Ebola : à Butembo, une task force réunissant Wazalendo et groupes de pression mise en place pour contrer les attaques contre les équipes de riposte

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À Butembo (Nord-Kivu), la lutte contre Ebola prend une nouvelle dimension avec l’implication directe de plusieurs acteurs communautaires. Une task force réunissant des Wazalendo, des groupes de pression et des mouvements citoyens a été mise en place le lundi 10 août dernier pour participer à la protection de la population et soutenir les équipes engagées dans la riposte.

La décision a été prise lors d’une rencontre tenue sous la conduite de l’abbé Patrick Paluku Kasolene, conseiller du gouverneur militaire du Nord-Kivu, chargé des relations avec les forces vives. Cette approche est ainsi testée après plusieurs incidents liés à la manipulation des dépouilles des personnes décédées d’Ebola, notamment à Kyaghala et Mizebere.

Guy Ngabo, porte-parole adjoint de la synergie des Wazalendo du front Nord-Kivu, estime que ces comportements représentent un risque pour toute la communauté. Il explique que la nouvelle structure devra entre autres s'occuper des actes qui compliquent le travail des équipes de riposte et exposent davantage la population.

« Nous venons de constituer une task force composée des VDP Wazalendo et des leaders des groupes de pression, autour du conseiller du gouverneur en charge des relations avec la société civile, les mouvements citoyens, les groupes de pression et les initiatives d’autodéfense populaire. Cette task force sera chargée des dynamiques violentes qui défient la riposte et exposent dangereusement la communauté à cette épidémie hémorragique d’Ebola », a-t-il annoncé.

L’un des premiers dossiers sur lesquels cette task force veut travailler concerne les personnes qui ont été vues en train de toucher ou de déplacer des corps déclarés positifs à Ebola. Selon Guy Ngabo, certaines de ces personnes ont été reconnues grâce aux images diffusées sur les réseaux sociaux. Elles sont appelées à se mettre rapidement en quarantaine pour éviter d’éventuelles nouvelles contaminations.

« Tous ces gens dangereux dont les images circulent sur les réseaux sociaux, en train de manipuler les corps contaminés, doivent se mettre eux-mêmes en quarantaine. Dans le cas contraire, si nous les trouvons en circulation dans la communauté, nous allons nous-mêmes les mettre de gré ou de force en quarantaine. Cette mesure concerne tout le monde, sans exception », prévient la structure.

La task force entend également apporter son concours à la sécurisation des équipes de riposte et des structures sanitaires, dans une ville où des actes de résistance et de vandalisme sont plusieurs fois signalés. Ses initiateurs veulent ainsi faire participer davantage les acteurs locaux à la réponse contre l’épidémie qui se propage à grands pas.

Guy Ngabo prévient toutefois que cette mobilisation pourrait aller jusqu’à des mesures contraignantes contre les personnes qui refuseraient de respecter les consignes après avoir été exposées au virus.

« Il y a un danger dans la communauté. Les récalcitrants seront traqués, au besoin seront arrêtés et mis en quarantaine, surtout dans le CTE, parce qu’il s’agit d’une maladie qui va nous imposer à écarter les récalcitrants », poursuit-il.

La ville de Butembo connait une situation sanitaire inédite avec la flambée des cas confirmés et des décès. Elle vient notamment de perdre le docteur Charles Munyumu, présenté comme le seul neurochirurgien qui y exerçait. Le médecin est décédé au Centre de traitement d’Ebola de Katwa le 10 août, ajoutant une nouvelle importante perte au bilan humain de cette flambée.

Pour les acteurs de cette task force, la riposte à Ebola doit désormais dépasser le seul cadre médical. Ils misent sur l’engagement des forces vives de la ville pour stopper les comportements à risque et faciliter le travail des équipes chargées de contenir l’épidémie.

Isaac Kisatiro, à Butembo