Freddy Mulumba : « le dialogue est incontournable avant les élections »

Mardi 13 octobre 2015 - 11:57

Il existe un lien entre le dialogue, les élections et la balkanisation. Freddy Mulumba l’a démontré lors d’une conférence-débat. Il croit dur comme fer que le dialogue va insuffler une cohésion interne pour un processus électoral apaisé qui constituerait un bouclier contre les balkanisateurs de la RDC. Pour ce défenseur acharné d’un Congo uni, le dialogue reste «incontournable » pour la survie du pays.

 

Le coordonnateur de l’Asbl Conscience nationale congolaise (CNC), Freddy Mulumba Kabuayi, a animé, dimanche 11 octobre dernier à la paroisse Sainte Famille de la commune de N’Djili (Est de Kinshasa), une conférence-débat sir le thème du « Dialogue, élections et balkanisation ».

 

Répondant à l’invitation des intellectuels catholiques de la Tshangu, l’orateur a sensibilisé ses interlocuteurs sur le lien évident, selon lui; entre le dialogue national, les élections et le projet de balkanisation de la RDC. Il ressort de son analyse que le dialogue entre toutes les forces vives de la nation congolaise est « incontournable » avant que les acteurs politiques ne s’engagent dans les différents scrutins.

 

Donnant la quintessence de son exposé. Freddy Mulumba a commencé par passer en revue les positions des acteurs majeurs du processus électoral en RDC, à savoir le chef de l’Etat, Joseph Kabila, le leader de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, l’Opposition politique et la Communauté internationale. Il a constaté que tous ces quatre acteurs sont favorables au dialogue mais ne le conçoivent pas de la même manière.

 

Pour le président de la République, le dialogue est censé lever des options sur le financement du processus, sa sécurisation et l’enrôlement des nouveaux majeurs. Joseph Kabila envisage le dialogue sous la modération d’une personnalité congolaise, à défaut d’un Africain.

 

UN CHAOS ... COMME DU PAIN BÉNI

 

Quant au président national de l’UDPS, ce dialogue ne peut se faire que dans le cadre de l’accord cadre d’Addis-Abeba. Donc sous l’égide de l’ONU. L’opposant historique estime que ces pourparlers doivent se faire entre l’UDPS, d’un côté, et le pouvoir de Kinshasa de l’autre, parce que, estime-t-il, c’est à lui qu’on a volé la victoire de la présidentielle de 2011.

 

Si l’Opposition, pour sa part, a commencé à militer pour le dialogue au lendemain de la publication des résultats de la présidentielle de 2011, elle n’y croit plus. Les opposants y voient un piège du glissement. Surfant sur ces divergences, la communauté internationale déclare soutenir l’initiative du dialogue pour autant que celui-ci permette la tenue des élections dans le délai constitutionnel.

 

Devant les désaccords d quatre acteurs majeurs sur le format du dialogue et son opportunité, Freddy Mulumba craint que le pays n’aille droit vers un blocage, voire un chaos qui tomberait comme du pain béni entre les mains des balkanisateurs. Aussi a-t-il invité les intellectuels catholiques de la Tshangu, étant membres de la société civile, à être vigilants pour éviter l’implosion de la RDC. Mieux, l’orateur leur a suggéré d’exercer des pressions sur la classe politique pour la recadrer ou tracer une autre voie salutaire pour le pays.

 

Sans ambages, Freddy Mulumba a soutenu l’organisation du dialogue. «Le dialogue est incontournable avant les élections » pour éviter toute contestation lors de la publication des résultats. De son point de vue, sans dialogue, la RDC doit s’attendre à des contestations comme en 2011. Ce qui risque de provoquer des troubles et de prêter le flanc aux balkanisateurs. Selon lui, le dialogue devra créer une «cohésion interne » en vue de faire face aux mutations internationales. L’orateur a rappelé à son assistance que la RDC est le fruit de la mondialisation mais que celle- ci ne saurait se faire sans la patrie de Lumumba.

 

NE PAS SUBIR LE DIKTAT DE LA CLASSE POLITIQUE

 

Par rapport à l’objet du dialogue, le conférencier a proposé que ce sujet relève de la dynamique interne lors des pourparlers.

 

Il a rappelé qu’à la Conférence nationale souveraine (CNS), c’est la plénière qui a suscité une dynamique de l’intérieur. Point n’est besoin, selon lui, de chercher à déterminer l’ordre du jour de ce dialogue maintenant. «Il n ‘est pas question que le contenu du dialogue soit fixé par la Majorité ou par l’Opposition », a-t-il martelé.

 

L’orateur a ainsi exhorté les intellectuels catholiques à ne pas subir le diktat de la classe politique. « Vous devriez proposer votre schémas de sortie de crise », a-t-il dit aux intellectuels.

 

Dans les échanges avec le public, certains Congolais ont exprimé leur inquiétude face ai brouillard politique actuel. D’autres intervenants voient d’un mauvais oeil la tenue du dialogue seulement maintenant. « Pourquoi a-t-on évité depuis toujours le dialogue et pourquoi cherche-t-on à l’organiser à la veille des élections ? », s’est interrogé un participant, donnant raison à l’opposition qui craint le glissement. Toutefois, la majorité a soutenu le dialogue pour e ne pas laisser, la situation politique pourrir ».

 

Dans sa réplique, Freddy Mulumba a appelé ses interlocuteurs à tirer les leçons de l’échec de la CNS. « On n’a pas d’autres choix que le dialogue.

Il en va de la survie de notre pays », conclu-t-il.

 

AMEDEE MWARABU KIBOKO