Dans le cadre de la vulgarisation de son rapport d’évaluation citoyenne sur les projets des corridors de Lobito et de Banana, le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL) a organisé, ce samedi 31 octobre 2026, à Lubumbashi, en partenariat avec l’Université Nouveaux Horizons (UNH), une conférence-débat consacrée aux enjeux et aux défis liés aux investissements dans ces mégaprojets d’infrastructures.
La rencontre a été marquée par trois interventions portant respectivement sur la gestion des partenariats public-privé (PPP) en République démocratique du Congo, l’état de la gouvernance des corridors de Lobito et de Banana, ainsi que les retombées des minerais stratégiques dans l’économie congolaise.
Après le mot de bienvenue du doyen de la faculté de droit, le professeur Joseph Kazadi Mpiana, le recteur de l’Université Nouveaux Horizons, le professeur Kipepe Awaka, a procédé à l’ouverture officielle des travaux.
La première communication, intitulée « Gestion des partenariats public-privé (PPP) en RDC : opportunités et défis », a été présentée par Aimé Gbetele, directeur provincial de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) dans le Haut-Katanga.
Dans son exposé, il a d’abord clarifié les principaux concepts liés aux PPP, avant de revenir sur les conditions préalables à la conclusion de ce type de contrat. Celles-ci comprennent notamment l’identification du projet et la réalisation d’une étude de faisabilité, l’évaluation de son opportunité, son intégration dans un programme de développement assorti d’une programmation budgétaire, ainsi que la planification d’un processus de mise en concurrence.
Il a également insisté sur le respect des obligations de publicité et de transparence, ainsi que sur le principe du choix de l’offre économiquement la plus avantageuse.
Gouvernance des corridors : des avancées, mais aussi des préoccupations
La deuxième intervention a été assurée par Valéry Madianga, coordonnateur national du CREFDL, autour du thème : « État des lieux de la gouvernance des corridors de Lobito et de Banana en RDC : leçons à tirer ».
Après avoir présenté les avantages attendus de ces projets, notamment la réduction de la dépendance des exportations minières aux corridors du sud du continent, particulièrement ceux de Durban et de Dar es-Salaam, ainsi que la baisse des coûts logistiques, le coordonnateur national du CREFDL a relevé plusieurs faiblesses dans leur gouvernance.
Il a notamment dénoncé l’absence de crédits budgétaires destinés au financement des études de préfaisabilité et de faisabilité, une situation qu’il juge contraire aux dispositions de l’article 18 du décret n° 23/18 du 31 mai 2023 portant gestion des projets d’investissements publics en RDC.
Autre préoccupation soulevée : le non-respect des principes de transparence dans la mise en œuvre des partenariats public-privé. À ce sujet, Valéry Madianga a rappelé que le recours à la procédure de gré à gré ne devrait intervenir qu’à titre exceptionnel, conformément à l’article 25 de la loi relative aux PPP.
Le coordonnateur national du CREFDL a également attiré l’attention sur les insuffisances dans l’application des principes d’aménagement du territoire. Selon lui, la coordination nationale repose essentiellement sur un forum de discussion informel réunissant, à Kinshasa, les directions d’études et de planification des ministères concernés.
« Les mécanismes de concertation aux niveaux provincial et local ne fonctionnent pas. Les Conseils provinciaux d’aménagement du territoire (CPAT) et les Comités locaux d’aménagement du territoire (CLAT), qui doivent élaborer les Plans provinciaux et locaux d’aménagement du territoire (PPAT et PLAT) et les faire correspondre aux investissements publics, ne sont pas en place », a-t-il déploré.
Dans la même dynamique, le CREFDL a pointé le manque d’inclusivité dans la phase de conception des projets. D’après cette structure, les discussions restent essentiellement limitées aux échanges entre le Gouvernement, les entreprises impliquées et les différents partenaires techniques et financiers, au détriment d’une participation plus large des communautés concernées.
Corruption, exonérations fiscales et risques de fuite des capitaux
Au chapitre des risques, le CREFDL a attiré l’attention sur plusieurs facteurs susceptibles de compromettre les retombées économiques et sociales de ces investissements.
Il s’agit notamment de la multiplication des tracasseries fiscales, des pratiques de corruption dans les procédures de création des entreprises au niveau local, des exonérations fiscales, de l’érosion de la confiance des communautés locales, ainsi que des risques liés au partage des revenus et au blanchiment des capitaux.
Le centre de recherche a également alerté sur l’absence de textes harmonisés définissant les modalités de répartition des tarifs de transit et des droits de douane entre la RDC, l’Angola et la Zambie. Une telle lacune, a-t-il prévenu, pourrait favoriser l’opacité dans la gestion des recettes et les fuites de capitaux au profit de certains réseaux.
Face à ces différents défis, le CREFDL préconise plusieurs mesures correctives. Il insiste notamment sur la nécessité d’inscrire au budget de l’État des crédits destinés au financement des études de préfaisabilité et de faisabilité. Il recommande également la réalisation d’études de base permettant d’évaluer les aspects techniques des projets, leurs incidences sur les dépenses fiscales ainsi que leurs impacts environnementaux.
Par ailleurs, cette organisation appelle à l’application effective des dispositions légales et réglementaires en vigueur. Elle recommande également au Parlement d’interpeller les ministres ayant respectivement dans leurs attributions les Transports, les Infrastructures et le Plan, afin qu’ils éclairent la représentation nationale et, au-delà, l’opinion publique sur les mécanismes de gestion des corridors en RDC.
Les minerais stratégiques au cœur des enjeux économiques
La dernière communication de la journée a été présentée par le professeur Ghislain Bakaniani, enseignant à l’Université de Lubumbashi (UNILU). Son intervention, intitulée « Minerais stratégiques et impacts dans l’économie de la RDC : rôle clé des provinces du Haut-Katanga et du Lualaba », a permis d’aborder la place stratégique de ces deux provinces dans l’exploitation des ressources minières et leur contribution à l’économie nationale.
À l’issue des différentes présentations, les échanges se sont poursuivis lors d’une séance de questions-réponses, permettant aux participants d’approfondir les différentes problématiques soulevées par les intervenants.
La rencontre s’est clôturée par la remise officielle du rapport d’évaluation citoyenne aux autorités de l’Université Nouveaux Horizons. Des exemplaires ont notamment été remis au recteur, au président du conseil d’administration (PCA), au doyen de la faculté de droit ainsi qu’au secrétaire général à la recherche.
ODN