Dans le numéro 3 de son baromètre financier, publié le,18 mars 2026,et consacré à l’analyse critique des dépenses de rémunération des agents publics en RDC, le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local met en lumière plusieurs constats préoccupants appelant à des actions correctives urgentes.
Cette organisation de la société civile relève notamment une mauvaise maîtrise de la masse salariale par le gouvernement congolais, en dépit des engagements pris vis-à-vis du Fonds monétaire international.
Selon le CREFDL, les prévisions des dépenses de rémunération pour l’exercice 2026 s’élèvent à 5,4 milliards USD pour un effectif estimé à 1,5 million d’agents. Ces dépenses représentent 39,19 % des recettes internes attendues, fixées à 14,1 milliards USD. Rapportées au PIB nominal, estimé à 109,15 milliards USD, elles équivalent à 4,9 %, contre 4,6 % projetés dans le cadre budgétaire à moyen terme (CBMT) 2026-2028.
Le centre souligne que, conformément aux engagements pris avec le FMI, le gouvernement congolais devrait contenir la masse salariale à environ 35 % des recettes internes. Or, les prévisions pour 2026 atteignent 39,19 %, ce qui constitue un risque budgétaire.
« Les données collectées par le CREFDL révèlent le non-respect par le gouvernement des engagements relatifs à la politique salariale. Sur les cinq dernières années, les dépenses de personnel ont atteint 18,91 milliards USD, contre 43,56 milliards USD de recettes internes mobilisées, soit 43,42 %. Cette situation confirme les inquiétudes du FMI dans le cadre du nouveau programme en cours avec la RDC », indique le rapport.
Recrutements et mise en œuvre des indemnités de fin de carrière
Le document relève également l’absence d’efforts du gouvernement en matière de politique de mise à la retraite et de paiement des indemnités de fin de carrière. À titre d’exemple, la loi de finances 2026 prévoit un plafond de 26 000 nouveaux emplois rémunérés, sans aucune sortie prévue à la retraite.Le CREFDL s’interroge :
Comment le gouvernement entend-il mettre en œuvre ses réformes dans ce contexte ? L’intégration d’une ligne budgétaire dédiée aux départs à la retraite aurait permis de libérer des postes dans l’administration publique, de faciliter le recrutement de nouveaux agents et de contenir l’augmentation des dépenses salariales, souligne l’organisation.
Dépassements des prévisions budgétaires
L’étude note par ailleurs que le gouvernement continue d’enregistrer des dépassements des prévisions budgétaires en matière de rémunération.
Entre 2021 et 2025, sur des prévisions de 16 milliards USD, les dépenses effectives ont atteint 18 milliards USD, soit un taux d’exécution de 111,56 %, correspondant à un dépassement de 1,96 milliard USD.
Pour le CREFDL, ces pratiques constituent une violation répétée de la loi relative aux finances publiques. Celle-ci stipule, en son article 51, que les crédits alloués aux dépenses de personnel constituent un plafond qui ne doit pas être dépassé.
Assainissement du fichier de paie
Par ailleurs, le CREFDL rappelle les enquêtes antérieures ayant mis en évidence d’importants paiements indus, causés notamment par des doublons et des agents fictifs dans le fichier de paie.
L’organisation appelle le gouvernement à exploiter ces rapports afin d’assainir efficacement ce fichier et de prévenir les pertes pour le Trésor public.
En conclusion, le CREFDL souligne que la non-maîtrise de la masse salariale exerce une pression significative sur le budget de l’État, avec des répercussions potentielles sur les conditions de vie de la population.
Le gouvernement est ainsi interpellé à renforcer les mécanismes de contrôle, à lutter contre les recrutements excessifs, les fraudes et les dysfonctionnements du système de paie, tout en mettant en place une politique rigoureuse de gestion des ressources humaines.
ODN