Sept communautés locales du sud de la province du Maniema ont obtenu des concessions forestières couvrant plus de 52 000 hectares, dans le cadre d’une initiative visant à renforcer la conservation communautaire et la protection de la biodiversité dans cette partie du bassin du Congo.
Dans une interview accordée à la presse ce mercredi 23 septembre 2026 à Kindu, Josué Aruna, directeur pays du Congo Basin Conservation Society, a expliqué que son organisation accompagne ces communautés dans les territoires de Kabambare et de Kasongo, le long du fleuve Congo, dans sa partie Lualaba. Selon lui, cette zone abrite d’importantes ressources naturelles, mais demeure encore peu prise en compte dans les priorités de conservation.
« Nous nous sommes dit qu’il fallait quand même arriver à initier, à lancer des initiatives qui vont nous orienter vers la création d’un corridor écologique à base communautaire le long du Lualaba, qu’on pourra peut-être baptiser plus tard le corridor Lualaba », a expliqué Josué Aruna.
Pour parvenir à cette reconnaissance légale, le Congo Basin Conservation Society affirme avoir organisé des assemblées communautaires dans les différents villages concernés, avec une démarche basée sur le consentement libre des communautés. Cette démarche est notamment née du constat de l’exploitation illégale du bois rouge dans ces forêts, exploitation que Josué Aruna attribue notamment à des opérateurs venus de pays voisins, dont le Rwanda et la Tanzanie.
« La communauté qui défendait les forêts qui lui appartenaient n’avait pas aussi des titres légaux, des titres légaux qu’elle pouvait brandir devant tout exploitant qui venait dans leur zone exploiter illégalement les ressources », a-t-il indiqué.
L’accompagnement de ces communautés a ainsi consisté à les sensibiliser sur leurs droits, puis à les appuyer dans les démarches administratives jusqu’à l’obtention des arrêtés leur permettant de gérer leurs forêts. Le processus a également bénéficié, selon Josué Aruna, du plaidoyer mené auprès des autorités provinciales et des services compétents.
Il salue notamment l’implication des autorités du Maniema, qui ont, selon lui, compris la nécessité d’inscrire la gestion des forêts communautaires dans les priorités nationales en matière de conservation, de protection des ressources forestières et de lutte contre les changements climatiques.
Ces forêts présentent également un intérêt particulier sur le plan de la biodiversité. Josué Aruna évoque notamment la présence de chimpanzés et d’éléphants dans cette partie du Maniema, ainsi que la proximité avec le parc national de la Lomami. Il estime que les forêts communautaires peuvent ainsi contribuer à la création d’un ensemble écologique favorable à la conservation des espèces.
Pour le responsable du Congo Basin Conservation Society, l’enjeu ne consiste toutefois pas uniquement à protéger les forêts. Il s’agit également de permettre aux communautés qui en sont les gardiennes d’en tirer des bénéfices économiques sans compromettre leur pérennité.
« L’attente de l’État, c’est de voir ces communautés garder le plus longtemps possible ces forêts, vivre de ces forêts sans les détruire et apporter leur développement au niveau de leurs entités territoriales décentralisées », a-t-il déclaré.
Il cite notamment les opportunités liées au marché du carbone, aux crédits de biodiversité et au paiement des services écosystémiques comme des mécanismes pouvant, à terme, contribuer au développement des communautés tout en renforçant les efforts de conservation.
Josué Aruna estime que l'État congolais, les communautés locales et les organisations qui œuvrent dans la conservation doivent poursuivre leur collaboration afin de lutter contre l'exploitation illégale des ressources naturelles et de promouvoir une gestion durable des forêts.
« La seule façon pour que la RDC maintienne son statut de pays solution, ça nécessite une implication large des communautés et de chercher partout où il y a encore des forêts de bois, que ces forêts soient protégées par les communautés », a-t-il conclu.
Morisho Tambwe, à Kindu