Le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) devait incarner une rupture historique dans la gouvernance congolaise.
Conçu en 2021 comme un instrument de justice territoriale, il avait pour ambition de corriger des décennies d’inégalités entre villes et campagnes, de relancer les économies locales et d’ancrer le développement au plus près des populations.
Salué par les partenaires internationaux, il s’annonçait comme un choc d’équité territoriale. Mais 4 ans plus tard, le constat dressé par Christian Mwando, ancien ministre d’État au Plan et principal architecte du projet, est sévère.
« La promesse initiale s’est diluée dans des arbitrages budgétaires contestés et une exécution lacunaire », a-t-il indiqué.
Dans un entretien accordé à la presse le samedi 12 janvier 2026, le député national et président du groupe parlementaire Ensemble pour la République décrit un programme en perte de cohérence. Selon lui, moins de 10 % des prévisions budgétaires ont été décaissées depuis 2023.
Les constructions d’écoles et de centres de santé en cours reposent sur des fonds DTS réaffectés en 2022 sous l’impulsion de la Banque mondiale, tandis que les routes de desserte agricole — pilier du désenclavement et de la relance des économies rurales — restent le grand absent.
Mwando dénonce un glissement des priorités vers des projets urbains jugés dispendieux, au détriment de l’esprit initial de solidarité territoriale.
« Le blocage n’est pas technique mais politique », insiste-t-il.
Ancien ministre provincial du Budget et des Finances dans le Katanga, il rappelle avoir transposé au PDL-145T les méthodes qui avaient permis de décupler les recettes locales : planification, financement sécurisé, exécution encadrée. Or, la mécanique s’est grippée dès 2022, avec des financements partiels et des priorités déplacées.
« Les politiques publiques se sont concentrées sur les villes », observe-t-il, décrivant un déséquilibre ancien qui nourrit l’exode rural et creuse les inégalités territoriales.
Mwando plaide pour un recentrage ferme sur les fondamentaux : routes, eau, activités génératrices de revenus et respect des budgets votés. À ses yeux, seule une hiérarchisation claire et une exécution rigoureuse des calendriers peuvent sauver le programme.
Derrière la critique, il maintient une conviction : le PDL-145T reste un levier crédible de transformation s’il retrouve sa cohérence initiale. À défaut, il risque de demeurer un symbole inachevé, éloigné de la promesse faite aux territoires.
Né à Lubumbashi en 1965 et formé à l’Université catholique de Louvain, Christian Mwando incarne une génération de responsables publics façonnés par l’entreprise, la rigueur académique et l’action politique de long terme.
De ses débuts chez Unilever/Marsavco à ses réformes structurelles au Katanga, en passant par son passage au gouvernement central, il s’est imposé comme une figure de la gestion publique axée sur la méthode et la redevabilité.
Polyglotte, à l’aise en français, swahili, lingala et anglais, il revendique une approche rationnelle du pouvoir : planifier, financer, exécuter et rendre compte.
Aujourd’hui, en tant que président du groupe parlementaire Ensemble, il incarne un leadership d’opposition fondé sur l’expertise et le contrôle de l’action publique. Sa critique du PDL-145T n’est pas celle d’un observateur extérieur, mais celle d’un concepteur qui voit son œuvre dévoyée.
Son avertissement résonne comme une alerte : sans recentrage, le programme censé développer la RDC à partir de ses territoires restera lettre morte.
Raphaël Kwazi