Au moins 93 civils ont été enlevés par le M23 au cours du mois de juillet 2026 dans l’Est de la République démocratique du Congo. Sur les 203 enlèvements documentés par le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), 93 sont attribués au mouvement rebelle, principalement dans la ville de Goma et le territoire de Rutshuru, indique un rapport publié le mardi 18 août dernier par l’institut Ebuteli.
À Goma, 33 personnes ont été enlevées le 1er juillet après avoir célébré un but des Léopards de la RDC lors de la Coupe du monde. Dans la nuit du 5 au 6 juillet, au moins 50 autres personnes ont été interpellées dans plusieurs quartiers pour n'avoir pas participé à une marche organisée par le M23 contre les sanctions de l’ONU visant l’AFC et le mouvement rebelle. D’autres enlèvements ont également été signalés à Minova, Kirumba et Kigarama/Rurambo.
"Durant le mois de juillet, les espaces sous contrôle et influence de la rébellion du M23 ont connu moins de combats et davantage d’atteintes directes aux civils, typiquement des enlèvements et des kidnappings. Ce profil de violence suggère une logique de consolidation du contrôle territorial plutôt que des ambitions offensives expansionnistes", écrit le rapport.
Du côté des ADF, le bilan est encore plus lourd. Le groupe terroriste est accusé d’avoir tué au moins 114 civils en juillet, dont 49 dans le seul territoire de Mambasa, devenu l’un des principaux foyers de leur activisme.
Le Baromètre sécuritaire cite notamment les attaques de Makumo, Mununzei et Njiapanda, où 12, 18 puis 18 civils ont été tués les 21 et 22 juillet. À Kalunga, dans le territoire de Beni, 14 civils ont également été tués le 15 juillet, tandis que 10 personnes ont péri le 31 juillet lors d’une attaque contre le site minier de Mungu Iko, à Mambasa.
"Alors qu’il n’y a plus eu d’offensives ciblant les ADF depuis la reconfiguration du commandement des opérations Shujaa en juin 2026, ceux-ci évitent de nouveau la confrontation directe, tout en conservant un mode opératoire particulièrement violent, presque la moitié des tueries leur sont attribuées", mentionne le Baromètre sécuritaire.
Ebuteli estime d’ailleurs que ces tueries ne peuvent plus être expliquées uniquement par des représailles aux opérations militaires. Le groupe continue de cibler les civils même lorsque la pression militaire sur ses positions n'est pas grande.
Au-delà de ces violences, le rapport relève une situation paradoxale dans l’Est du pays : les combats ont diminué, mais les atteintes contre les civils ont augmenté. En juillet, 247 incidents sécuritaires ont été documentés dans l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, soit le niveau le plus bas enregistré par le Baromètre sécuritaire depuis la reprise de son suivi en octobre 2025.
En même temps, les enlèvements ont augmenté de 41 %, atteignant un niveau record. Mais, pour Ebuteli, il n'y a pas lieu d'évoquer une fin de la violence, car les civils sont toujours pris pour cibles même en dehors des affrontements.
"Le mois de juillet 2026 s’est distingué par le plus faible nombre d’affrontements armés documenté par le Baromètre sécuritaire du Kivu depuis sa reprise en octobre 2025. Cette diminution contraste avec un record du nombre d’enlèvements, en hausse de 41 %, traduisant un déplacement de la violence des combats entre groupes armés vers les atteintes directes aux civils", note le document.
Au Nord-Kivu, cette situation est particulièrement préoccupante dans les zones sous contrôle du M23 et dans les territoires où les ADF poursuivent leurs attaques. L’accalmie observée sur certains fronts ne signifie donc pas la fin des violences, les populations restant exposées aux enlèvements, aux tueries et aux déplacements forcés, chute le rapport.
Isaac Kisatiro, à Butembo