Les universitaires du Grand Katanga et Kasaï ont appelé à une réflexion approfondie, inclusive et scientifiquement encadrée sur l'avenir de la Constitution du 18 février 2006. Réunis dans le cadre du Colloque scientifique national sur l'évaluation de la Constitution, vingt ans après sa promulgation, les chercheurs de Lubumbashi du pool industriel et transition énergétique, ont formulé, à l'issue des travaux de trois jours soit du mercredi au vendredi 12 juin 2026, plusieurs recommandations destinées à éclairer les décideurs publics face aux défis actuels du pays.
Pour le professeur Olivier Kahola Tabu, rapporteur de ces assises, parmi ces propositions, il y a l'organisation d’un débat national apaisé sur lavenir de la loi fondamentale.
« Organiser un débat national apaisé, inclusif et scientifiquement encadré sur l'avenir de la Constitution. Éviter toute personnalisation ou politisation excessive du débat constitutionnel, évaluer la Constitution comme disposition par disposition en tenant compte des acquis, des limites et des perspectives », a-t-il déclaré au micro tendu par 7SUR7.CD.
Les universitaires ont estimé que la réflexion constitutionnelle ne pouvait plus ignorer les nouveaux enjeux mondiaux et nationaux. Ils recommandent ainsi l'intégration explicite de questions telles que l'intelligence artificielle, la souveraineté numérique, la santé mentale, le changement climatique, la biodiversité, la sécurité nationale, l'énergie et la sécurité alimentaire.
Parmi les autres propositions figurent le renforcement de l'indépendance du pouvoir judiciaire, une meilleure clarification des compétences entre le pouvoir central et les provinces, la création d'un cloud souverain national, l'adoption d'une stratégie nationale de l'intelligence artificielle ainsi que le développement de mécanismes favorisant la transformation locale des ressources naturelles. Les experts ont également plaidé pour une politique industrielle nationale axée sur l'innovation et la valorisation locale des matières premières, tout en insistant sur la protection des terres agricoles et la promotion de la souveraineté alimentaire.
Dans son intervention de clôture, le recteur de l'Université de Lubumbashi, le professeur Gilbert Kishiba, a salué la qualité des échanges et l'engagement des chercheurs venus de différentes régions du pays. Selon lui, ces travaux ont permis à l'université de jouer pleinement son rôle de lumière de la société en apportant une contribution scientifique à un débat souvent marqué par des interprétations divergentes.
« L'université a fait sa part et elle a gardé son âme », a déclaré le recteur tout en rappelant que la République démocratique du Congo se trouve aujourd'hui au cœur des enjeux économiques mondiaux grâce à ses ressources stratégiques, ce qui impose au pays de renforcer sa capacité à orienter son développement à partir d'une expertise scientifique nationale.
Clôturant officiellement les assises au nom de la ministre de l'Enseignement supérieur et universitaire, Recherche scientifique et Innovation, la professeure Nadège Kabamba, directrice de cabinet adjointe, a rappelé que les travaux ont été répartis entre trois pôles thématiques. Kinshasa s'est concentrée sur les questions géostratégiques, notamment la souveraineté, la sécurité et la gouvernance territoriale. Lubumbashi a développé les aspects liés à l'industrialisation, à la transition énergétique, aux ressources naturelles et à l'environnement. Kisangani, quant à elle, a approfondi les dimensions sociologiques, anthropologiques, juridiques et environnementales de la vie collective.
Selon elle, les travaux ont permis de constater que la Constitution de 20067 a joué un rôle majeur dans la consolidation de l'unité nationale, l'instauration de l'État de droit et la reconstruction institutionnelle du pays après les périodes de crise.
« Ce que nous retenons de ces colloques, c'est avant tout une exigence. Celle d'une réforme réfléchie, inclusive et fondée sur des évidences scientifiques », a affirmé la professeure Nadège Kabamba.
Elle a assuré que les recommandations formulées par les scientifiques ne resteront pas lettre morte et qu'elles feront l'objet d'un examen attentif par les institutions compétentes.
Patient Lukusa, à Lubumbashi