Le chef de travaux au Département des sciences politiques et administratives de l’Université de Kinshasa, Dieudonné Nkishi Kazadi, a réagi ce mardi 7 juillet 2026 à la lettre ouverte du professeur Laurent Onyemba Djongandeke portant sur le débat constitutionnel en République démocratique du Congo.
Dans sa tribune, il défend l’idée selon laquelle le peuple souverain conserve le droit de se doter d’une nouvelle Constitution.
« Toute Constitution tire son existence d’un pouvoir qui lui est supérieur. Ce pouvoir, c’est le peuple. Autrement dit, la Constitution ne crée pas le peuple ; c’est le peuple qui crée la Constitution », écrit-il dès l’entame de sa réflexion.
Selon lui, « la Constitution n’est donc jamais la source ultime de la souveraineté » mais seulement « l’expression juridique » de celle-ci.
Revenant sur l’article 220 de la Constitution, Dieudonné Nkishi Kazadi affirme que cette disposition « interdit uniquement au pouvoir de révision constitutionnelle de modifier certaines matières » et qu’elle « ne peut pas interdire l’exercice du pouvoir constituant originaire ». Il soutient ainsi que « l’article 220 limite le Président, le Parlement et le Congrès, mais jamais le peuple souverain ».
Dans son texte, le chef de travaux estime également qu’« aucune Constitution ne peut juridiquement empêcher sa propre disparition ». Citant plusieurs auteurs de théorie constitutionnelle, il affirme que « le pouvoir constituant originaire est supérieur à tous les pouvoirs constitués » et considère que « la souveraineté est, par nature, illimitée ».
« Peut-on sérieusement soutenir qu’une œuvre juridique soit supérieure à son auteur ? », s’interroge-t-il, avant d’ajouter que « si une communauté retire son adhésion à une Constitution pour en adopter une nouvelle, un nouvel ordre juridique apparaît ».
Dieudonné Nkishi Kazadi juge également que la thèse défendue par le professeur Laurent Onyemba Djongandeke reviendrait à priver les générations futures du droit de refonder l’État. « La conséquence logique de la thèse défendue dans votre lettre est extrêmement grave. Elle revient à soutenir que le peuple de 2005 a définitivement retiré au peuple de 2026 la possibilité de refonder son État », écrit-il.
Dans le même document, il défend le référendum comme « l’expression suprême de la souveraineté populaire ». « Pourquoi le peuple souverain serait-il légitime de fonder la Constitution en 2005 et illégitime d’en adopter une nouvelle aujourd’hui ? », questionne-t-il encore.
Le coordonnateur du Front Anti-dialogue affirme que « le véritable débat ne porte donc pas sur la possibilité de modifier telle ou telle disposition de la Constitution de 2006 », mais plutôt sur le droit du peuple souverain « de se doter d’une nouvelle Constitution ».
« À quel moment le peuple souverain cesse-t-il d’être souverain ? », interroge-t-il dans sa conclusion partielle avant de soutenir que « le pouvoir constituant originaire — c’est-à-dire le peuple agissant en dehors de la procédure ordinaire de révision — n’est juridiquement limité par la Constitution existante ».
Dieudonné Nkishi Kazadi estime enfin que « nos positions partisanes doivent céder de la place à la science, pour mieux éclairer nos autorités, dans l’intérêt de l’État ». Il considère par ailleurs que « le phénomène que nous vivons aujourd’hui est une conséquence d’avoir taillé la Constitution du 18 février 2006 sur la mesure des acteurs politiques ».
Le professeur de droit public a récemment adressé une lettre ouverte au président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, dans laquelle il dénonce « l’inconstitutionnalité manifeste » de la loi fixant les conditions d’organisation du référendum.
Selon lui, ce texte, en ouvrant le référendum à « toute matière d’importance fondamentale pour la vie de la nation », contourne le verrou de l’article 220 de la Constitution, qui protège notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels. Il estime également qu’une violation intentionnelle de la Constitution pourrait exposer le chef de l’État à une qualification de haute trahison.
Le professeur appelle enfin le président Félix Tshisekedi à retirer « les dispositions litigieuses » et à réaffirmer le caractère « définitif, intangible et irrévocable » de la Constitution du 18 février 2006.
Raphaël Kwazi