L’interpellation récente de Norbert Yamba Yamba, ancien directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières, a fait l’effet d’une déflagration dans les cercles politico-sécuritaires de la capitale. Annoncée par des proches de la famille, l’information a immédiatement suscité une vague de réactions, parfois accusatoires, visant son ancien supérieur hiérarchique, l’ex-Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Peter Kazadi.
Au cœur de la controverse figure un message publié sur le réseau social X (ex-Twitter) par Ramy Yamba Yamba, fils de l’ancien directeur de cabinet. Celui-ci y affirme que « si malheur arrivait à son père », la responsabilité incomberait à Peter Kazadi et au secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya. Des accusations graves, formulées sans éléments matériels à l’appui, qui ont rapidement enflammé les réseaux sociaux.
Une interpellation aux contours encore flous.
Selon des informations recueillies, Norbert Yamba Yamba aurait effectivement été interpellé par les services de sécurité. Toutefois, aucune communication officielle n’a, à ce stade, précisé le cadre juridique exact de cette mesure, ni son statut (garde à vue, audition libre ou simple convocation).
Plusieurs sources sécuritaires concordantes évoquent néanmoins une audition liée à des déclarations publiques récentes de l’ancien haut responsable, notamment une prise de position critique à l’égard des États-Unis, en réaction aux opérations américaines menées au Venezuela.
Ces déclarations seraient intervenues dans un contexte diplomatique particulièrement sensible pour la RDC.
Un contexte géopolitique délicat.
Au moment des faits, la République démocratique du Congo est engagée dans un rapprochement stratégique avec les États-Unis, matérialisé par des accords de coopération sécuritaire destinés à contribuer à la stabilisation de l’Est du pays. Cette région demeure en proie à des violences persistantes, attribuées notamment au M23, soutenu, selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux, par le Rwanda.
Dans ce contexte, les prises de position publiques d’anciens hauts responsables sécuritaires sont scrutées avec une attention particulière par les services compétents. Plusieurs analystes interrogés rappellent qu’un devoir de réserve renforcé s’attache aux fonctions précédemment exercées par Norbert Yamba Yamba, compte tenu de son accès antérieur à des informations sensibles.
« Il ne s’agit pas nécessairement de répression politique, mais souvent de vérifications liées à la loyauté institutionnelle et à la cohérence du discours public avec les orientations diplomatiques de l’État », explique un ancien cadre du secteur de la sécurité.
Emballement médiatique et information contestée
L’affaire a pris une autre dimension lorsqu’un journaliste congolais, très actif sur les réseaux sociaux, a affirmé que Norbert Yamba Yamba aurait publiquement critiqué la gestion de Peter Kazadi, la qualifiant de « chaotique ». Cette affirmation a été largement relayée.
A ce jour, aucune archive audiovisuelle, écrite ou radiophonique ne montre Norbert Yamba Yamba tenant de tels propos à l’encontre de son ancien patron.
Les proches de Peter Kazadi, contactés par plusieurs médias, se montrent formels :
« Il n’y a jamais eu de conflit personnel ou professionnel entre Peter Kazadi et son ancien directeur de cabinet. Il n’a aucune raison de lui vouloir du mal. »
Certains observateurs ont également évoqué une récente intervention médiatique de Norbert Yamba Yamba, au cours de laquelle il affirmait ne pas s’être « acheté un vélo » durant son passage au cabinet ministériel, pour illustrer la modestie de sa situation personnelle.
Selon des sources proches de l’ancien Vice-Premier ministre, ces propos n’ont nullement été perçus comme une attaque :
« Le salaire et les avantages d’un directeur de cabinet sont connus en RDC. Chacun sait ce que recouvre cette fonction. Ces déclarations relevaient de préoccupations personnelles, non d’une critique de la gestion du ministre », estime un ancien collaborateur.
Démentis et suites judiciaires
Face aux accusations relayées en ligne, Peter Kazadi est sorti de son silence par un message publié sur X, rapidement repris par son équipe de communication. Il y dément toute implication dans l’interpellation de son ancien directeur de cabinet et dénonce une « instrumentalisation politique et médiatique ».
Selon des sources recoupées, une plainte pour diffamation serait en cours de préparation contre le journaliste à l’origine des accusations jugées infondées, une démarche visant à « rétablir les faits et les responsabilités ».
Au-delà des personnes concernées, l’affaire Norbert Yamba Yamba met en lumière la fragilité du débat public congolais, où l’absence de communication officielle rapide laisse le champ libre aux spéculations, et où les réseaux sociaux jouent souvent le rôle de tribunaux improvisés.
Elle interroge également la frontière délicate entre liberté d’expression, devoir de réserve et impératifs de sécurité nationale, dans un pays engagé dans des négociations internationales cruciales pour sa stabilité.
A ce stade, une chose demeure certaine : les faits établis restent limités, tandis que les accusations personnelles demeurent non étayées. Le reste relève encore du bruit médiatique (un bruit) qui, dans le contexte congolais, peut parfois produire plus de dégâts que les événements eux-mêmes.
Jean-Paul Mubiayi
Journaliste indépendant