Après la brouille financière entre le gouvernement et la CENI : Malumalu jette l’éponge

Lundi 12 octobre 2015 - 14:52

La démission de l’abbé président, curieusement annoncée par la présidence de la République, fait suite à son état de santé, à en croire le communiqué officiel

Après une longue période d’absence de la République démocratique du Congo, pour raisons de santé, l’abbé Apollinaire Malumalu a finalement jeté l’éponge en démissionnant, depuis le samedi 10 octobre dernier, de son poste de président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).

Le communiqué officiel faisant allusion à cette décision, a été curieusement lu, à la télévision nationale, par un membre de la présidence de la République.

De son côté, le président de la République, à qui Malumalu a officiellement écrit, a pris acte de cette démission avant de donner des injonctions à la composante dont est issu l’abbé Malumalu de proposer un autre candidat à l’Assemblée nationale pour approbation.

La CENI est-elle inféodée au pouvoir ?

Comme son nom l’indique, la CENI est une institution indépendante. De ce fait, elle n’a de comptes à rendre à aucune autre institution qu’au peuple congolais, qui ne lui exige que l’organisation des élections crédibles, libres, démocratiques, transparentes et dans les délais constitutionnels.

Pourquoi alors Malumalu doit-il s’adresser à Joseph Kabila pour sa démission, et que le chef de l’Etat instruise sa composante de proposer un autre candidat pour son remplacement ? Pourquoi l’abbé président n’a-t-il pas saisi directement la CENI pour que celle-ci prenne des dispositions utiles, et ce, dans le respect des textes ? Autant de questions qui alimentent davantage le doute dans le chef de ceux qui estiment que la CENI est inféodée au pouvoir.

Un protestant pour remplacer un catholique !

Depuis la démission de malumalu, des rumeurs circulent dans la ville, précisément dans les états-majors de la Majorité présidentielle (MP), selon lesquelles le Catholique pourrait céder le fauteuil à un Protestant. Il s’agit de Monseigneur Marini Bodo, cité parmi les probables remplaçants du démissionnaire Kivutien à la tête de la Commission Electorale Nationale Independante. Mais Marini, disons-le, ne fait pas l’unanimité dans le camp présidentiel.

Le spectre de la gestion catastrophique du Sénat sous la transition plane sur la candidature de Monseigneur, qui a bien du mal à convaincre les faiseurs de rois. Mais dans les prochains jours, les choses devront se préciser et le nouveau pilote de la CENI ne tardera pas à être connu pour faire accélérer le processus qui souffre déjà d’un blocage.

Pourquoi après la brouille financière avec le gouvernement ?

Bien des analystes congolais pensent que la démission de Malumalu n’est pas étrangère à la brouille financière étalée au grand jour, il y a quelques jours, entre la CENI et le gouvernement. Et que l’abbé président, comme Ponce Pilate, préférerait se laver les mains et quitter le bateau qui fonce droit pour percuter violemment un iceberg et couler en causant d’importants dégâts, aussi bien humains que matériels. Car il est clair que l’exécutif ne manifeste aucune volonté de financer le processus électoral.

En effet, c’est à travers un communiqué coupe-gorge que la CENI avait rétabli la vérité, après le dernier passage d’un membre du gouvernement dans les médias.

Ce ministre avait soutenu que cette institution d’appui à la démocratie percevait des versements substantiels d’argent de manière régulière pour l’organisation des élections. Et que, c’est sur la CENI que reposerait l’entière responsabilité en cas de l’échec du processus électoral.

Cette prise de position visant à incriminer la CENI n’était pas du goût du rapporteur Jean-Pierre Kalamba, qui a décidé d’ôter ses gants pour démentir les propos tenus par ce ministre. Dans un communiqué, rendu public le 7 octobre 2015, la structure chargée d’organiser les élections en RDC a démenti avoir bénéficié de versements substantiels d’argent, et de façon régulière, de la part du gouvernement.

Pour cette institution d’appui à la démocratie, tous les versements effectués par le gouvernement sont tracés dans le rapport de juin 2015 qu’elle a déposé à l’Assemblée nationale. Il faut donc comprendre, par là, que ces versements ne sont ni suffisants, ni réguliers, pour lui permettre d’organiser des élections crédibles et transparentes.

Pour le rapporteur Kalamba, en jetant le discrédit sur la CENI, le gouvernement a voulu induire l’opinion tant nationale qu’internationale en erreur. D’ailleurs, la CENI a demandé une  » réunion de clarification  » entre elle et le gouvernement pour rétablir la vérité.

Rappel historique

L’abbé Malumalu avait été imposé président de la CENI le vendredi 7 juin 2013, revenu aux affaires après avoir dirigé la Commission Electorale Indépendante (CEI), qui a organisé les élections de 2006. Pour son second mandat, il avait remplacé le pasteur Daniel Ngoyi Mulunda, qui avait pris les commandes de la CENI de 2011 à 2013.

Aussitôt entré en fonction, il a fait face à de sérieux problèmes de santé, raison pour laquelle il s’est rendu à l’étranger.

A son retour au pays, au mois d’avril dernier, il avait affirmé qu’il se portait bien. Mais quelques jours après, il avait quitté le pays pour se rendre aux Etats-Unis.

C’est de là qu’il a annoncé sa démission de la CENI. Selon certaines indiscrétions, l’abbé Malumalu souffrait depuis plusieurs mois d’une pathologie grave, qui avait nécessité son évacuation à l’étranger, pour être opéré d’une tumeur au cerveau. Il n’arrivait plus à diriger la CENI.

La MP poursuivie par un signe indien

Depuis le mois de septembre de cette année, la Majorité présidentielle ne fait qu’enregistrer d’importants départs dans sa famille.

Après le G7 et le gouverneur Moïse Katumbi, c’est au tour de Malumalu, taxé par l’Opposition d’être le conseiller stratégique du président de la République, de quitter les institutions du pays. Celui-là même qui s’était imposé à ce poste contre la volonté de l’Eglise catholique.

L’Opposition obtient gain de cause

Une partie de l’Opposition politique, pilotée par le député national Martin Fayulu, avait battu campagne, il y a de cela quelques mois, contre Malumalu à la tête de la CENI :  » Malumalu dégage ! « . Mais cette action était un coup d’épée dans l’eau, car l’abbé avait même promis de ne jamais céder à cette pression, malgré les pétitions signées par des milliers de Congolais. Aujourd’hui, Fayulu qui s’est, sans nul doute, frotté les mains, obtient gain de cause.

Mais rien ne prouve que la tête du remplaçant de l’abbé lui plaira, et que le processus électoral sera conduit à bon port. Aussi, une autre partie de l’Opposition politique s’inquiétait de l’indisponibilité du président de la CENI, toujours absent du pays.

Par Lefils Matady