasa en faisant passer l'armée congolaise pour une force qui bombarde aveuglément des civils ; attirer la colère de Paris sur la RDC pour affaiblir sa position diplomatique ; créer un écran de fumée pendant que le M23 consolide son emprise sur les zones minières ; et surtout, divertir l'attention de ses propres difficultés internes.
Notons un détail troublant. Le Rwanda a immédiatement réagi. Dès le 11 mars, son porte-parole a déclaré que l'attaque soulignait la menace pesant sur la frontière rwandaise. Sans attendre d'enquête, sans preuve, Kigali instrumentalise déjà le drame pour justifier sa propre posture offensive. Cette promptitude à orienter le soupçon est en soi un indice de la manœuvre.
Car c'est là que se niche le véritable enjeu. Le Rwanda et le M23 sont en difficulté. Militairement, politiquement et socialement. C'est dans ce contexte que la frappe du 11 mars prend tout son sens : une tentative désespérée de changer la donne en provoquant une rupture diplomatique entre Paris et Kinshasa.
Une conclusion s'impose. Le seul camp qui tire un bénéfice stratégique de ce drame est celui du Rwanda et de ses supplétifs du M23. La RDC n'y gagne rien.
Le M23 et Kigali, en revanche, y gagnent tout. Un discrédit jeté sur l'armée congolaise, une crispation des relations franco-congolaises, et une diversion parfaite pour masquer leurs propres difficultés. Que la frappe ait été délibérée ou que la mort de Karine Buisset soit un dommage collatéral, la responsabilité morale et stratégique incombe à ceux qui contrôlent Goma. C'est sous leur occupation que ce crime a été rendu possible et que des drones ont frappé. C'est leur propagande qui, la première, a exploité ce sang. Qui s’excuse, s’accuse.
La communauté internationale ne doit pas se laisser prendre à leur piège. Une enquête indépendante doit être menée d'urgence. Mais dès à présent, un fait est acquis.Le sang de Karine Buisset, humanitaire française tombée à Goma, ne doit pas servir d'alibi à ceux qui, par cynisme stratégique, l'ont versé ou exploité.
Il n'y a pas d'action sans intérêt. Aujourd'hui, l'intérêt criminel du Rwanda et du M23 crève les yeux. Puisque les dieux de la guerre leur tournent le dos, les agresseurs ont choisi de remuer les enfers. Ne tombons pas dans leur piège.
La vérité finira par éclater.
Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste