La secrétaire nationale en charge de la communication, porte-parole de Martin Fayulu de l'Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecidé), a, au cours d'une interview accordée à 7SUR7.CD le lundi 16 mars 2026, plaidé pour l'équité de genre, même si, numériquement, les femmes occupent actuellement plusieurs postes à responsabilité en RDC.
7SUR7.CD : Bonjour madame Chantal, pouvez-vous décliner votre identité ?
Chantal Moboni : Je suis Chantal Moboni, secrétaire nationale en charge de la communication de l'Ecidé, porte-parole de Martin Fayulu et présidente de la commission permanente Genre, femme et enfant de la coalition Lamuka, également présidente de l'ONG Action des femmes des valeurs.
7SUR7.CD : Que pensez-vous de la situation des droits des femmes actuellement en RDC ?
Chantal Moboni : Sur le plan juridique, nous avons beaucoup de textes qui protègent la femme. Nous avons aussi ratifié plusieurs textes, notamment la Convention sur l'élimination de toutes les formes de violences faites à la femme, la Résolution 1325 des Nations unies, le Protocole de Maputo, la Charte de l'Union africaine. La parité est même inscrite dans la Constitution à l'article 14. Nous avons également la loi n°015 portant modalités d'application de cette parité ainsi que le nouveau Code de la famille révisé. Mais le problème demeure au niveau de l'applicabilité de ces textes. Il y a aussi un problème de cliché sociétal collé à la femme. Aujourd'hui, ce n'est pas facile pour elle d'émerger dans la classe politique ou dans le milieu professionnel, parce que, selon nos us et coutumes, la femme devrait rester en arrière-plan. C'est l'homme qui devrait travailler, aller à l'école, et la femme rester accompagnatrice. Nous n'oublions pas que certaines de nos coutumes chosifient encore la femme et ne reconnaissent pas ses efforts. Il y a également le problème de la masculinité toxique. L'homme doit comprendre que la femme est un partenaire et non un adversaire politique. C'est un problème à tous les niveaux et dans tous les domaines. Mais la femme progresse petit à petit. Même la scolarité des filles s'améliore, d'après le rapport du Ministère de l'Éducation nationale.
7SUR7.CD : Ces dernières années, plusieurs femmes ont été nommées à des postes politiques en RDC, que reste-t-il encore à faire ?
Chantal Moboni : La lutte doit continuer parce que, quand on parle de parité, on ne parle pas uniquement de la femme politique. Certes, la femme doit être dans les instances décisionnelles, car c'est la politique qui dicte les lois et gère la société. Mais il faut aussi veiller à l'application de la loi sur la parité. Dans les entreprises, il y a des femmes qui ont fait carrière et montré leurs compétences, mais leurs nominations ne dépendent pas toujours de leur mérite. On peut être intelligente, mais parce qu'on est une femme, il faut recourir à des antivaleurs. C'est un problème. Beaucoup de femmes souffrent en silence, et ces cas sont rarement traités correctement par la justice. Moi-même, j'ai évolué dans le milieu professionnel, j'ai été déléguée syndicale et victime de certaines situations. Je sais comment les femmes souffrent encore dans les milieux professionnels. Certes, sur le plan numérique, on constate une augmentation des femmes aux postes de responsabilité, mais ce n'est pas suffisant. Nous ne sommes pas dans un féminisme radical, mais dans une approche genre, basée sur la méritocratie. Nous voulons des femmes capables, méritantes, qui deviennent des modèles. Comme je l'ai cité, madame Ekila Elonda, Sophie Kanza, première femme ministre des Affaires sociales, ainsi que des figures comme Nzuzi Wa Mbombo et Eyenga.
7SUR7.CD : Quelles sont les difficultés auxquelles les femmes politiques sont confrontées, et vous particulièrement ?
Chantal Moboni : Je préfère parler de manière générale des difficultés que nous rencontrons en tant que femmes politiques de l'opposition. Faire l'opposition dans un pays où la démocratie n'est pas pleinement effective n'est pas facile. La politique est perçue comme un domaine réservé aux hommes. Les femmes politiques subissent des clichés sociaux peu valorisants. Elles sont souvent incomprises, même au niveau familial. Si l'homme n'a pas la capacité intellectuelle et émotionnelle de comprendre la lutte de la femme, cela crée des problèmes dans le foyer. Au niveau des partis politiques aussi, l'homme politique congolais n'est pas encore prêt à être dirigé par une femme. C'est un véritable combat. Certaines femmes, faute de soutien ou de force morale, abandonnent.
La société n'est pas encore disposée à promouvoir la femme. C'est pourquoi nous pensons que la lutte pour les droits des femmes est l'affaire de tous, et pas seulement des femmes. Si chaque Congolais considère la femme comme une sœur ou une mère, la perception changera. Mais tant que l'homme voit la femme comme une adversaire, cela reste un problème.
7SUR7.CD : Pouvez-vous nous parler de votre expérience heureuse et malheureuse au long de votre carrière ?
Chantal Moboni : Au cours de ma carrière, j'ai connu beaucoup de discrimination et de marginalisation. J'ai été moi-même victime et témoin de nombreuses souffrances vécues par les femmes. J'ai créé une ONG, Action des femmes des valeurs, pour défendre leurs droits et accompagner la réinsertion des filles mères. Mais j'ai constaté que la société accorde peu de considération à la société civile. J'ai donc décidé d'intégrer la sphère politique, là où se prennent les décisions. J'ai été identifiée par Martin Fayulu, et après échange, j'ai rejoint l'Ecidé en 2009. Aujourd'hui, j'y totalise 17 ans. Mais la politique pour une femme au Congo est difficile. J'ai été agressée physiquement à plusieurs reprises, tabassée, humiliée, même empoisonnée. Cela affecte la vie familiale, car aucun homme ne souhaite voir sa femme subir de telles violences. La politique demande beaucoup de sacrifices. Il faut concilier les obligations professionnelles et familiales, ce qui n'est pas toujours évident. Mais nous restons déterminées à atteindre nos objectifs.
7SUR7.CD : Un mot à l'endroit de la jeune fille désireuse d'embrasser la carrière politique ?
Chantal Moboni : La jeune fille doit prendre conscience qu'elle est actrice principale de sa société. Elle doit prendre ses études au sérieux, avoir une vision, un objectif clair et s'imposer par sa compétence et sa personnalité. Elle doit comprendre qu'il existe aujourd'hui des instruments juridiques favorables à son épanouissement. Elle doit s'en servir pour se développer. Elle doit éviter d'être dépendante et devenir une femme partenaire, productive, capable de se faire une place dans la société et d'être financièrement indépendante.
Propos recueillis par Christel Insiwe