Dialogue national : Adolphe Muzito plaide pour un pacte républicain afin de refonder l’État et défendre l’intégrité territoriale

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Le dialogue national annoncé récemment par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, devrait déboucher sur des engagements de fond portant à la fois sur l’avenir de l’actuelle Constitution de 2006, la construction économique et la défense de la République démocratique du Congo. C’est la vision défendue par le vice-Premier ministre, ministre du Budget et président national de Nouvel Élan, Adolphe Muzito Fumutshi, dans sa 37e tribune.

Pour l’ancien Premier ministre, cette rencontre ne devrait pas être conçue comme un cadre de partage des responsabilités politiques, mais comme un « dialogue de fondation et de construction de la République », particulièrement dans le contexte de guerre et d’agression que connaît le pays.

Adolphe Muzito propose ainsi que le dialogue national aboutisse notamment à l’adoption d’un pacte républicain pour la défense de l’intégrité territoriale, à la définition d’une feuille de route consensuelle devant conduire à l’élaboration d’une nouvelle Constitution à soumettre au peuple, ainsi qu’à l’établissement d’un Plan national de construction 2026-2035, chiffré et territorialisé.

Sur le plan économique, le président de Nouvel Élan préconise de porter la pression fiscale à 17 % du PIB dès 2028, tout en diversifiant les sources de financement du développement national. Il appelle également à la conclusion d’un pacte national de réforme et de financement des FARDC, afin de donner au pays les moyens nécessaires à sa défense.

Une nouvelle Constitution légitime

Pour Adolphe Muzito, la question constitutionnelle devrait occuper une place centrale dans les travaux du dialogue. Il estime que les différentes Constitutions appliquées en RDC depuis l’indépendance ont été, dans leur origine ou leur finalité, des textes de transition.

Il revient sur le « péché originel » qui, selon lui, réside dans le fait que le peuple congolais n’a pas toujours été le véritable auteur de son texte fondamental.

Il rappelle notamment que la Loi fondamentale de 1960 avait été élaborée par le Parlement belge et que les textes constitutionnels successifs ont été façonnés dans des contextes marqués par les sécessions, les coups d’État, les guerres ou encore les compromis entre belligérants.

La Constitution du 18 février 2006 ne ferait pas exception à cette logique, soutient-il. Elle a, selon lui, été préparée et adoptée par un Parlement de transition faisant office d’Assemblée constituante, avant d’être promulguée par un président de la République qui n’avait pas lui-même été élu au suffrage direct.

L’objectif devrait donc être, à ses yeux, de parvenir à une Constitution définitive, légitime et véritablement issue de la volonté populaire, condition qu’il considère comme essentielle à la consolidation de la cohésion nationale.

Construire le pays pour financer sa défense

Au-delà de la réforme institutionnelle, Muzito place la construction du pays au cœur des priorités du dialogue national. Il préconise un plan décennal couvrant la période 2026-2035, avec des infrastructures structurantes, des objectifs chiffrés et une déclinaison territoriale.

Sa logique est étroitement liée à la question sécuritaire : un État qui ne dispose pas d’une économie productive et d’infrastructures suffisantes manque de moyens pour financer durablement sa défense.

« Sans Constitution légitime et définitive, la cohésion nationale demeure fragile. Sans infrastructures et économie productive, l’État manque de moyens pour financer la construction et la défense de la patrie. Sans défense crédible, la Constitution, les infrastructures et les richesses restent exposées », fait-il valoir.

Le dialogue devrait ainsi permettre de rechercher un consensus national sur les moyens de financer le développement, notamment à travers une pression fiscale accrue et la diversification des mécanismes de financement.

Un front national face à la guerre

Sur le plan sécuritaire, Adolphe Muzito appelle à dépasser les clivages politiques pour faire face à la guerre. Il estime que la majorité, l’opposition, les forces sociales, les provinces, la diaspora ainsi que les communautés affectées par le conflit devraient se rassembler autour du chef de l’État pour défendre l’intégrité territoriale de la RDC.

Pour illustrer cette nécessité, il évoque notamment les expériences historiques de rassemblement national observées en France autour du président Raymond Poincaré en 1914, au Royaume-Uni sous le gouvernement de coalition dirigé par Winston Churchill en 1940 et aux États-Unis autour de Franklin D. Roosevelt après l’attaque de Pearl Harbor en 1941.

À ses yeux, ces précédents démontrent que le pluralisme politique peut continuer à s’exercer dans l’unité nationale lorsque le pays fait face à un péril majeur.

Réformer aussi le jeu politique

Le dialogue devrait également, selon Muzito, permettre de renforcer le cadre légal de la démocratie congolaise. Il préconise l’exécution effective des lois relatives au financement des partis politiques et au statut de l’opposition, ainsi que la mise en place d’un mécanisme de suivi des engagements issus du dialogue.

L’ancien Premier ministre résume ainsi les enjeux autour d’un triple défi : politique, économique et sécuritaire.

Politique, avec la nécessité de doter le pays d’une Constitution définitive ; économique, avec une option nationale pour la construction et le développement des infrastructures ; sécuritaire, avec un accord de la Nation sur la défense de la patrie.

« Notre génération doit transmettre aux prochaines une Constitution définitive et légitime, un pays construit et doté d’infrastructures structurantes ainsi qu’une Nation capable de se défendre », soutient-il.

Pour Adolphe Muzito, c’est à cette condition que la RDC pourra prétendre devenir « une puissance politique, économique et militaire de paix au cœur de l’Afrique ».

MD