RDC : Julien Paluku sort 6 dossiers « explosifs » contre Joseph Kabila après son discours

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Dans une tribune intitulée « L’aveu de Goma, le grand masque enfin tombé », l’ancien gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya, revient sur six épisodes historiques qu’il considère comme révélateurs du rôle joué par l’ancien président Joseph Kabila dans les crises sécuritaires de l’Est. Il dénonce le discours de l’ancien président depuis Goma et appelle la population à soutenir le président Félix Tshisekedi face aux menaces contre l’intégrité territoriale de la RDC.

Au cœur de son argumentaire figure le discours de Joseph Kabila prononcé depuis Goma, ville du Nord-Kivu confrontée à une grave crise sécuritaire. Julien Paluku y voit une prise de position dirigée contre le président Félix Tshisekedi, l’armée et les institutions du pays. Il s’interroge notamment sur les circonstances qui ont conduit l’ancien chef de l’État à quitter Kinshasa pour rejoindre Goma en 2025, ville occupée par le Rwanda.

L’ancien gouverneur exprime également ses regrets d’avoir accompagné Joseph Kabila par le passé, estimant que les événements actuels remettent en question la confiance qu’il lui avait accordée. Julien Paluku évoque 6 épisodes qu’il juge particulièrement graves.

Le premier remonte à 2008, à Tongo, en territoire de Rutshuru. Selon Julien Paluku, un ordre attribué à Joseph Kabila a demandé aux militaires congolais de cesser les combats alors que les forces de Laurent Nkunda et de Sultani Makenga étaient en difficulté. Il affirme que cette décision a provoqué la colère des militaires FARDC et permis aux combattants rebelles de poursuivre leur progression, notamment vers le camp militaire de Rumangabo jusqu’à Munigi sans entrer à Goma.

Le deuxième épisode concerne l’arrestation de Laurent Nkunda, le 21 janvier 2009, au Rwanda. Julien Paluku présente cette séquence comme le résultat d’un arrangement politique entre Joseph Kabila et le président rwandais Paul Kagame, intervenu dans le contexte de l’opération militaire conjointe « Umoja Wetu ». Il remet ainsi en cause la lecture officielle qui avait prévalu à l’époque sur les objectifs et les conséquences de cette opération.

Le troisième fait porte sur l’occupation de Goma par le M23 en novembre 2012. Julien Paluku rappelle qu’une délégation congolaise s’était rendue à Kampala dans le cadre des discussions régionales, notamment sous l’égide de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Il soutient que le départ du M23 de Goma avait alors été obtenu par une décision de Joseph Kabila. À ses yeux, une telle issue serait aujourd’hui compromise par l’absence, selon lui, de toute complicité entre le pouvoir de Félix Tshisekedi et les forces qu’il considère comme ennemies de la RDC.

Le quatrième épisode concerne la nomination de Bosco Ntaganda à la tête des opérations militaires « Amani Leo » à Goma. Julien Paluku estime que cette décision répondait à une volonté de contrôler l’armée congolaise. Il affirme que Bosco Ntaganda aurait ensuite quitté les rangs des FARDC avec des munitions pour participer à la création du M23 à Masisi, en avril 2012. Il évoque également le rôle de Sultani Makenga, qu’il présente comme un autre acteur de cette séquence et rappelle que celui-ci avait occupé des fonctions militaires à Bukavu.

Le cinquième fait renvoie à la défaite du M23 à Chanzu, le 5 novembre 2013. Selon Julien Paluku, le général Bauma avait reçu l’ordre d’interrompre les combats, au motif que les combattants rebelles étaient prêts à se rendre aux FARDC et à déposer les armes. L’ancien gouverneur Julien Paluku s’interroge sur les informations dont disposait alors Joseph Kabila pour anticiper une telle reddition.

Enfin, le sixième épisode porte sur la mort des généraux Mamadou Ndala et Bauma, que Julien Paluku présente comme des architectes de la victoire militaire contre le M23 à l'époque. Seul survivant à cette période là,  Julien Paluku affirme avoir été violemment critiqué par Joseph Kabila, qui l’a qualifié d’« homme à jeter dans le lac Kivu » lors de l’inauguration d’une centrale à Rutshuru.

Dans sa tribune, l’ancien gouverneur porte également un jugement sévère sur l’héritage sécuritaire laissé par Joseph Kabila. Il estime que les politiques de mixage et de brassage des groupes armés étrangers au sein de l’armée ont contribué à fragiliser les FARDC et à créer des réseaux d’influence susceptibles de profiter aux acteurs extérieurs.

Il décrit une armée marquée, selon lui, par des loyautés contradictoires et par des stratégies de repli qui n’auraient pas permis de mettre durablement fin aux rébellions. Il associe notamment cette situation à l’influence qu’il attribue à Paul Kagame et James Kabarebe.

Julien Paluku rejette par ailleurs toute prétention de Joseph Kabila à donner des leçons en matière de respect des droits humains, de lutte contre la corruption ou de gestion des finances publiques suite notamment au scandale des Panama Papers, qui a révélé en 2016 des sociétés offshore et des montages financiers impliquant Joseph Kabila.

Au-delà de la mise en cause de l’ancien président, Julien Paluku adresse un message à la population congolaise. Il l’exhorte à se mobiliser pour défendre l’intégrité territoriale du pays et à résister à ce qu’il présente comme les velléités de déstabilisation venues de l’Est.

Pour lui, le soutien au président Félix Tshisekedi face aux menaces sécuritaires constitue un acte patriotique. Il oppose ainsi la défense de la souveraineté nationale à ce qu’il considère comme une tentative de remise en cause de l’autorité de l’État par Joseph Kabila.

L’ancien gouverneur reproche également à Joseph Kabila de n’avoir consacré, dans son intervention de 16 minutes depuis Goma, aucune attention suffisante aux souffrances des populations de l’Est. Il déplore l’absence de références à la situation sécuritaire, aux violences subies par les civils et à la crise sanitaire, notamment Ebola.

Julien Paluku estime que la démarche de l’ancien chef de l’État répond davantage à des ambitions politiques qu’à la volonté de soulager les populations affectées par les conflits. Il va jusqu’à lui attribuer l’intention de prendre ouvertement et officiellement la direction  militaire contre le pouvoir de Félix Tshisekedi.

David Lupemba